À la faveur d’un temps doux et très pluvieux, les moustiques ont déjà envahi le Pays agathois depuis trois semaines. En cause, l’Aedes Detritus, une espèce hivernale particulièrement robuste. "Ce sont des porte-avions !", s’est exclamé un lecteur, frappé par la taille impressionnante de ces spécimens. Bien que peu gourmands, leur présence est devenue infernale pour les habitants et les promeneurs.
Des conditions climatiques exceptionnelles
Depuis la mi-décembre, la région subit une véritable "mousson" avec des précipitations records et des températures anormalement élevées. À Agde, 243 mm d'eau sont tombés depuis le 1er janvier, un cumul exceptionnel. Selon l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID), "il s’agit d’un épisode exceptionnel en zones humides, du jamais vu de dires d’experts". Les pluies entre décembre et février ont atteint jusqu'à 550 mm par endroits, provoquant des éclosions massives. Entre janvier et février, environ 2 000 hectares de zones humides ont été recensés positifs, dont près de 1 350 hectares prioritaires traités par moyens aériens (44 %) et terrestres (66 %).
Impact sur les zones naturelles
Dans la réserve naturelle du Bagnas, entre Agde et Marseillan, et aux Verdisses, côté Vias, les fortes pluies et les vents marins soutenus ont maintenu des niveaux d’eau élevés sur les zones humides littorales. Ces conditions sont idéales pour le développement de l’Aedes Detritus, une espèce hivernale qui profite de cette situation pour proliférer.
Des opérations de démoustication ralenties
La saturation des sols a fortement contraint les opérations de l’EID. "La portance insuffisante des terrains n’a pas permis l’engagement des engins de traitement terrestre dans des conditions satisfaisantes de sécurité et d’efficacité", expliquent les agents. De plus, le recours aux moyens aériens (avions, hélicoptères, drones) a été restreint. Malgré tout, les équipes ont intensifié leurs efforts ces derniers jours dans le Pays agathois pour répondre à l'urgence. L’EID précise que "la présence de ces générations hivernales d’Aedes detritus devrait se concentrer principalement au mois de mars", offrant un espoir pour la suite.
Une situation sans conséquence pour l'été
Les scientifiques sont formels : "cette situation hivernale exceptionnelle ne saurait en rien préfigurer la suite de l’année, notamment le printemps et l’été, en matière de risque de nuisance lié aux moustiques communs issus des zones humides." La nature rappelle que le moustique est chez lui sur ce littoral, mais un épisode de fraîcheur et de Tramontane pourrait assainir la situation.
Impact économique et touristique
Cette invasion exceptionnelle pourrait influencer les choix de destinations touristiques à l’approche de la saison, qui débute le 5 avril. Le phénomène rappelle qu’avant la mission Racine et la construction du Cap d’Agde dans les années 1970, le littoral agathois et languedocien était infesté. Parfois, la nature vient le rappeler avec force.



