L'IA s'invite dans les municipales : entre manipulation et modernité politique
IA dans les municipales : manipulation et modernité politique

L'intelligence artificielle révolutionne le paysage électoral municipal

L'intelligence artificielle s'est imposée comme un acteur majeur de la campagne des municipales, bouleversant profondément les pratiques politiques traditionnelles. Entre deepfakes, images truquées et stratégies de communication automatisée, cette technologie émergente alimente des risques inédits de manipulation qui pourraient fragiliser le débat démocratique selon les spécialistes.

Des dérives préoccupantes : deepfakes et fausses images

Plusieurs candidats aux municipales ont déjà été victimes de manipulations numériques sophistiquées. Claire Marais-Beuil, députée RN candidate à la mairie de Beauvais, a découvert une vidéo deepfake la montrant en train de faire un strip-tease, circulant largement sur les réseaux sociaux. L'élue a porté plainte contre X, selon les informations de Franceinfo.

À Guéret, dans la Creuse, la maire sortante et d'autres candidats ont également été ciblés par des campagnes de fausses images générées par intelligence artificielle. Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l'information à l'Université catholique de l'Ouest à Angers, souligne que "l'IA est aujourd'hui l'un des premiers dangers avérés qui touchent le personnel politique, mais pas que d'ailleurs".

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une adoption parfois maladroite par les équipes politiques

Si certains candidats subissent des attaques extérieures, d'autres font preuve d'une utilisation parfois mal maîtrisée de ces nouvelles technologies. Emmanuelle Nouyou, candidate Reconquête à Brest, s'est affichée en mode "Wonder-Woman" sur les réseaux sociaux, générant un buzz important mais illustrant cette appropriation parfois superficielle.

Alexandre Eyries explique cette situation : "Pas mal d'équipes autour des politiciens se saisissent de l'intelligence artificielle parce que c'est dans l'air du temps, mais n'en maîtrisent pas forcément toujours les conséquences. C'est le nouveau jouet à la mode."

Des dérives qui concernent toutes les échelles territoriales

Contrairement aux idées reçues, ces phénomènes ne se limitent pas aux territoires reculés. Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris, a été épinglée pour une image montrant Paris comme une ville sale, prise au pied de l'Arc de Triomphe avec un poteau inexistant en réalité.

Pour le chercheur, "il s'agit avant tout d'une question de force de frappe des partis qui investissent les candidats. Ce qui se manifeste, c'est le déficit de maturation dans l'usage de la technologie".

Perspectives d'avenir et enjeux démocratiques

L'IA devrait prendre une place croissante dans les campagnes électorales futures, représentant pour de nombreuses équipes politiques un gain de temps et d'argent significatif. Face aux dérives observées, plusieurs candidats plaident pour une meilleure régulation des contenus générés par IA.

Claire Marais-Beuil compte d'ailleurs travailler sur une proposition de loi en ce sens. Mais l'intelligence artificielle pourrait jouer un rôle encore plus important à l'avenir, notamment dans le ciblage des électeurs potentiels.

Alexandre Eyries anticipe : "Je pense que l'IA permettra dans les années à venir de rendre encore plus performant le ciblage des électeurs potentiels. Elle pourra même anticiper les besoins des électeurs et donc préformater des communications pour être certain d'obtenir l'assentiment du plus grand nombre." Une évolution qui, selon lui, "reviendrait quand même à fausser un peu le jeu démocratique".

La technologie n'est pas mauvaise en soi, mais ses usages le sont parfois

Le chercheur conclut sur une note nuancée : "La technologie n'est en elle-même jamais mauvaise, ce sont les usages qu'on en fait." Cette campagne des municipales 2026 apparaît ainsi comme un laboratoire des nouvelles pratiques politiques à l'ère de l'intelligence artificielle, avec ses promesses de modernité mais aussi ses risques démocratiques substantiels.

Après avoir transformé des secteurs comme l'éducation et la santé, l'IA s'immisce désormais dans l'arène politique, obligeant les acteurs démocratiques à repenser leurs pratiques face à ces outils puissants mais potentiellement dangereux pour l'intégrité du débat public.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale