Le collier IA Friend suspendu en Europe : la vie privée au cœur des préoccupations
La start-up américaine Friend a annoncé la suspension de la commercialisation de son collier dopé à l'intelligence artificielle dans l'Union européenne. Cette décision fait suite à une controverse majeure concernant l'écoute permanente des conversations sans consentement explicite. L'entreprise a déclaré vouloir se conformer pleinement au Règlement général sur la protection des données (RGPD) avant toute mise en vente sur le marché européen.
Une innovation technologique qui soulève des questions éthiques
Ce collier blanc, qui semble tout droit sorti d'un épisode de la série dystopique Black Mirror, intègre un microphone capable d'écouter en permanence l'utilisateur et son environnement. Le dispositif permet de poser n'importe quelle question à cet « ami » numérique, qui répond ensuite via une application mobile utilisant Gemini, l'intelligence artificielle de Google. Mais ses fonctionnalités vont plus loin : l'IA peut également proposer des activités ou engager des conversations spontanées en fonction de ce qu'elle a perçu dans l'environnement du porteur.
Le directeur général de Friend, Avi Schiffmann, a expliqué au quotidien Les Echos : « Nous voulons nous assurer que nous sommes entièrement conformes au RGPD avant d'expédier le pendentif à l'UE, ce sur quoi nous travaillons actuellement avec notre équipe juridique européenne ». Cette déclaration intervient alors que le produit était initialement prévu pour être vendu 113 euros dans l'Union européenne, après s'être déjà écoulé à 3 000 exemplaires aux États-Unis selon le magazine Fortune.
Une campagne publicitaire parisienne qui a tourné au fiasco
Le lancement européen du collier IA avait été précédé d'une campagne de communication agressive dans le métro parisien dès le début de l'année 2026. Les affiches présentaient l'objet accompagné de phrases intrigantes telles que : « Je serai toujours d'accord pour prendre un café avec toi » ou « je ne laisserai jamais de vaisselle dans l'évier ». Cette stratégie marketing a rapidement suscité l'hostilité des usagers.
Les réactions ont été particulièrement vives :
- De nombreuses affiches ont été arrachées ou couvertes de graffitis dénonçant l'intrusion dans la vie privée
- Les réseaux sociaux se sont enflammés avec des comparaisons fréquentes à Black Mirror
- Le député écologiste Jérémie Iordanoff a demandé à la CNIL d'ouvrir une instruction pour soupçons de manquements aux obligations de respect de la vie privée
Les enjeux réglementaires de l'intelligence artificielle en Europe
Cette affaire illustre parfaitement les tensions entre innovation technologique et protection des droits fondamentaux dans l'ère numérique. Le RGPD, entré en vigueur en 2018, impose des contraintes strictes aux entreprises traitant des données personnelles de citoyens européens, avec des amendes pouvant atteindre 4% du chiffre d'affaires mondial.
Les principales préoccupations soulevées par ce collier IA incluent :
- L'écoute permanente sans consentement explicite et éclairé
- La collecte de données sensibles dans l'environnement immédiat de l'utilisateur
- L'utilisation potentielle de ces données à des fins commerciales non spécifiées
- L'impact sur les interactions sociales et l'autonomie des individus
Cette suspension temporaire du collier Friend en Europe marque un tournant dans la régulation des technologies d'intelligence artificielle grand public. Elle démontre que les entreprises technologiques, même les plus innovantes, doivent composer avec les cadres juridiques protecteurs des droits fondamentaux, particulièrement en matière de vie privée et de protection des données personnelles.



