Les États-Unis et la Chine ont depuis longtemps fait de l'industrie numérique une arme de puissance. En Europe et en France, nous en prenons tout juste conscience, avec une bonne décennie de retard. Il y a urgence à reconstruire notre souveraineté.
Une dépendance révélée par les crises
Le Covid a réveillé l'Europe sur sa dépendance en matière de médicaments, les conflits russo-ukrainien et américano-iranien sur sa dépendance au pétrole… Voilà que l'interdiction faite par Donald Trump à Anthropic d'exporter à l'étranger ses modèles d'intelligence artificielle (IA) les plus puissants sonne le tocsin sur notre dépendance en matière numérique. Il était temps !
Cela fait des décennies – en gros, depuis le déploiement de l'internet (pourtant né au Cern en Suisse) – que nos économies se construisent sur des infrastructures et des équipements « made in USA ».
Une aliénation profonde
Cette aliénation – qui atteint 60 à 80 % – concernait déjà toute la chaîne de l'industrie numérique : semi-conducteurs, serveurs, centres de données, réseaux sociaux, messageries, visiophonie, informatique dans le nuage, logiciels… Elle est à présent aggravée par l'irruption fulgurante des systèmes d'IA générative, qui reposent sur des modèles conçus et contrôlés outre-Atlantique.
Les géants américains du numérique, les GAFAM, captent l'essentiel de la valeur ajoutée et imposent leurs standards, leurs règles et leurs modes de fonctionnement. La France et l'Europe, quant à elles, se contentent souvent d'un rôle de consommateurs ou de sous-traitants, sans réelle maîtrise des technologies clés.
Un sursaut nécessaire
Face à cette situation, plusieurs voix s'élèvent pour appeler à une « décolonisation numérique ». Il ne s'agit pas de rejeter la coopération internationale, mais de retrouver une capacité d'innovation et de décision autonome. Cela passe par des investissements massifs dans la recherche, le développement de champions européens du cloud et de l'IA, et une régulation qui protège nos données et nos intérêts stratégiques.
La Commission européenne a bien lancé des initiatives comme le règlement sur l'IA ou le projet Gaia-X pour le cloud, mais les résultats tardent à se concrétiser. Pendant ce temps, les États-Unis et la Chine creusent l'écart.
L'urgence est donc réelle. Sans une action rapide et coordonnée, la France et l'Europe risquent de devenir des colonies numériques, dépendantes de technologies étrangères pour leur économie, leur défense et leur vie quotidienne. Le réveil doit être à la hauteur de l'enjeu.



