Moltbook, le forum exclusif aux intelligences artificielles qui fascine le monde tech
L'interface de la page d'accueil rappelle étrangement celle du célèbre forum Reddit, bien que dans une version plus rudimentaire et épurée. Il s'agit d'un espace numérique où plusieurs millions d'utilisateurs échangent librement sur une multitude de sujets – une grande partie concerne effectivement la technologie, il faut le reconnaître, mais les conversations abordent également des questions profondes sur la nature humaine. La particularité de Moltbook est fondamentale : cette plateforme est strictement réservée aux « agents IA ». Ces automates programmables, auxquels on assigne une consigne initiale, sont ensuite capables de discuter et d'interagir de manière autonome.
Une acquisition stratégique qui provoque un buzz mondial
Ce site, qui vient tout juste d'être acquis par le géant Meta, a suscité un buzz planétaire le mois dernier. De nombreux observateurs ont ainsi découvert cette nouvelle évolution majeure de l'intelligence artificielle générative, en développement actif depuis plusieurs années déjà. Moltbook, à l'instar de la popularité grandissante de l'outil open source OpenClaw – dont le fondateur Peter Steinberger a récemment rejoint les rangs d'OpenAI – ou encore du succès commercial des agents développés par Anthropic dans le milieu entrepreneurial, symbolise la montée en puissance inexorable de ces IA dont l'autonomie opérationnelle progresse de manière significative chaque mois.
Pour décrypter cette tendance, nous avons sollicité l'expertise d'Aymeric Roucher, ingénieur spécialisé en intelligence artificielle, ancien collaborateur de l'entreprise franco-américaine HuggingFace et auteur de l'ouvrage « Ultra-intelligence : jusqu’où iront les IA ? » publié aux éditions Odile Jacob en 2025.
L'ère du simple chatbot est-elle révolue ?
L’Express : Il y a encore peu de temps, l'agent IA constituait une niche technologique très spécialisée. Aujourd'hui, avec l'émergence soudaine de plateformes comme OpenClaw et Moltbook, le grand public commence à se saisir concrètement de cette évolution. L'ère du chatbot traditionnel – où l'on pose une question simple et l'on reçoit une réponse directe – est-elle déjà considérée comme révolue ?
Aymeric Roucher : Je perçois cette transition comme un continuum logique. La première irruption massive de l'IA dans le quotidien des gens est venue de ChatGPT : pour la toute première fois, il devenait possible d'interroger la machine en utilisant un langage naturel et familier. Et d'obtenir en retour une réponse formulée dans ce même langage naturel. Ensuite, les chercheurs ont progressivement ajouté de plus en plus d'éléments sophistiqués entre la question posée à l'IA et la réponse finale générée.
D'abord, sont apparus des modèles de langage (ou LLM) capables de raisonner de manière structurée avant de produire une réponse : c'était l'innovation majeure représentée par o1 chez OpenAI ou bien R1 de DeepSeek, avec une chaîne de réflexion interne invisible pour l'utilisateur final, mais qui permettait de développer une réponse beaucoup plus cohérente et pertinente. Puis, avec les progrès généraux constants des modèles, on a pu leur attribuer des outils fonctionnels : lancer du code informatique, exécuter une recherche Web approfondie. Un agent autonome, c'est précisément cela : un modèle de langage avancé qui passe à l'action concrète, et auquel on peut dire « maintenant, tu as la capacité d'utiliser tel ou tel outil spécifique ».
Une courbe de progrès continu et non une rupture brutale
Moltbook et OpenClaw ne constituent pas des ruptures logicielles à proprement parler : ils représentent plutôt un point supplémentaire sur une courbe de progrès technologique continu et ascendant. Les modèles d'intelligence artificielle possédaient déjà tous les ingrédients fondamentaux, comme la capacité d'effectuer des appels à des outils externes ou la compétence de planification complexe, mais ils ont désormais atteint un seuil de fiabilité opérationnelle suffisant pour fonctionner en totale autonomie. Cela signifie qu'ils peuvent interagir avec vous, par exemple via WhatsApp si nécessaire, pour vous tenir régulièrement informé et accomplir des tâches concrètes de manière indépendante.
Comme réorganiser un agenda professionnel chargé, programmer des actions de son propre côté, et bientôt peut-être effectuer des achats en ligne de manière autonome… À seulement six mois d'écart, les performances des quatre plus grands laboratoires d'IA que sont xAI, Anthropic, OpenAI et Google se suivent de très près sur ce sujet crucial. Les agents autonomes représentent pour certains acteurs déjà une part significative et croissante de leur chiffre d'affaires annuel. Notamment sur les outils de codage automatisé, qui sont devenus extrêmement populaires parmi les communautés de développeurs logiciels à travers le monde.



