655 millions pour l'IA : la France peut-elle rattraper son retard ?
655 millions pour l'IA : la France peut-elle rattraper son retard ?

655 millions pour l'IA : la France peut-elle rattraper son retard ?

À la veille de VivaTech, le gouvernement a annoncé 655 millions d'euros supplémentaires pour soutenir l'intelligence artificielle. Pour Anne Laurent, présidente de l'association IA Montpellier Méditerranée, l'enjeu n'est pas seulement financier : la France doit d'abord réduire sa dépendance technologique et miser sur ses propres atouts pour exister face aux États-Unis et à la Chine.

Un investissement suffisant ?

Le montant de 655 millions d'euros annoncé par Sébastien Lecornu suffira-t-il pour "ne plus subir cette révolution" et revenir dans la course avec la Chine et les États-Unis ? Rien n'est moins sûr, tant le retard de la France est important en la matière. Anne Laurent, présidente de l'association IA Montpellier Méditerranée, apporte son éclairage.

Souveraineté ou dépendance ?

Peut-on réellement parler de souveraineté française en matière d'IA lorsque nos infrastructures, nos puces et une grande partie du cloud reposent encore sur des acteurs américains ? Anne Laurent préfère parler de dépendance : "Les solutions qu'offrent les GAFAM s'apparentent à du sucre : nos corps y sont très habitués, c'est très bien fait mais il faut savoir s'en défaire." En France, il y a la partie émergée de l'iceberg avec Mistral AI, mais de gros manques subsistent sur le cloud et le transport de données. "En quelques décennies, les câbles sous-marins servant à la transmission des données sont passés de la main des agents publics aux GAFAM. Nous avons des atouts à faire valoir mais il faut du ciment pour les lier entre eux."

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Des champions mondiaux ?

Malgré l'annonce d'investissements massifs, la France peine à faire émerger des champions mondiaux. Anne Laurent estime qu'il ne faut pas jouer sur le même terrain que les géants américains en essayant de créer le nouveau ChatGPT. "Il faut au contraire cultiver notre particularité en concevant des IA éthiques et respectueuses des gens et de l'environnement. Le RGPD et l'IA Act ne sont pas des mauvaises choses." Les petits modèles d'IA agentiques, conçus pour interagir avec les données et les outils sans intervention humaine, pourraient être plus pertinents pour la France, notamment dans les secteurs de la santé ou de l'environnement.

Un écosystème capable de rivaliser ?

Mistral AI est souvent cité comme exemple, mais est-il sain de miser l'essentiel du récit de souveraineté sur une poignée d'acteurs ? Anne Laurent distingue deux niveaux de rivalité : les aspects techniques de l'IA, avec des entreprises, des start-up et des laboratoires importants à Montpellier, ainsi que l'Inria et les forces universitaires. Mais la technique n'est pas le seul sujet : "Parfois, le problème est organisationnel : comment faire pénétrer ces technologies dans nos entreprises et nos usages ? Ce que l'on veut en faire est très politique, et fait intervenir la science de la gestion, la sociologie du travail. Tous ces débats doivent être posés dans notre société, c'est aussi important que nos infrastructures."

Quelle décision pour éviter le décrochage ?

Si Anne Laurent devait faire prendre une seule décision au gouvernement dans les douze prochains mois, ce serait un "choc de prise en compte". "Il faut que chacun objective sa dépendance en se disant factuellement : j'ai regardé ce que j'avais dans mon entreprise, et voilà où j'en suis en termes de dépendance. Ensuite, il faut travailler collectivement pour trouver ou développer des solutions là où il y a le plus de risque de perte d'indépendance."

Une autonomie stratégique ?

La France cherche-t-elle à construire une véritable autonomie stratégique en IA, ou simplement à obtenir une meilleure place dans un écosystème dominé par les géants américains ? Anne Laurent conclut : "Je pense qu'on peut être leader, mais pas sur tout. Il faut savoir quels coups d'accélérateur on peut mettre sur certaines thématiques qui nous tiennent à cœur, comme la gestion du risque climatique, la santé ou les clouds souverains, particulièrement stratégiques pour notre indépendance."

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