Trump utilise l'IA pour attaquer ses adversaires politiques
Trump utilise l'IA contre ses adversaires

Une nouvelle polémique sur Truth Social

Serait-ce une attaque de trop ? Encore une fois, Donald Trump fait polémique sur sa plateforme Truth Social. Avec un nom pareil, on aimerait presque faire confiance à ses publications. Pourtant, le président américain s'adonne à son passe-temps favori : utiliser l'IA pour discréditer ses adversaires. Dans cette Amérique-là, l'intelligence artificielle est-elle devenue l'outil d'une vengeance sans limites ?

Une image fabriquée par IA

Dimanche 24 mai au matin, le président américain a partagé une image fabriquée par IA montrant Barack Obama, l'ancien directeur du FBI James Comey et plusieurs figures de l'administration Obama posant en uniformes carcéraux, tenant des pancartes de type « mug shot ». Au centre de cette galerie vénéneuse : un titre volontairement infantilisant, « The Shady Bunch », parodie venimeuse de la série familiale américaine The Brady Bunch.

« C'est un groupe de personnes mauvaises (malades !) », a écrit Trump. « Très destructrices pour notre grande Nation. Elles ont causé des dégâts considérables par la weaponization [instrumentalisation politique de la justice]. » Autour d'Obama apparaissent notamment Samantha Power, Susan Rice, Ben Rhodes, Valerie Jarrett, James Clapper et John Brennan. Toute une galerie de figures honnies par l'univers trumpiste, désormais recyclées en figurants d'un tribunal fantasmatique.

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Nourrir des récits parallèles

Selon The Independent, ce nouvel accès d'obsession iconographique n'est autre qu'une stratégie devenue récurrente chez Trump. Utiliser les images générées par IA pour nourrir des récits parallèles où ses adversaires apparaissent comme des criminels, des conspirateurs ou des marionnettistes.

Quelques semaines auparavant, le président avait déjà diffusé une vidéo truquée montrant Obama arrêté dans le Bureau ovale par des agents du FBI, sur fond de « Y.M.C.A. » des Village People. La séquence, longue de 86 secondes, débutait par un montage de responsables démocrates répétant que « personne n'est au-dessus des lois », avant de basculer dans une scène entièrement synthétique. L'ancien président Barack Obama plaqué au sol, menotté, puis enfermé dans une cellule, vêtu d'une combinaison orange, tandis que Trump sourit face caméra.

Le même jour, Trump a également relayé une autre image IA présentant Joe Biden assoupi au milieu de glaces à la vanille, pendant qu'Obama brandit un « autopen » – ce stylo mécanique utilisé pour signer automatiquement des documents – sous le regard inquiétant de Hillary Clinton.

En arrière-plan, allusions appuyées aux addictions de Hunter Biden, à l'affaire de la cocaïne retrouvée à la Maison-Blanche en 2023 et aux théories affirmant que Biden aurait été incapable d'exercer réellement le pouvoir. « Une représentation très fidèle de l'administration Sleepy Joe Biden. D'immenses dégâts ont été causés, mais NOUS SOMMES DE RETOUR !!! » écrivait le Donald Trump en légende.

Une obsession numérique

D'après The Atlantic, cette avalanche de publications n'est pas qu'une lubie numérique. Elle pourrait bien être une stratégie de diversion. Alors que les interrogations sur les relations passées entre Trump et Jeffrey Epstein gagnent en visibilité, le président tente de reprendre la main en misant sur des montages provocateurs. Une façon de détournement l'attention, même si le ton en devient caricatural. Le magazine décrit un président « en plein effondrement numérique », multipliant les publications absurdes au fil d'un week-end où son administration peinait à contenir les controverses autour des dossiers Epstein.

En une seule journée, Donald Trump peut publier jusqu'à 33 messages sur Truth Social, dont vingt en à peine deux heures. Et dans ce déluge numérique, on trouve de tout : une exigence de rétablir les anciens noms controversés des équipes de football américain (Redskins et Indians), mais aussi des vidéos hors contexte de cascades invraisemblables, d'acrobaties périlleuses ou de scènes surréalistes, glanées dans les recoins les plus obscurs d'Internet.

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Comey, cible obsessionnelle

Dans cette dramaturgie punitive, James Comey occupe une place particulière. L'ancien patron du FBI a récemment été visé par une seconde procédure judiciaire liée à une publication Instagram montrant des coquillages formant les chiffres « 86 47 », interprétés par certains trumpistes comme un appel codé contre le 47e président.

James Comey, ironique, a déclaré sur CNN qu'il envisageait désormais de réclamer une indemnisation au fonds « anti-weaponization » mis en place par Trump après l'abandon d'une plainte de 10 milliards de dollars contre l'IRS. « C'est censé compenser les personnes ciblées par le ministère de la Justice pour des raisons politiques ou idéologiques », a-t-il lancé à Jake Tapper. « J'imagine donc que je serai dans la file d'attente. J'espère simplement passer avant ceux qui ont sauvagement battu des policiers et saccagé le Capitole. »

Ce qui frappe désormais n'est plus seulement la brutalité des attaques de Trump, mais leur nature profondément synthétique. La frontière entre divertissement numérique et pulsion autoritaire devient alors poreuse. Et c'est précisément cette confusion qui inquiète désormais une partie de la presse américaine.