François « Paco » Chicharro, champion de France de boxe amateur en 1966 : un destin rochelais
Le 6 mars 1966, le Rochelais François « Paco » Chicharro décrochait le titre de champion de France de boxe amateur. Dans un article initialement publié le 4 mars 2006 par « Sud Ouest », il partageait ses souvenirs, évoquant une époque haute en couleurs et en intensité.
Une victoire mémorable à La Coursive
« De trois journées, hautes en couleurs et en intensité, pénibles pour les uns, émouvantes pour les autres, glorieuses pour quelques-uns, La Rochelle se flatte de conserver un impérissable souvenir, une ceinture de champion de France », écrivait Marcel Dinand dans « Sud Ouest » du 7 mars 1996. Ce matin-là, une partie de la ville se réveillait avec la gueule de bois, fatiguée d’avoir soutenu son champion pendant trois jours jusqu’à la victoire finale.
Paco Chicharro, lui, retournait à son métier de soudeur chez Delmas. Les photos en noir et blanc montrent son jeune visage sans trace de combat : pas un bleu, pas une cicatrice. À peine âgé de 21 ans, le poulain du Club Pugilistique Rochelais (CPR) réalisait à peine ce qu’il venait de vivre sur le ring de la salle municipale des sports, alors située à La Coursive.
« La Coursive était archi-pleine, le combat était télévisé, se souvient-il. Le club avait misé gros en organisant les demi-finales et les finales du championnat de France amateur. Les dirigeants espéraient que je me qualifierais au moins pour la finale. » François Chicharro fit mieux encore.
Des débuts précoces et un héritage familial
Naturalisé à 21 ans, ce fils de réfugié espagnol, né à La Jarrie, avait appris très tôt à se servir de ses poings. « Quand tu n’étais pas Français, on te le faisait savoir à l’école. Je me battais presque tous les jours. » Ce droitier à la gauche terrible tenait de son père, un boxeur de renom en Espagne, et de son oncle Henri Sesma, connu pour ses nombreux KO.
« J’ai pourtant commencé très tard, à 18 ans. Je me suis inscrit au CPR. À l’époque, on s’entraînait dans la salle de l’Arsenal. Quand il pleuvait, l’eau passait à travers le toit. Quelques fois, on voyait des soldats américains venir s’entraîner. Plus tard, le club s’est installé à La Coursive. Ses couleurs étaient le jaune et le noir ; il n’y avait que moi qui me battais avec un short blanc et noir, c’était comme ça… »
« Mon premier combat, je l’ai gagné par KO. À mon deuxième combat, là, j’ai « mangé » ; d’autant plus qu’en ce temps-là, les gants étaient en crin ! J’ai mis plusieurs fois le genou à terre. Après ce combat, je n’ai plus jamais remis un genou à terre ! », assure-t-il en tapant du poing sur le comptoir du P’tit Pavois, le bar du quai Valin dont il est aujourd’hui propriétaire avec son épouse Michèle.
Le parcours vers le titre national
En 1966, grâce à une carte d’identité imprimée rapidement par la Fédération française de boxe, Paco fut autorisé à s’engager en championnat national amateur. Inscrit en poids légers, le Rochelais remporta tous ses combats jusqu’aux quarts de finale par KO.
« J’étais bien entraîné par Marcel Meusnier. Il y avait aussi de grands boxeurs au club, comme Gilles Fincato, qui m’a beaucoup apporté, Norbert Barrière et son frère René, professionnel dans les années 50. En demi-finale, j’ai battu aux points Jean-Pierre Le Jaouën, le champion de France sortant. En finale, je me retrouvai face à Jacques Cotot, 100 combats, sélectionné aux JO de Rome et de Tokyo. »
« Le combat était assez équilibré. On avait la même boxe : on travaillait beaucoup en crochets, en fausse garde, et on attendait le bon moment pour frapper. Je lui ai mis une bonne gauche dans le premier round. Ensuite, j’ai subi, puis j’ai tout donné dans le troisième round. Tout le monde me donnait KO, mais c’est moi qui ai gagné. J’étais comme une pile électrique ce soir-là », raconte-t-il, les mâchoires serrées.
Une carrière écourtée et des choix difficiles
Auréolé de ce titre, Paco Chicharro fut retenu en équipe de France pour un combat à Porthcawl, près de Cardiff, en mai 1966. Devant une foule hostile, il mit le champion local à terre. En juillet, il choisit de passer professionnel, mais le service militaire le rattrapa. Refusant de quitter sa famille, il renonça aux Jeux olympiques de Mexico de 1968. « Qui aurait nourri ma famille ? Je m’en foutais pas mal des JO ! », clame-t-il.
Écœuré, Paco mit un terme à sa carrière quelques mois après son titre. « J’ai encore fait un combat en janvier 1967, à Saint-Malo, pour de l’argent. J’ai battu un welter par KO ! Et puis j’ai eu l’occasion de disputer un autre combat à Monaco, devant le prince Rainier et la princesse Grace. Ça faisait des mois que je ne m’entraînais plus. Avec Michèle, on a fait le voyage en train depuis La Rochelle. Là-bas, je me suis retrouvé tout seul, sans personne pour m’aider à mettre les bandages. En plus, la victoire m’a été volée, tout le monde me l’a dit… Là, j’en ai eu vraiment marre, et j’ai tout laissé tomber », dit-il, amer, mais sans regret.
Une reconnaissance durable
Ce qu’il a perdu en récompense, Paco l’a gagné en reconnaissance. Son instinct rebelle lui a attiré des sympathies et suscité des amitiés au-delà du milieu de la boxe. « Un jour, un type est entré torse nu dans le bar. Il était comme un fou. J’ai commencé à aller vers lui, et je l’ai reconnu : c’était Fabrice Bénichou qui me faisait une blague. À chaque fois qu’il me voit, il crie : « Bravo champion ! ». »
Cette histoire, tirée des archives de « Sud Ouest », rappelle combien le sport peut façonner des destins singuliers, même éphémères.



