Souveraineté numérique : l'argent, angle mort du débat face à la domination des Gafam
Souveraineté numérique : l'argent, angle mort face aux Gafam

L'argent, grand oublié du débat sur la souveraineté numérique

Dans les discussions sur la souveraineté numérique, un aspect crucial est trop souvent négligé : la question financière. C'est pourtant grâce à des rentes inouïes et prolongées que les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ont pu ériger des forteresses technologiques et renforcer notre dépendance à leur égard. Sans une action déterminée pour tarir ces flux financiers, l'Europe restera impuissante face à leur domination.

Le fatalisme européen face aux géants du numérique

En Europe, malgré quelques réponses juridiques et des tentatives timides d'imposer des solutions locales dans certaines administrations publiques, c'est le fatalisme qui prédomine. Le consensus persiste : il serait trop difficile, trop coûteux et trop risqué de véritablement s'affranchir des Gafam. Les effets de réseau, les besoins d'interopérabilité et les montants d'investissement requis sont présentés comme des obstacles infranchissables.

Des barrières surmontables dans certains domaines

Pourtant, dans certains secteurs porteurs d'enjeux financiers gigantesques, ces barrières peuvent être surmontées. Les logiciels bureautiques (création de documents, tableurs, outils de communication) en sont un exemple frappant. Depuis quarante ans, avec le succès d'Excel, Microsoft bénéficie d'une rente bureautique exceptionnelle. Le chiffre d'affaires annuel de Microsoft Office (également appelé Microsoft 365) atteint désormais 80 milliards de dollars (environ 67,40 milliards d'euros), dont 30 % en Europe, soit plus de 20 milliards d'euros, avec une profitabilité remarquable.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les alternatives qui prouvent que c'est possible

Peut-on interrompre ce flux financier ? Malgré un quasi-monopole jusqu'aux années 2010, Microsoft est contournable. Google Workspace s'est imposé comme un concurrent majeur dans le domaine de la bureautique. S'il s'agit d'une autre Gafam, cela démontre que les obstacles liés aux effets de réseau et à l'interopérabilité ne sont pas insurmontables.

En Chine, où les services Google sont interdits, la suite bureautique chinoise WPS Office rivalise directement avec Microsoft. Née à la fin des années 1980, elle connaît un succès croissant depuis la fin des années 2000. La politique d'autosuffisance technologique de la Chine assure son expansion continue, prouvant qu'une alternative aux géants américains est possible.

Ces exemples montrent que la dépendance financière aux Gafam n'est pas une fatalité. Pour atteindre une véritable souveraineté numérique, l'Europe doit oser investir massivement dans des solutions alternatives et briser le cercle vicieux des rentes financières qui renforcent notre dépendance.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale