Artemis II : Leçon spatiale pour l'Europe face à ses défis géopolitiques
Artemis II, une leçon spatiale pour l'Europe

Artemis II : Un spectacle spatial qui interpelle l'Europe

Quel spectacle extraordinaire que celui offert par la mission Artemis II ! Et quelle leçon historique nous est ainsi rappelée : l'impossible peut devenir réalité. Cet exploit américain, réalisé avec la participation des Européens et des Canadiens, nous ramène directement à l'épopée de la conquête lunaire des années 1960. Comme le programme Apollo répondait alors aux ambitions soviétiques, Artemis II constitue aujourd'hui une réponse aux visées spatiales - et au-delà - de la Chine.

Leçon d'histoire : Le 'moment Spoutnik' américain

Il est essentiel de se souvenir que seulement douze années séparent le lancement du premier satellite soviétique en 1957 des premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune en 1969. La réaction fulgurante des États-Unis après ce 'moment Spoutnik' démontre qu'aucune situation n'est jamais irrémédiable. Le président Eisenhower avait d'abord tenté de minimiser l'événement, qualifiant Spoutnik de 'petite balle dans les airs'. Mais la machine américaine était déjà en marche.

Le 25 mai 1961, dans un discours historique devant le Congrès, John F. Kennedy annonçait l'objectif d'envoyer un homme sur la Lune 'avant la fin de la décennie'. Cette détermination et cette vision stratégique ont permis aux États-Unis de rattraper puis de dépasser leur rival soviétique dans la course spatiale.

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L'Europe face à son propre 'moment Spoutnik'

Pourquoi cette histoire spatiale nous concerne-t-elle aujourd'hui ? Parce que l'Europe traverse actuellement son propre 'moment Spoutnik', mais qui s'étire dangereusement dans le temps. On pourrait faire remonter ce tournant au 24 février 2022, lorsque les chars russes sont entrés en Ukraine. À ce moment, l'Europe apparaissait désarmée, dépendante du gaz russe, et contrainte de quémander l'aide de Washington.

Le Vieux Continent s'est néanmoins progressivement réveillé. Quatre ans plus tard, il a réussi à compenser le tarissement de l'aide américaine à Kiev sous l'administration Trump. Mais ce réveil reste insuffisant face à plusieurs défis majeurs :

  • La menace russe persiste et s'est même intensifiée
  • Les incertitudes américaines, entre remises en question de l'OTAN et guerres commerciales
  • L'impuissance européenne face aux crises régionales comme le conflit iranien

Signes timides de prise de conscience européenne

Il serait injuste de nier certains progrès. Le réarmement européen, bien que lent, est en cours. Plusieurs évolutions significatives méritent d'être notées :

Au Royaume-Uni, les sondages indiquent désormais qu'une majorité de Britanniques considère le Brexit comme une erreur. Selon l'institut américain NBER, cette décision aurait coûté au pays environ 8% de son PIB cumulé. Les mêmes enquêtes révèlent un désenchantement croissant vis-à-vis de la 'relation spéciale' avec Washington et un désir de rapprochement avec l'Union européenne.

En Allemagne, la crise énergétique de 2022 a ébranlé certaines certitudes. La ministre de l'Économie Katherina Reiche a récemment suggéré, dans les colonnes du Financial Times, que son gouvernement portait à nouveau un 'intérêt' à l'énergie nucléaire - une évolution notable dans un pays qui avait opté pour l'abandon progressif du nucléaire.

La France, cancre économique de la zone euro

En France, le 'moment Spoutnik' se fait moins sentir, le pays excellant à 'faire le beau' selon l'expression de l'article original. Pourtant, la situation économique française constitue un obstacle majeur à l'émergence d'une puissance européenne unie. Le statut de la France comme 'cancre de la zone euro' en matière de déficits publics affaiblit considérablement la crédibilité et la capacité d'action de l'Europe sur la scène internationale.

Vers un 'moment Kennedy' européen ?

L'Europe aurait tout intérêt, dans ce monde de plus en plus compétitif et conflictuel, à surmonter sa timidité - ou sa peur - et à formuler clairement les défis qui l'attendent. Reprenons les mots prononcés par Kennedy devant le Congrès le 25 mai 1961 : 'Il est maintenant temps de faire de plus grands pas - temps pour une grande et nouvelle entreprise américaine, temps pour cette nation de prendre clairement un rôle de leader...'

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L'Europe possède-t-elle la volonté politique et la vision stratégique nécessaires pour son propre 'moment Kennedy' ? La question reste ouverte, mais les leçons de l'histoire spatiale, d'Apollo à Artemis II, nous rappellent que les plus grands défis peuvent être relevés lorsque la détermination et les moyens sont au rendez-vous.