Mathieu Chéret dénonce l'IA comme menace pour la démocratie dans son nouvel ouvrage
Mathieu Chéret : l'IA, une menace pour la démocratie ?

Mathieu Chéret alerte sur les dangers de l'intelligence artificielle pour la démocratie

Mathieu Chéret, observateur avisé des nouvelles technologies et passionné d'anticipation, vient de publier un ouvrage percutant intitulé « L'IA contre le peuple » aux éditions du Bord de l'eau, basées à Bordeaux. Ce livre, qui se lit comme un roman tout en provoquant une réflexion profonde, décrypte la manière dont les algorithmes et l'intelligence artificielle façonnent et menacent le fonctionnement démocratique contemporain.

Une critique acerbe de l'algocratie émergente

Dans une interview exclusive, Mathieu Chéret explique que l'IA peut effectivement se retourner contre la démocratie si elle est mal exploitée. Il évoque le concept d'algocratie, où des acteurs privés puissants s'approprient les plateformes numériques, contrôlant à la fois les infrastructures et les données, tout en échappant aux régulations. « Ils ont les tuyaux, ils ont ce qu'on met dans les tuyaux et en termes de régulation, ils s'affranchissent complètement des règles », déplore-t-il. Selon lui, cette dérive provient d'un langage technique que le monde politique ne maîtrise pas, créant un fossé dangereux.

Un récit d'anticipation effrayant mais réaliste

La première partie de l'ouvrage propose un scénario d'anticipation politique se déroulant lors d'élections aux États-Unis et en France. Il décrit un ajustement en temps réel des programmes politiques pour coller aux émotions des électeurs, une pratique déjà observable selon Chéret. « Tout ce que je dis est déjà arrivé au moins une fois quelque part dans le monde », affirme-t-il, citant Margaret Atwood. Il utilise ce storytelling pour montrer concrètement comment l'IA devient le bras armé du politique, estimant que les essais classiques ne suffisent plus à alerter le public.

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Les risques pour les élections futures, notamment en 2027

Mathieu Chéret anticipe une influence croissante des outils d'intelligence artificielle dans les campagnes électorales, avec une industrialisation du conflit. Les plateformes, selon lui, ont besoin de polémiques pour retenir l'attention des utilisateurs et vendre de la publicité. « On va avoir des successions de conflits et de polémiques qui vont saturer totalement le cerveau des électeurs », prédit-il. Cela pourrait entraîner une abstention accrue et une fatigue démocratique, des phénomènes déjà perceptibles aujourd'hui.

La saturation médiatique et le pouvoir des acteurs privés

L'auteur dénonce la post-vérité et la saturation de l'espace médiatique par une poignée d'acteurs privés ultra-puissants. Ces derniers contrôlent toute la chaîne de production d'information via leurs algorithmes, invisibilisant certains sujets tout en amplifiant d'autres, souvent liés au conflit ou à l'immigration. « Toutes nos données sont à disposition de quelques acteurs privés, c'est le nouvel or noir », s'alarme Chéret, craignant qu'un pouvoir extrême n'exploite ces données contre ses opposants sans garde-fou.

Vers une IA démocratique et des contre-pouvoirs nécessaires

Mathieu Chéret distingue trois modèles d'IA : le modèle américain débridé, le modèle chinois dictatorial axé sur le contrôle social, et le modèle européen qui tente de protéger les citoyens. Il estime que l'IA est un sujet majeur pour la démocratie et plaide pour la création d'une autorité indépendante pour gérer l'utilisation des données. « Ce qu'il faudrait, c'est une autorité indépendante pour gérer ce dossier et qui serait le garant de la façon dont sont utilisées et exploitées nos données », insiste-t-il.

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Des conseils pour les citoyens face à l'emprise algorithmique

À l'échelle individuelle, Mathieu Chéret encourage les citoyens à agir en faisant du tri dans leur consommation numérique. Il suggère de ne pas avoir peur de supprimer un réseau social, de revenir à des journaux vérifiés et sourcés, et de sortir des bulles cognitives imposées par les algorithmes. « Il faut évidemment se remettre à lire des journaux avec des informations qui ont été vérifiées, qui ont été sourcées », conclut-il, appelant à une prise de conscience collective pour préserver la démocratie.