Stanislas Maximin, le jeune entrepreneur qui construit des fusées sans être ingénieur
Stanislas Maximin, l'entrepreneur qui construit des fusées sans diplôme

Stanislas Maximin, un visionnaire atypique dans l'industrie spatiale

Silhouette imposante et sourire constant, Stanislas Maximin ne correspond pas au stéréotype de l'ingénieur spatial traditionnel. Pourtant, à seulement 26 ans, ce jeune entrepreneur s'apprête à envoyer des fusées dans l'espace avec son entreprise Latitude, fondée il y a sept ans. Basée dans une zone industrielle de Reims, dans la Marne, cette société développe le prototype de son lanceur, Zephyr, destiné à placer de petits satellites en orbite basse. Un premier essai est programmé pour début 2027.

Le projet Zephyr : une approche pragmatique

Le lanceur Zephyr mesure 20 mètres de haut et 1,6 mètre de diamètre, capable d'emporter des charges de 10 à 300 kilos à des altitudes comprises entre 250 et 700 kilomètres. Il comporte deux étages : le premier équipé de sept moteurs Navier (chacun développant 3,8 tonnes de poussée) et le second d'un seul moteur. Stanislas Maximin a choisi un carburant éprouvé, un mélange oxygène-kérosène, utilisé depuis des décennies dans le spatial. « Les technologies révolutionnaires dans le spatial, ça n'existe pas », affirme-t-il, privilégiant ainsi la sécurité. Pour l'instant, il n'envisage pas de fusée réutilisable, estimant que cela n'a pas de sens pour les petits lanceurs, bien que ce sujet devra être abordé à l'avenir.

Une vocation née de la passion familiale

Stanislas Maximin n'a suivi aucune formation d'ingénieur, mais sa vocation spatiale remonte à l'enfance. Influencé par son grand-père, électricien de bord dans l'aéronavale, et son père, passionné d'aéronautique, il a été initié aux meetings aériens du Bourget et aux maquettes d'avions. Sa mère, amatrice de science-fiction, a également nourri ses rêves spatiaux. « À 15 ans, je savais que je construirais un jour des fusées », confie-t-il. Après un baccalauréat et deux années ennuyeuses en école de commerce, un stage à Disney World en Floride lui a permis d'assister aux décollages de fusées à Port Canaveral, renforçant sa passion.

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La création de Latitude : un parcours audacieux

En 2019, Stanislas Maximin quitte son école de commerce et lance Latitude, sans réseau ni formation technique. Il s'entoure de talents, comme Kevin Monvoisin, un ingénieur de Safran, qui cofonde l'entreprise. Initialement basée dans le XVIIe arrondissement de Paris, Latitude s'installe à Reims, où la municipalité lui offre un accueil favorable. Le projet bénéficie de stagiaires et de diplômés de l'Estaca, une école d'ingénieurs. Le financement a été un défi majeur, avec des contributions du Centre national d'études spatiales (Cnes), du Crédit mutuel, de la BPI locale, et d'autres investisseurs, totalisant plus de 50 millions d'euros. Aujourd'hui, Latitude emploie 180 personnes, avec une moyenne d'âge de 34 ans.

Stratégie et défis pour l'avenir

Latitude ne vend pas des lanceurs, mais des services de lancements, se comparant à une compagnie de taxis spatiale. L'entreprise multiplie les tests, notamment sur l'aéroport de Vatry, à 65 km de Reims, et prévoit d'utiliser l'ancienne aire de lancement de la fusée Diamant à Kourou, avec le soutien du Cnes. Pour éviter la saison des pluies, des lancements à Oman sont envisagés. Le premier tir, prévu pour début 2027, s'effectuera à vide. L'usine sera transférée dans un ancien site d'AstraZeneca à Reims, visant 50 lancements par an, nécessitant un financement d'environ 200 millions d'euros. Déjà, 50 tirs sont réservés par des clients comme le Cnes, Spire, Atmos Space Cargo, et M3 Systems.

Concurrence et perspectives

Stanislas Maximin se montre confiant face à la concurrence, soulignant que Latitude offre un accès « à n'importe quelle orbite », contrairement à SpaceX qui n'en dessert que deux. Cependant, le marché européen compte une dizaine de lanceurs en développement, et Latitude n'a pas été retenue par l'Agence spatiale européenne dans son programme de nouveaux lanceurs. Malgré cela, Maximin reste optimiste : « Petit lanceur deviendra grand », déclare-t-il, affirmant sa confiance inébranlable dans l'avenir de Zephyr et de son entreprise.

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