Réseaux sociaux et adolescents : comment le genre façonne l'expérience en ligne
Ados et réseaux sociaux : l'impact du genre sur l'expérience en ligne

Réseaux sociaux et adolescents : comment le genre façonne l'expérience en ligne

Les adolescents consacrent 58% de leur temps quotidien en ligne aux réseaux sociaux, un espace numérique où les expériences diffèrent radicalement selon le genre. Filles et garçons ne naviguent pas dans les mêmes eaux numériques, confrontés à des stéréotypes genrés, des contenus différenciés et des formes de violence spécifiques. Pauline Ferrari, journaliste indépendante spécialiste des nouvelles technologies, publie ce vendredi 17 avril 2026 l'essai "Mes réseaux, mon genre et moi" aux éditions La ville brûle, un ouvrage destiné aux adolescents et leurs parents pour décrypter ces mécanismes.

Des algorithmes qui renforcent les stéréotypes de genre

Dès l'inscription sur un réseau social, l'algorithme détecte le genre de l'utilisateur et adapte les contenus proposés. "Les contenus proposés dès le départ ne sont pas les mêmes", révèle Pauline Ferrari. Les garçons se voient proposer des vidéos autour du sport, de la bagarre, des voitures et de l'humour, tandis que les filles reçoivent principalement du contenu sur le maquillage, la mode, la beauté et le lifestyle.

Lorsque des contenus sont proposés aux deux genres, ils tendent souvent à humilier les femmes, les présentant comme "un peu bébêtes ou un peu le dindon de la farce". Pour les plateformes, le genre reste un référentiel pratique pour classifier le contenu, simplifiant ainsi leur modèle économique au détriment d'une représentation équilibrée.

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Cyberviolence : des expériences genrées et "très violentes"

Les chiffres sont sans appel : les jeunes filles de 13 ans constituent le profil type des victimes de cyberviolence. Elles subissent beaucoup plus de cyberharcèlement, d'insultes, de caricatures et de diffusion de photos non consenties. Les garçons, quant à eux, lorsqu'ils vivent des cyberviolences, sont généralement renvoyés à leur non-conformité aux clichés de virilité, notamment s'ils n'ont pas de relations sexuelles ou de copines.

Dans tous les cas, l'expérience en ligne pour les adolescents est "très violente", selon Pauline Ferrari. Elle s'applique à "les garder dans un cadre très fermé de ce que c'est d'être une fille et ce que c'est d'être un garçon", perpétuant ainsi des normes de genre rigides.

Le témoignage de Tom, 15 ans : entre addiction et prise de conscience

Tom, 15 ans, découvre les réseaux sociaux à 13 ans et y consacre désormais 3 à 4 heures par jour, principalement sur Snapchat. "C'est addictif…", reconnaît-il. Son fil d'actualité lui propose principalement du contenu humoristique, des actualités, de la nourriture et du sport, correspondant à ses centres d'intérêt.

L'adolescent est déjà tombé sur des vidéos genrées, comme celle d'une fille expliquant que "le garçon doit tout payer, que les filles doivent être comme des reines". S'il a ri au début, il a rapidement swipé, n'étant pas d'accord avec ce discours. Tom se sent parfois "enfermé" par rapport à ses centres d'intérêt et aimerait découvrir d'autres sujets que le rugby, le football et les actualités sur la guerre.

À la question de savoir si les réseaux sociaux l'aident à se comprendre ou lui mettent la pression, Tom répond : "Ça m'aide un peu à me comprendre et ça peut me mettre la pression… Mais je ne suis pas trop ce que les gens disent." Conscient que "les réseaux prennent beaucoup de place dans ma vie", il aimerait réduire leur emprise.

Interdire les réseaux aux moins de 15 ans : une fausse bonne idée

Pour Pauline Ferrari, interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une fausse bonne idée. Cette mesure "met une responsabilisation très forte sur les parents et sur les professeurs aussi, sans jamais demander leur avis aux jeunes". Elle représente également un aveu d'échec législatif, reconnaissant l'incapacité à contrôler les plateformes et à protéger efficacement les mineurs en ligne.

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Le pire danger d'une telle interdiction serait de "bloquer la parole des jeunes qui oseront encore moins parler de ce qu'ils vivent en ligne s'ils savent qu'ils sont allés sur un espace interdit". Plutôt qu'interdire, la journaliste plaide pour une véritable éducation au numérique dès le plus jeune âge.

Éduquer plutôt qu'interdire : des pistes concrètes

La solution passe par "proposer une vraie éducation au numérique dès le plus jeune âge". Sans être anxiogène, il s'agit de rendre les enfants conscients des risques des réseaux sociaux et d'éduquer également les parents pour qu'ils puissent aborder ces sujets avec leurs adolescents.

Pour ouvrir le dialogue sans braquer son ado, Pauline Ferrari conseille aux parents d'adopter "une position d'humilité". Il s'agit d'être curieux de ce qu'ils regardent en ligne, sans posture moralisatrice, en disant par exemple : "Montre-moi, ça m'intéresse, j'ai vu passer ça, qu'est-ce que tu peux m'en dire ?"

Le message essentiel que la journaliste souhaite transmettre aux jeunes est clair : "On a tous et toutes une expérience qui est différente sur Internet et que c'est parfois un peu injuste et un peu rageant, mais qu'en ayant connaissance de tout ça, on est mieux armé pour pouvoir naviguer dans cet espace."

Les mesures des plateformes : protection ou alibi ?

En avril 2025, Meta annonçait sur son site avoir déployé "des protections supplémentaires pour les Comptes Adolescents sur Instagram". La multinationale américaine assure que les adolescents de moins de 16 ans ne pourront plus faire de Live ou désactiver les protections contre les images non désirées dans la messagerie directe sans autorisation parentale.

Meta a étendu ce dispositif de protection aux mineurs sur Facebook et Messenger en France, où les comptes ados sont désormais activés automatiquement pour les moins de 16 ans. Ces comptes visent à réduire l'exposition aux contenus sensibles et limiter les interactions avec les personnes inconnues. Toute modification des réglages exige une autorisation parentale pour les moins de 16 ans.

L'essai "Mes réseaux, mon genre et moi" de Pauline Ferrari, illustré par Mirion Malle, est disponible depuis ce vendredi 17 avril 2026. Cet ouvrage de 72 pages, vendu 13 euros, constitue un outil précieux pour comprendre comment le genre influence notre expérience numérique et comment mieux naviguer dans cet espace parfois hostile.