Un an après avoir vécu « les plus belles émotions de sa carrière », Pierre Delage retrouve les qualifications du Challenger de Bordeaux devant son public. Avant de rallumer l’étincelle, l’Arcachonnais se confie sur son quotidien de joueur de Futures.
Un entraînement de rêve avec Dimitrov
Il est sur un petit nuage. Et ne compte pas en redescendre de suite. 743e joueur mondial, Pierre Delage vient de s’offrir une session d’entraînement avec Grigor Dimitrov, ancien numéro 3 mondial et tête d’affiche du tournoi BNP Paribas Primrose (11-17 mai). « C’est bizarre et impressionnant, c’est quand même quelque chose de jouer avec un tel joueur qui a une telle maîtrise de son tennis », savoure le Girondin, originaire d’Arcachon, bénéficiaire d’une wild-card pour les qualifications du Challenger bordelais. Chez lui, dans son club.
L’an passé, le joueur de 25 ans avait passé un tour avant de chuter aux portes du grand tableau. Il espère revivre les mêmes émotions cette semaine.
Les sentiments avant le premier tour
« Ce sont les mêmes que l’an dernier. Il y a un peu de stress, l’envie de bien faire mais surtout beaucoup d’excitation. Je sais que je n’ai rien à perdre face à un joueur qui sera bien mieux classé que moi. Je veux avant tout kiffer ce moment devant mes proches et tout donner pour faire au moins aussi bien que l’an dernier. »
Le plus beau moment de sa carrière
En franchissant le premier tour en 2025 et en bousculant un Espagnol chevronné comme Albert Ramos-Vinolas au deuxième, Delage a vécu « les plus belles émotions de ma vie de joueur de tennis. C’était incroyable, vraiment. C’est pour ça que je suis d’autant plus excité de rejouer ici. Jouer à la maison, ça décuple déjà les émotions. Il y a tous les jeunes du club avec qui je m’entraîne tous les jours, les personnes qui me voient travailler au quotidien, mes parents, mon frère… Tout était réuni pour que ce soit un grand moment avec une victoire dans la peau de l’outsider. Et le lendemain, Ramos-Vinolas (quart de finaliste à Roland-Garros en 2016) que je regardais à la télé… On s’est envoyé un bon match, c’était magnifique (7-6, 6-3). »
La différence entre Futures et Challenger
Habitué à jouer sur des tournois Futures (3e division mondiale), avec peu ou pas de public et souvent à l’étranger, Delage ressent une nette différence dans un Challenger haut de gamme : « Oui, complètement. J’ai l’impression que je suis obligé de bien jouer parce que les conditions sont tellement au-dessus de ce que je vis au quotidien. En plus, ce Challenger à la Villa Primrose est particulièrement bien organisé. La différence est énorme et moi je la ressens particulièrement en étant à la maison. Si je fais le même tournoi en Croatie, je ne suis pas sûr que je vibre de la même manière. Être à Bordeaux apporte un gros plus. »
Les défis financiers
Sur le plan financier, peu de joueurs s’en sortent en positif avec les faibles dotations des Futures. Delage explique : « Si tu ne fais pas demi-finale a minima sur un Future, tu ne rentres pas dans tes frais. Le but, c’est de limiter la casse et prendre des points pour jouer plus haut. Quand je pars à l’étranger, les frais grimpent et je perds de l’argent. Alors il faut trouver des solutions. Ma principale source de revenus, ce sont les matchs par équipes en France avec la Villa Primrose mais aussi en Italie, en Allemagne. Il y a aussi les CNGT (Circuit national des grands tournois) en France. C’est souvent sur deux jours pour moi et ça me permet de vite rentrer de l’argent. »
Le cap à franchir
Interrogé sur ce qui lui manque pour passer régulièrement au niveau Challenger, Delage pointe l’absence de son entraîneur : « Le plus difficile pour moi, c’est que je suis seul quasiment toutes les semaines sur les tournois. Je ne peux pas être avec mon entraîneur de Primrose (Laurent Gabail) tout le temps, pour des raisons financières notamment. En deux ans, il a été avec moi sur deux tournois. Quand ton entraîneur est là, ça change beaucoup de choses. Quand je sors d’un match, il a un regard différent que je n’ai pas. Cela permet de réajuster ton jeu, ton travail, de poser un cadre qu’il est difficile de caler quand tu es dans ton match. C’est un vrai plus, ça change tout. Aujourd’hui, c’est ma grande priorité. Mais je suis convaincu que je vais passer un cap et que ça va finir par le faire. »



