Une étude dévoile l'ampleur du phénomène
Selon une analyse menée par le cabinet de conseil BearingPoint, près de 40 % des mentions de l'intelligence artificielle dans les rapports annuels 2024 des entreprises du CAC 40 sont considérées comme trompeuses ou exagérées. L'étude, publiée le 15 mars 2025, a passé au crible 120 documents déposés auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Les secteurs les plus concernés sont la technologie, les services financiers et la santé. Les entreprises y vantent des « solutions d'IA avancées » ou des « algorithmes prédictifs révolutionnaires », sans fournir de preuves tangibles de leur déploiement ou de leur efficacité.
Des allégations difficiles à vérifier
« Nous avons constaté que dans 60 % des cas, les entreprises n'expliquent pas comment l'IA est réellement utilisée dans leurs opérations », déclare Marie Dupont, associée chez BearingPoint. « C'est un véritable greenwashing de l'IA. »
L'étude souligne que 25 % des rapports mentionnent l'IA sans aucun lien avec les activités principales de l'entreprise. Par exemple, une entreprise de logistique affirmait utiliser l'IA pour optimiser ses itinéraires, mais aucun indicateur de performance n'était fourni.
Des risques pour les investisseurs
Cette pratique expose les investisseurs à des risques de désinformation. Selon une enquête de l'AMF, 30 % des décisions d'investissement dans les valeurs technologiques s'appuient sur les promesses d'IA des rapports annuels. « Les investisseurs doivent être vigilants et exiger des preuves concrètes », prévient Jean Martin, analyste chez AlphaValue.
L'Autorité des marchés financiers a annoncé qu'elle renforcerait ses contrôles à partir de 2026. Les entreprises devront justifier leurs allégations par des données chiffrées et des cas d'usage précis.
Vers une régulation plus stricte
L'Union européenne prépare également un règlement sur la transparence de l'IA dans les communications financières. La Commission européenne a lancé une consultation publique en janvier 2025, avec pour objectif d'obliger les entreprises à certifier leurs déclarations d'IA par des audits indépendants.
« Nous ne pouvons pas laisser l'IA devenir un outil de marketing trompeur », a déclaré Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur. « Les citoyens et les investisseurs méritent des informations fiables. »
En attendant, BearingPoint recommande aux investisseurs de consulter les rapports de durabilité et les audits externes pour vérifier les affirmations sur l'IA. L'étude complète sera présentée lors du Forum de la finance durable à Paris le 22 mars.



