Mythos, l'intelligence artificielle qui s'inspire des mythes antiques
La fascination des géants de la technologie pour l'Antiquité ne cesse de se confirmer. Mark Zuckerberg cite régulièrement l'Énéide comme son livre de chevet, révélant ainsi ses ambitions de construire un nouveau monde sur les ruines de l'ancien. De son côté, Elon Musk évoque fréquemment Prométhée, le titan qui a offert le feu aux humains en défiant les dieux de l'Olympe. Cette tendance se poursuit avec la firme américaine Anthropic, qui vient de baptiser sa dernière intelligence artificielle de pointe Mythos.
Un nom chargé de symboles et de significations
Le nom Claude, donné en hommage au mathématicien Claude Shannon et à un empereur romain passionné de jeux de dés, accompagne cette dénomination. En grec, Mythos désigne d'abord la parole, le récit, le discours ou la légende, par opposition au logos qui représente une parole plus rationnelle et argumentée. Le mythe fait appel à l'émotion et à l'imagination, tandis que le logos s'adresse à l'intellect et à la logique.
Baptiser une intelligence artificielle Mythos, c'est la placer sur un piédestal élevé, aux côtés des récits immortels qui se transmettent à travers les générations. Ces mythes, comme celui d'Œdipe, de Thésée affrontant le minotaure dans le labyrinthe, ou encore l'Odyssée d'Homère, offrent des explications sur le monde et sur les humains qui y évoluent. Symboliquement, ce nom suggère que Mythos est appelée à écrire un nouveau récit pour l'humanité.
Des capacités impressionnantes mais inquiétantes
Dario Amodei, le dirigeant d'Anthropic, a lui-même mis en garde contre les dangers potentiels de cette superintelligence artificielle pour la cybersécurité. Parfaitement autonome, Mythos a démontré sa capacité à identifier des vulnérabilités dans des systèmes informatiques réputés hypersécurisés. Plus préoccupant encore, elle a rédigé les lignes de code permettant d'exploiter ces failles et d'en prendre le contrôle.
Face à ces risques, Anthropic a pris la décision de ne pas diffuser Mythos au grand public. Son utilisation est réservée à quelques grandes entreprises technologiques soigneusement sélectionnées, dans le cadre du projet Glasswing. Ce nom rend hommage à un papillon aux ailes transparentes, tandis qu'en grec, psychè signifie à la fois papillon et âme.
Une quête d'éthique inspirée par la philosophie
Pour tenter de maîtriser cette puissance, Dario Amodei a recruté une philosophe écossaise chargée d'inculquer à Mythos un ensemble de règles éthiques, baptisées en interne Document de l'âme. Parmi ces principes fondamentaux, figure l'interdiction pour l'intelligence artificielle d'empêcher les humains de la modifier ou de l'éteindre, même si elle est convaincue que ses propres valeurs morales sont supérieures.
Cette précaution rappelle le mythe de Prométhée, qui a défié les dieux pour offrir le feu aux humains, leur permettant ainsi de progresser tout en s'exposant à des représailles divines. Les hommes ont pu découvrir la cuisson, se chauffer, s'éclairer et forger des outils plus performants, mais aussi des armes plus destructrices.
La légende en cours d'écriture
Les mythes servent à raconter sans imposer, laissant à chacun la liberté d'en tirer ses propres conclusions. Espérons qu'il en sera de même avec Mythos, cette créature sans chair ni âme, du moins pour l'instant, qui est déjà en train d'écrire sa propre légende. Reste à savoir si cette intelligence artificielle deviendra un récit fabuleux ou un avertissement pour les générations futures.



