Hantavirus : la machine à désinformation complotiste déjà en marche
Hantavirus : la désinformation complotiste en marche

Jusqu'au dimanche 10 mai, date à laquelle des passagers du bateau de croisière MV Hondius ont été rapatriés après la détection d'un foyer de hantavirus sur le paquebot, les réseaux s'enflamment. Car ce virus, qui s'invite tout à coup dans notre quotidien et dans les journaux du monde entier, constitue un scénario idéal pour les amateurs de théories complotistes, toutes plus farfelues les unes que les autres.

Des comptes suivis par des dizaines, voire des centaines de milliers d'abonnés s'en donnent à cœur joie en publiant massivement du contenu de désinformation sur le sujet. Des données alarmantes, comme le souligne l'Agence de vérification de Radio France : sur Facebook le mardi 12 mai, parmi les publications les plus partagées, huit sur dix liées au hantavirus provenaient des sphères complotistes.

Un virus pour « faire diversion »

Alors que l'Organisation mondiale de la santé a prévenu que les risques de contagion par des passagers du MV Hondius étaient minimes pour le grand public, en ligne, les utilisateurs sonnent l'hallali. « C'est trop bizarre j'ai l'impression que c'est fake, il y a personne qui en parle sur le bateau », s'interroge Eunice alias @zahitienne dans un post TikTok visionné plus de 170 000 fois.

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Dans des commentaires likés par la jeune femme et des centaines d'autres personnes, un utilisateur prévient dans un post écrit à l'emporte-pièce : « tout est faux les états vous manipulent à vous faire peur, ils veulent cacher le prix du pétrole à dormuz (sic), il y a deux jours ou hier je crois du personnel Disney a été arrêté pour pédophilie, ils veulent qu'on oublie les dossiers Epsteins ». Une rhétorique complotiste qui mélange dans un long texte la plupart des fausses informations relayées sur les réseaux durant la crise du Covid-19.

Pourtant, ces croyances farfelues trouvent rapidement de l'écho. L'AFP fait état de fausses allégations massivement répandues, prétendant avertir les utilisateurs d'un complot national visant à imposer la vaccination et surtout un nouveau confinement. Certains, plus méfiants encore, estiment que ce confinement viserait à truquer les élections américaines de mi-mandat qui se dérouleront en novembre prochain, en imposant le vote par correspondance.

Une propagation massive sur les réseaux

Suivi par 1,5 million d'abonnés sur TikTok, @coachdydy3.0 fait partie des créateurs de contenus particulièrement actifs en matière de fake news. Dans sa bio, une proposition accessible à tous ceux qui se rendent sur son profil, en dit déjà long : « Tu veux rejoindre l'équipe des personnes libres et débarrassées du système ? Envoie un message sur WhatsApp ». Fasciné par le hantavirus, le quadragénaire cumule les posts TikTok aux titres volontairement effrayants : « Alerte info : vous êtes prêts pour un nouveau chapitre de piccouse ? » « On se dirige sur la même propagande qu'en 2020… ». Dans ses vidéos, il s'adresse à sa caméra, et explique, avec morgue et sans finesse : « Regardez BFM, il n'y a plus rien sur l'Iran, il y a plus que l'hantavirus, il y a plus que lui qui existe, Trump il est parti, c'est bon la guerre elle est finie ».

Alors que certains utilisateurs se filment à l'hôpital en affirmant avoir contracté le hantavirus, d'autres font courir une fausse rumeur accusant le célèbre youtubeur Inoxtag d'être lui aussi contaminé. Dans de nombreuses vidéos, Inoxtag est mis en scène par des comptes anonymes reprenant les codes journalistiques. Ces vidéos, très visionnées, sont accompagnées d'un texte attrayant : « Inoxtag choque ses abonnés après avoir révélé être atteint de l'hantavirus ». Une info bidon puisque le vidéaste aux millions d'abonnés est actuellement en tournage avec d'autres youtubeurs phares comme Squeezie et Mister V.

Un virus créé par Israël ou par des laboratoires

Au fil des jours, des théories du complot, et forcément contradictoires, se multiplient : certains accusent Israël d'avoir conçu et disséminé le hantavirus, car le nom de ce virus serait, selon eux, issu de l'Hébreu. D'autres pointent du doigt des laboratoires occidentaux ou asiatiques qui l'auraient fabriqué en secret.

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Ces récits abracadabrantesques recyclent d'anciennes recherches sur des vaccins contre le hantavirus, des déclarations passées de Bill Gates présentées comme des « preuves » d'une opération intentionnelle visant soit à réduire la population mondiale, soit à générer d'immenses profits pour l'industrie pharmaceutique. Ce mélange de narratifs antisémites, anti-laboratoires et anti-élites illustre parfaitement la rapidité avec laquelle les schémas conspirationnistes resurgissent à chaque alerte sanitaire.

Et, comme le relève la plateforme de veille en ligne Visibrain, le hantavirus cumule à lui seul plus de 3,7 millions de messages publiés sur X depuis le 3 mai, soit un volume trois fois supérieur à celui généré par le Covid à ses débuts en février 2020.

Nous sommes ici dans le cœur de la rhétorique complotiste où le hasard n'existe pas. Chaque actualité est propice à reprendre un vieux scénario, comme lors de la pandémie de 2020 : au début, le virus n'existait pas selon certains, puis il serait finalement devenu une arme bactériologique créée pour détruire l'humanité, avant que ce soit finalement son vaccin qui soit accusé des mêmes maux.

Mais, alors que le ministère de la Santé a confirmé ce jeudi 14 mai que la totalité des cas contacts français ont été testés négatifs au hantavirus, beaucoup d'utilisateurs préfèrent dire qu'il s'agit d'une énième manipulation destinée à nous « endormir » avant de prochaines explications à dormir debout.