Courses auto et moto menacées par les contraintes environnementales
Courses auto et moto menacées par l'écologie

Convoqué au commissariat pour un interrogatoire, une prise d’empreintes et des photos. C’est la mésaventure qui est arrivée en 2024 à Philippe Boulet, organisateur du Trèfle lozérien depuis 2001. « Quelques jours avant l’épreuve, suite à un orage qui avait inondé un sous-bois communal, nous avions dû fabriquer une passerelle et couper des branches basses des arbres avec l’accord d’un garde communal, raconte-t-il. Un autre a fait des photos et déposé plainte au pénal pour destruction de forêt et atteinte irréversible à la biodiversité. Je ne pense pas que le procureur donnera suite mais ça fait drôle d’être traité comme un bandit. »

Des contraintes grandissantes pour les organisateurs

Le patron de l’emblématique enduro se dit fatigué par cette accumulation de bâtons glissés dans les roues de son épreuve : « Chaque année, on doit prendre un bureau d’études qui nous coûte et monter avec lui un dossier de 200 pages sur les enjeux environnementaux de l’épreuve. On se retrouve ensuite en Préfecture face à l’OFB, la DDT, l’ARS, l’ONF, le Parc national des Cévennes, et on nous demande toujours plus. Parfois, on fait de l’entretien de chemins, on ouvre des sentiers ensevelis et on nous le reproche ! Ces gens-là ne veulent personne dans la nature, ça devient infernal. »

Philippe Boulet, président de l’épreuve et membre du Moto Club de Mende depuis 40 ans, espère organiser la 40e édition en 2026 mais envisage de jeter l’éponge. « On va finir par tuer le bénévolat alors que la moto en Lozère entraîne trois millions d'euros de retombées économiques dont un million pour notre épreuve. On traverse 50 communes chaque année et beaucoup nous réclament. »

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Un impact environnemental mesuré

Dans une étude réalisée en 2022, la Fédération française de sport automobile a mesuré l’impact environnemental de l’ensemble de ses compétitions. Elles représentaient 0,3 % des émissions de CO2 en France. Dans le détail, 53 % de cette empreinte était liée aux déplacements des spectateurs sur sites, 16 % aux déplacements des licenciés (équipes, officiels, etc.) et seulement 5 % au roulage des pilotes. La FFSA s’est engagée à agir pour réduire l’empreinte carbone de ces déplacements et à s’appuyer sur l’innovation et les règlements pour réduire encore celle des organisateurs. Elle souligne que 64 % des événements sont organisés dans des communes de moins de 5 000 habitants avec un ancrage très rural. En 2022, le sport automobile en France avec ses 130 000 licenciés, 170 clubs et 1 900 épreuves avait attiré 3 millions de téléspectateurs et généré un chiffre d’affaires annuel de 3 milliards d’euros.

Une étude récente a montré qu’une seule course de Formule 1 émet en moyenne plus de 250 000 kg de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles d’environ 150 voitures particulières. La consommation de carburant d’une voiture de Formule 1 pendant une course est d’environ 75 litres aux 100 km.

Des règlements qui s'accumulent

Pour les épreuves automobiles, règlements et contraintes s’accumulent aussi comme autant de ralentisseurs. « Il faut différencier la route, les épreuves sur terre et celles sur circuit, explique Samuel Teissier, président de la Ligue régionale de sport auto et du club de Saint-Jean-du-Gard. Sur circuit, nous sommes en butte par rapport aux riverains et nous bénéficions désormais d’outils qui nous permettent de capter les niveaux d’émissions sonores pour rester dans les normes des arrêtés préfectoraux. Concernant les épreuves sur terre, nous sommes confrontés à des zones natura 2000 ou des secteurs de nidification à éviter. Il y a moins de problèmes pour les courses sur routes sur des espaces déjà pensés pour les véhicules et que l’on privatise pour un temps donné. »

Des agressions et une hostilité croissante

Organisateur de la course de côte de Sumène et des rallyes du Vigan et du Cigalois, Yvon Journaux a, lui, eu la désagréable surprise de voir des concurrents visés par tirs de carabine sur Le Vigan avec six blessés à la clé. L’agression a beau être l’œuvre de deux marginaux condamnés depuis à 24 mois ferme, elle traduit une hostilité grandissante « de riverains qui se montent en comités contre le sport automobile. »

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« Tout devient lourd et compliqué, regrette Yvon Journaux. On a des maires écolos qui refusent le passage du rallye, ça complique la mise en place du parcours. Pour limiter les nuisances sonores, on utilise des appareils de contrôles et on équipe les voitures de GPS lors des reconnaissances pour qu’elles respectent les créneaux dédiés et les vitesses. C’est toujours plus de frais et de bénévoles. Le jour où on ne pourra plus, on arrêtera. »

Terres de rallye, les Cévennes, qui s’apprêtent encore à vibrer, à partir de vendredi, au rythme de leur mythique Critérium, perdront alors un pan entier de leur animation et de leur histoire.