À 34 ans, Robin Le Ruz s'impose comme l'une des figures montantes de la cardiologie interventionnelle mondiale. Après dix-huit mois de collaboration avec l'université Columbia, à New York, le nom du praticien du CHU de Nantes apparaît dans la prestigieuse liste de l'American College of Cardiology, qui récompense chaque année les jeunes cardiologues les plus prometteurs.
Un parcours d'excellence
Son séjour d'étude, vivement encouragé par ses mentors du CHU de Nantes, les professeurs Patrice Guérin et Jean-Noël Trochu, a porté sur une technique de pointe en cardiologie : le remplacement de la valve tricuspide, longtemps restée dans l'ombre des autres valves cardiaques. « Mon but était de revenir en France et de contribuer à développer cette approche au CHU de Nantes », insiste Robin Le Ruz.
La valve tricuspide : un rôle clé
Située dans la partie droite du cœur, la valve tricuspide joue un rôle clé dans la circulation sanguine. Il s'agit d'une sorte de petit « clapet » qui s'ouvre pour laisser passer le sang et remplir le ventricule droit, puis se ferme au moment de l'éjection du ventricule droit vers l'artère pulmonaire. À l'état normal, elle ne laisse passer qu'une très petite quantité de sang vers l'oreillette droite lorsqu'elle est fermée.
De l'ombre à la lumière
L'insuffisance tricuspide (ou fuite tricuspide) est un défaut de fermeture des feuillets de la valve, entraînant un reflux de sang en quantité importante du ventricule droit dans l'oreillette droite pendant la phase d'expulsion du sang (systole). « Il y a trente ans, son remplacement était jugé trop risqué et peu utile », rappelle Robin Le Ruz. La recherche mondiale s'est d'abord concentrée sur les valves du côté gauche du cœur, essentielles à l'irrigation de l'organisme.
Ce désintérêt n'est plus de mise. On sait désormais qu'une valve tricuspide défaillante altère progressivement la fonction cardiaque et expose les patients à des symptômes d'insuffisance cardiaque tels que l'essoufflement, la prise de poids, les œdèmes ou la fatigue. Le foie et le rein peuvent également souffrir de ce dysfonctionnement.
Une révolution technique
Jusqu'à récemment, la chirurgie à cœur ouvert constituait l'unique solution. Si la technique dite « percutanée » est parfaitement maîtrisée sur d'autres valves grâce aux travaux de grands pionniers de la cardiologie comme Alain Carpentier ou le Pr Alain Cribier, elle n'était pas appliquée à la valve tricuspide jusqu'à très récemment. Cette approche, qui permet d'implanter une valve bioartificielle via l'artère fémorale, sans ouvrir le thorax, est utilisée sur la valve de droite depuis moins de dix ans dans le monde et à peine deux ans en France.
Éviter le pacemaker
Si elle change la donne, elle soulève également des interrogations sur les risques associés. C'est précisément sur ce point que s'est penché Robin Le Ruz. Dans une étude menée aux États-Unis, il a analysé les suites opératoires de soixante-dix interventions. Résultat : plus d'un tiers des patients présentent des troubles du rythme cardiaque, et environ 15 % doivent être équipés d'un pacemaker.
En croisant données d'imagerie et examens cardiaques, le chercheur a identifié plusieurs facteurs de risque, notamment l'inflammation postopératoire ou certaines particularités anatomiques. Il pointe aussi des pistes d'amélioration technique. « Une fois en place, la prothèse peut exercer une pression sur une zone précise du cœur, perturbant la conduction électrique et le rythme des contractions », détaille le médecin.
Dépasser les centres américains
Cette découverte de l'équipe franco-américaine offre des perspectives très concrètes pour la sécurité des malades. Désormais, les médecins savent qu'ils doivent scruter avec une attention extrême le scanner avant l'opération pour repérer ces voies électriques, évaluer les risques propres à chaque individu et anticiper une surveillance sur mesure. Mais ce constat scientifique lance également un défi direct aux fabricants de ces technologies médicales : en adaptant la forme de leurs implants pour contourner ce conflit anatomique, ils pourraient prochainement rendre ces opérations beaucoup plus sûres.
La publication du Français pourra accélérer la sécurisation et la diffusion d'une procédure appelée à transformer la prise en charge de dizaines de milliers de patients dans le monde. « Aux États-Unis, j'ai acquis une certitude : il ne faut pas avoir de complexes ! Les grands CHU français possèdent tous les atouts et ingrédients nécessaires pour atteindre le même niveau d'expertise et de visibilité internationale sur ce sujet que les centres américains de pointe », conclut Robin Le Ruz.



