L'IA dans notre quotidien : un exosquelette cognitif à double tranchant selon un neurologue
IA et cerveau : les conseils d'un neurologue pour éviter les pièges

L'omniprésence des assistants IA dans le quotidien des Français

"J'ai demandé à Claude et ChatGPT". Cette phrase, devenue récurrente ces derniers mois, illustre la place grandissante des assistants virtuels alimentés par l'intelligence artificielle dans la vie des Français. Qu'il s'agisse de travail, d'études, de santé, d'actualité ou même d'organisation des vacances, ces agents conversationnels se sont imposés comme des outils incontournables. Une étude récente réalisée par OpinionWay pour 20 Minutes révèle que huit jeunes âgés de 18 à 30 ans sur dix déclarent avoir intégré ces technologies à leur quotidien en 2024.

Les alertes scientifiques sur les effets délétères

Le phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur, suscitant une multiplication des recherches sur le sujet. Des travaux récents du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont mis en lumière les effets potentiellement néfastes de ces outils sur l'apprentissage et le développement de l'esprit critique. Le professeur Benjamin Maïer, neurologue à l'hôpital Paris Saint-Joseph (Université Paris Cité), explique à 20 Minutes : "Il y a un risque de diminution de l'effort cognitif autonome si l'IA remplace trop souvent toutes nos fonctions cognitives". Ce danger serait particulièrement marqué chez les adolescents dont certaines fonctions cognitives ne sont pas encore pleinement matures.

Quelles tâches ne pas confier à l'IA ?

À l'occasion de la semaine du cerveau, le spécialiste détaille les enjeux liés à ces nouveaux usages et prodigue ses conseils pour une utilisation raisonnée. Les tâches les plus problématiques sont celles où l'IA se substitue entièrement à la cognition de l'utilisateur. "Cela peut être, par exemple, le fait de résumer un document en faisant un copier-coller sans jamais le lire ou résoudre un problème sans jamais raisonner par soi-même", précise le neurologue. Lorsqu'on supprime l'effort utile, fondamental pour la mémoire, la compréhension ou l'esprit critique, les conséquences peuvent être délétères. La solution ? Accompagner l'IA en lui fournissant des précisions, un raisonnement, une contradiction, pour atténuer cet effet négatif.

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Apprendre avec l'IA sans affaiblir ses capacités

Le professeur Maïer recommande de déléguer à l'IA uniquement ce qui est accessoire, jamais ce qui participe à la formation intellectuelle. "On peut, par exemple, demander à l'IA d'expliquer des concepts qu'on ne comprend pas, de générer des questions pour se challenger, de donner des contre-exemples ou de fournir un retour sur un texte". Dans ce cadre, l'effort utile est préservé, rendant l'expérience stimulante. L'usage doit être séquentiel : essayer d'abord par soi-même, utiliser l'IA pour débloquer une situation, puis réessayer sans aide. Le danger survient lorsqu'on cesse de tenter par soi-même.

Mémoire et charge cognitive : trouver l'équilibre

La mémoire repose sur un processus complexe nécessitant attention, encodage et réactivation de l'information. Si les outils IA se substituent complètement à ce processus, les conséquences pour cette fonction cognitive peuvent être catastrophiques. En revanche, demander à l'IA des quiz, des répétitions, des analogies ou des tests de rappel peut renforcer le stockage mémoriel. "D'où l'importance d'apprendre aux plus jeunes ce qu'est réellement une IA, et surtout comment l'utiliser pour s'améliorer, et non pas se limiter", insiste le neurologue.

Esprit critique et IA : une cohabitation délicate

Même les adultes dotés d'un esprit critique développé peuvent être trompés par des photos ou informations générées par l'IA. "Ces outils augmentent la fluidité de l'information, mais pas forcément sa fiabilité", souligne le spécialiste. Il est donc crucial de les utiliser comme des contradicteurs constants, jamais comme des arbitres définitifs. L'utilisateur doit toujours conserver le dernier mot dans la prise de décision.

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Les risques spécifiques pour les adolescents

Un usage excessif chez les jeunes peut entraîner une dépendance favorisant l'externalisation systématique, avec une diminution de l'effort de rappel, de l'endurance attentionnelle et de l'autonomie dans la résolution de problèmes. "Nous manquons encore de recul, mais un mauvais usage pourrait avoir des effets délétères sur la maturation cognitive", alerte le professeur Maïer. Il utilise une métaphore éclairante : "L'IA est un exosquelette cognitif, mais pas une prothèse de la pensée. Il faut la voir comme une structure faite pour aller plus loin, sans pour autant arrêter de marcher".

L'IA peut-elle réellement booster nos capacités ?

Oui, mais sous certaines conditions strictes. Lorsqu'on a atteint une certaine maturité cognitive et qu'on maintient un effort intellectuel constant, déléguer les tâches non essentielles à l'IA peut libérer du temps mental pour des activités plus complexes. Attention toutefois aux illusions : "L'IA n'augmente pas notre intelligence biologique, elle peut surtout améliorer notre performance cognitive". L'enjeu éducatif autour de l'apprentissage de l'IA, particulièrement chez les plus jeunes, reste donc fondamental pour éviter les dérives.