Sommet IA de New Delhi : 86 pays signent une déclaration commune sans engagements contraignants
86 pays signent une déclaration IA commune à New Delhi

Sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi : une déclaration commune signée par 86 pays

À l'issue du sommet sur l'intelligence artificielle qui s'est tenu à New Delhi, 86 pays et deux organisations internationales ont signé une déclaration commune le samedi 21 février. Ce texte appelle au développement d'une intelligence artificielle « sûre, digne de confiance et robuste », mais il ne comporte aucun engagement concret ni mesure astreignante, suscitant des réactions mitigées parmi les experts et les observateurs.

Une déclaration volontaire sans garde-fous contraignants

La déclaration commune publiée à l'issue de ce sommet de cinq jours met en avant plusieurs initiatives volontaires et non contraignantes, notamment pour mutualiser les capacités de recherche en IA au niveau international. « Promouvoir une IA sûre, digne de confiance et robuste est essentiel pour instaurer la confiance et maximiser les bénéfices sociaux et économiques », affirme le document. Cependant, il ne contient aucun garde-fou spécifique pour prévenir les dangers potentiels tels que le déclenchement de pandémies, la propagation de la désinformation, les problèmes de sécurité nationale ou le chômage de masse.

Ashwini Vaishnaw, le ministre indien des Technologies de l'information, a indiqué que la publication de la déclaration avait été repoussée au samedi afin d'obtenir plus de 80 signataires. Parmi les pays signataires figurent les États-Unis et la Chine, ce qui représente un changement notable par rapport au sommet de l'an dernier à Paris, où les États-Unis s'étaient abstenus de signer la déclaration commune.

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Des réactions contrastées parmi les experts

Amba Kak, codirectrice de l'institut américain AI Now, a critiqué la déclaration, affirmant que son large soutien, notamment de la part des États-Unis, montre qu'elle défend des orientations approuvées par l'industrie de l'IA plutôt que des mesures protégeant réellement le public. « Alors que les inquiétudes quant aux conséquences de l'IA pour la société, en matière d'emploi, de santé mentale ou encore d'empreinte carbone des centres de données sont à leur comble, nous avions besoin de protections réellement contraignantes », a-t-elle déploré.

En revanche, Stuart Russell, éminent chercheur en informatique, s'est montré plus optimiste, estimant que « les engagements pris ne sont pas complètement négligeables » et que « l'essentiel est qu'il y ait des engagements, tout simplement ». Il a exprimé l'espoir que ces accords puissent servir de base pour élaborer des textes de loi contraignants visant à protéger les populations.

Les questions clés abordées avec prudence

La déclaration aborde plusieurs thèmes avec prudence, sans proposer de solutions concrètes. Sur la question de l'emploi, elle insiste sur les initiatives de reconversion afin de « soutenir les travailleurs dans leur préparation à une future économie portée par l'IA ». Concernant l'impact environnemental, le texte souligne « l'importance de développer des systèmes d'IA économes en énergie », compte tenu des immenses quantités d'électricité nécessaires pour les alimenter et d'eau utilisée pour refroidir les serveurs.

« Approfondir notre compréhension des enjeux potentiels de sécurité liés à l'IA reste essentiel », se borne à souligner le document, sans aller plus loin dans la mise en place de mécanismes de prévention.

Deux visions opposées sur la gouvernance de l'IA

Pendant les débats du sommet, deux façons différentes de gérer le développement de l'IA se sont opposées. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, a confirmé le lancement d'une commission scientifique destinée à faire « du contrôle humain » de l'IA « une réalité technique ». De leur côté, les États-Unis ont « totalement » rejeté toute gouvernance mondiale de l'intelligence artificielle, par la voix de Michael Kratsios, conseiller de la Maison-Blanche aux sciences et technologies.

Sam Altman, patron d'OpenAI, a pour sa part appelé à un besoin urgent de régulation, proposant la création d'une agence internationale similaire à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) pour assurer une coordination internationale en matière d'IA.

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Un sommet historique dans un pays en développement

Le « Sommet pour l'action sur l'IA » à New Delhi était le plus important sommet à ce jour, avec des dizaines de milliers de participants et visiteurs, et le premier à se tenir dans un pays en développement. Parmi les intervenants figuraient le Premier ministre indien Narendra Modi, le Président français Emmanuel Macron, Antonio Guterres et les plus grands patrons de la tech, dont Sam Altman.

Les sujets brûlants abordés lors des débats incluaient les avantages sociétaux de la traduction multilingue par IA, les menaces pesant sur l'emploi et le problème de la consommation énergétique des centres de données. Le prochain sommet sur l'intelligence artificielle se tiendra à Genève début 2027, laissant aux pays signataires le temps de transformer ces déclarations d'intention en actions concrètes.