Jean-Baptiste Aldigé, président démissionnaire du Nissa Rugby, a accordé un entretien à Nice-Matin à la veille du premier match de Pro D2 de la saison 2026/2027. Alors que le club azuréen affronte le Biarritz Olympique ce jeudi 27 août à 19 heures, il a fixé un objectif clair : « se maintenir au niveau professionnel ». Il a également pointé des infrastructures jugées « insuffisantes », qui pourraient menacer la pérennité du club.
Une démission qui n’en est pas vraiment une
Interrogé sur sa démission annoncée le 17 juillet dernier, Jean-Baptiste Aldigé a précisé sa situation : « Ça ne change pas grand-chose. Les statuts du club prévoient que, lorsqu’un président démissionne, il est démissionnaire pendant trois mois. Au bout de ces trois mois, un conseil d’administration se réunit pour nommer un président. Je suis donc toujours démissionnaire, mais j’ai de fortes chances d’être réélu. Et je voterai pour moi (rires). »
Le club a traversé un tumulte administratif ces dernières semaines, en partie lié à des infrastructures jugées « insuffisantes ». Malgré ces difficultés, Nissa Rugby disputera bien la Pro D2 pour la saison 2026/2027.
Une préparation et un recrutement calibrés pour la Pro D2
Concernant la préparation de présaison, le président démissionnaire se montre confiant : « On a fait ce qu’on avait à faire, comme on le fait maintenant depuis deux ans. Il y a une certaine habitude et un savoir-faire. Ce n’est pas pour nous une première présaison de Pro D2. »
Sur le mercato, Jean-Baptiste Aldigé insiste sur le travail de longue haleine : « Construire un effectif, c’est 52 semaines sur 52, toute l’année. Je ne fais jamais de bilan, parce que construire un effectif, c’est un travail permanent. » Il rappelle que l’équipe s’est construite autour d’un socle commun créé il y a deux ans, avec 70 à 80 % de l’effectif conservé, complété par une quinzaine de joueurs cette année. « Même parmi ceux-là, il y en a cinq qui ont dû être recrutés après la montée. Les dix autres, c’était fait depuis Noël », précise-t-il.
Un collectif avant tout, pas de révélation individuelle
Interrogé sur une possible révélation dans l’effectif, Jean-Baptiste Aldigé balaie l’idée : « En rugby, c’est le collectif qui se révèle. L’équipe de rugby, c’est comme faire un assemblage pour faire du vin. C’est de l’agriculture. Vous assemblez des cépages, des caractères, des parcours de vie différents, des joueurs avec des qualités différentes. Il n’y a pas de révélation. » Il ajoute que les statistiques en rugby « peuvent leur faire dire ce qu’on veut », illustrant son propos : « Vous pouvez mettre 25 All Blacks le lundi. Rien ne dit que, quelques jours après, il n’y aura pas 15 Gersois qui vont leur casser la gueule en match. »
Il défend une vision du rugby comme « un produit rural qui peut être consommé par l’urbain », rappelant que « certains ont essayé de le changer et n’y arriveront pas ».
Objectif maintien, puis viser plus haut
Pour cette saison en Pro D2, Jean-Baptiste Aldigé rappelle que « les six premiers se qualifient pour les phases finales. Donc, si vous vous qualifiez dans les six, tout peut arriver ». Mais il tempère : « Aujourd’hui, Nice, comme je le vois, a très peu d’historique dans le rugby professionnel. Sur 25 ans de rugby professionnel, bientôt 30, il n’y a eu qu’une seule année en Pro D2. »
L’objectif premier est donc l’installation durable : « L’objectif premier, c’est d’installer Nice dans le rugby professionnel et de l’y maintenir. (…) On attend toujours de nous des choses extraordinaires. Il fallait qu’on monte, on l’a fait : c’était la première étape. Maintenant, l’étape 2 de la fusée, c’est de se maintenir au niveau professionnel. Et bien sûr, s’il y a une opportunité de faire mieux, on fera mieux. »
Des infrastructures « insuffisantes » et un défi collectif
Le président démissionnaire alerte sur les installations : « Aujourd’hui, on a des structures, autant pour les jours de match au stade que pour l’entraînement, qui sont insuffisantes. Même en Régionale 3, certains clubs n’ont pas ça. » Il compare : « Quand vous allez faire le tour des stades de Pro D2, on est à des années-lumière des installations de villes comme Aurillac, Nevers ou Narbonne. (…) Aujourd’hui, vous allez être le dernier stade, la dernière condition d’entraînement, la dernière pelouse de toute la Pro D2. »
Il appelle à une prise de conscience : « Il faut absolument que Nice se mette au niveau des infrastructures du rugby professionnel. Sinon, ce sera une bulle d’air et la bulle d’air va exploser. » Pour lui, la solution ne relève pas de sa seule responsabilité : « Ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question. Je sais qu’aujourd’hui, le club a tenu ses engagements. Il a amené Nice au rugby professionnel. »
Concernant les favoris de la Pro D2, il élude : « Il n’y a personne devant nous. Il n’y a personne derrière non plus. Pour le moment, on n’a pas commencé. Ce qui compte surtout, c’est de créer une dynamique, de prendre assez de points rapidement pour se maintenir. »
Pour ce premier match à Biarritz, son ancien club, il salue l’humour de Canal+ : « je trouve que Canal+ a eu beaucoup d’humour de faire ça (rires). Le calendrier est sorti comme ça... Il vient un peu tôt. J’aurais aimé le préparer un peu plus tard. Mais je suis ravi de revoir Biarritz. Il y a un nouveau maire là-bas que j’apprécie beaucoup (Serge Blanco). Ce sera l’occasion de revoir quelques copains. »
En mai prochain, il jugera la saison réussie si « on s’est maintenus, déjà. Et si on a une collectivité qui a pris la mesure de cette équipe-là et qui a lancé, de toutes parts, les installations nécessaires pour développer cette équipe. À la fois pour recevoir le grand public les jours de match et pour s’entraîner en semaine. »



