Artemis II : la rentrée atmosphérique cruciale de la capsule Orion ce vendredi
Artemis II : rentrée atmosphérique cruciale d'Orion ce vendredi

Artemis II : le retour sur Terre s'annonce périlleux pour la capsule Orion

Après une mission historique d'une dizaine de jours autour de la Lune, incluant un passage au-delà de sa face cachée, l'équipage d'Artemis II se prépare à un retour sur Terre des plus délicats. L'amerrissage de la capsule Orion est programmé avec une précision extrême pour cette nuit de vendredi à samedi, à 2 heures 06 minutes exactement, heure française. Ce moment clôturera une mission globalement réussie, mais dont l'ultime épreuve reste à franchir : une rentrée atmosphérique fulgurante de seulement treize minutes, où la moindre anomalie pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Treize minutes de concentration extrême

« Treize minutes, du point de rentrée dans l'atmosphère jusqu'à l'amerrissage… Tout va commencer très vite et se terminer encore plus vite. Dans la capsule, face à ce déchaînement physique, la concentration sera extrême », explique Rick Henfling, le directeur de vol chargé de la rentrée pour la NASA. La séquence critique débutera à 1 heure 33, heure française, lorsque le module de commande, abritant les quatre astronautes, se séparera de son module de service européen, voué à la désintégration dans l'atmosphère.

Vingt minutes plus tard, la capsule Orion percutera les couches denses de l'atmosphère terrestre à la vitesse vertigineuse de 40 233 kilomètres par heure. Cette vélocité est extrêmement élevée comparée à une rentrée classique depuis l'orbite basse terrestre, qui avoisine généralement les 28 000 km/h. L'enjeu est vital pour l'équipage, d'autant qu'un souvenir douloureux hante encore la NASA.

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Un bouclier thermique sous surveillance

Lors du vol de test Artemis I en décembre 2022, le bouclier thermique de la capsule avait subi une dégradation inattendue et des pertes de matière. Pour protéger les astronautes et éviter de reproduire ces dégâts, l'agence spatiale a dû adapter la trajectoire de rentrée de la mission actuelle. Alors que le vaisseau Orion a été conçu pour effectuer une rentrée « bondissante » sur l'atmosphère, permettant de dissiper la chaleur progressivement, Artemis II effectuera exceptionnellement une rentrée plus courte et directe.

Ce compromis soumettra les astronautes à une force de décélération plus intense, mais sur une durée beaucoup plus courte. L'équipage encaissera ainsi deux pics successifs à 3,9 g, ressentant près de quatre fois leur propre poids. Cette force pourrait même grimper jusqu'à 7,5 g en cas de trajectoire de secours. L'objectif est de réduire la distance parcourue dans les couches denses de l'atmosphère pour limiter le temps d'exposition du vaisseau aux conditions critiques.

Mur de chaleur et silence radio

Car le bouclier thermique va devoir endurer des températures infernales atteignant 2 760 degrés Celsius, soit environ la moitié de la température à la surface du Soleil. Cette chaleur transformera le vaisseau en une véritable boule de feu. Le plasma brûlant entourant l'habitacle bloquera toutes les communications radio avec le centre de contrôle de Houston, plongeant l'équipage dans un silence total, le fameux « black-out », pendant six longues minutes.

La délicate séquence des parachutes

Une fois la capsule ralentie et sortie de cet enfer thermique, une séquence ultra-complexe de onze parachutes prendra le relais. Deux premiers parachutes de freinage se déploieront à environ 7 620 mètres d'altitude, suivis des trois immenses voiles principales à 2 743 mètres d'altitude. L'objectif est de faire passer le vaisseau d'une vitesse supersonique à un doux plongeon de moins d'une trentaine de km/h dans les eaux de l'océan Pacifique, au large de San Diego.

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Une armada militaire en attente

Sur la zone d'amerrissage, la marine américaine est déjà en position. C'est le navire amphibie USS John P. Murtha qui est chargé de la délicate opération de récupération. Dès le contact avec l'eau, des plongeurs de la Navy s'approcheront à distance de sécurité. Pendant ce temps, « deux hélicoptères militaires MH-60 équipés de nacelles optiques se tiendront à différentes altitudes au plus près de la zone pour filmer la scène en continu », a précisé Lily Villarreal, la directrice des opérations de récupération.

Si l'état de la capsule le permet, des hélicoptères militaires MH-60 hélitreuilleront l'équipage un par un. Le protocole médical de sortie est strictement établi : l'ingénieure Christina Koch sera extraite la première, suivie du pilote Victor Glover, du Canadien Jeremy Hansen et enfin du commandant Reid Wiseman. Tous seront acheminés vers la baie médicale du navire en moins de deux heures après leur amerrissage, concluant ainsi, si tout se passe comme prévu, le premier voyage lunaire habité depuis plus d'un demi-siècle.