Une victoire historique dans la douleur pour le XV de France
Certains affirment que la souffrance précède les plus grandes joies. Alors celle ressentie par les Bleus après leur victoire sur l'Angleterre doit être immense. Malmenés comme rarement par des Anglais longtemps supérieurs, souvent au bord de l'asphyxie, ils ont remporté au bout du suspense un succès (48-46) synonyme de victoire dans le Tournoi des Six Nations.
Le quadruplé de Bielle-Biarrey et le pied décisif de Ramos
Ce titre doit beaucoup à Louis Bielle-Biarrey, auteur d'un ahurissant quadruplé. Mais s'il est logique de célébrer l'ailier de l'UBB, que doit-on dédier à Thomas Ramos ? Comme en 2024, lorsqu'il avait crucifié les Anglais à Lyon, c'est encore lui qui s'est chargé de sceller le sort du match grâce à une ultime et difficile pénalité. À l'heure de chercher des raisons à leur défaite, les Anglais constateront rapidement que c'est cette précision qui leur a coûté la rencontre.
Les Bleus remportent donc un deuxième Tournoi consécutif. Une performance que le XV de France n'avait plus réalisée depuis 19 ans (2006, 2007). Mais ce sacre ne suffira pas à occulter toutes les questions soulevées par ses deux dernières sorties. Alors qu'un Grand Chelem semblait tendre les bras à l'équipe de Fabien Galthié avant de se rendre en Écosse (50-40), elle a flirté tout au long de la soirée avec un échec retentissant.
Un match sous haute tension dès le début
Évidemment, on se doutait que rien ne serait simple en cette soirée. En dépit des profonds doutes d'un XV de la Rose qui restait sur une série de trois revers, dont un dernier inédit et humiliant face à l'Italie, on pressentait que la troupe de Ian Bortwick ferait preuve d'orgueil et d'intensité pour les 120 ans du Crunch.
Dans les collisions, par les jeux au pied dans le dos de la défense française, ou tout simplement grâce à des ballons portés à l'avancée insolente, les Anglais ont imposé une pression constante à des Bleus mis sur les talons. La formule s'est avérée payante. Elle est à l'origine des essais inscrits par les ailiers Roebuck (7-5, 10e) et Murley (14-10, 18e) – même si ce dernier a aussi bien été aidé par un raté de Théo Attissogbe –, mais aussi celui marqué par Chessum (17-17, 26e).
Les fragilités françaises exposées
Même si les Bleus avaient eu le bon goût de prendre les devants grâce à deux éclairs de Louis Bielle-Biarrey, servi par des passes au pied de Thomas Ramos (7-0, 7e) et Matthieu Jalibert (14-5, 13e), ils ont été ramenés à toutes leurs fragilités du moment. Le nouvel essai ajouté par Coles (17-27, 35e) – celui du bonus, déjà ! – après que la mêlée tricolore décidément bien en peine dans ce Tournoi a été pénalisée n'a fait que le rappeler.
Les partenaires d'Antoine Dupont étaient chancelants. Coupables d'imprécisions, de précipitation, de fébrilité et d'indiscipline. Comme un boxeur bloqué dans les cordes, ils semblaient condamnés à encaisser les coups. C'est pourtant à cet instant qu'ils ont trouvé les ressources pour donner du menton.
La réaction salvatrice avant la pause
Avec un jeu très direct, ils ont réussi à investir les 22 mètres. Et à faire preuve de caractère en optant pour une pénaltouche plutôt que de se contenter de quelques points. Cette audace a été récompensée par un essai de pénalité et relevé par un jaune infligé à Genge (24-27, 40e + 4). À la pause, cette réaction a permis d'offrir au score des allures plus convenables. Mais sur le fond, la multiplication des symptômes inquiétants laissait particulièrement dubitatif.
Une seconde mi-temps de folie
Que s'est-il passé dans les vestiaires ? Les paroles ont en tout cas été suivies d'effet. C'est un XV de France transfiguré qui est revenu sur le terrain. Dominants dans les impacts, les Bleus ont trouvé la faille à deux reprises par Louis Bielle-Biarrey (31-27, 43e) et Théo Attissogbe (38-27, 48e) face à des Anglais submergés.
Cette embellie était vivifiante. Mais visiblement très fragile. Il a suffi que Chessum s'affale dans l'en-but (38-32, 51e), après avoir intercepté une passe de Matthieu Jalibert, pour ramener les Bleus à leurs doutes et à leur fébrilité. Et c'est Marcus Smith qui en a profité pour exposer au grand jour les largesses de la défense tricolore (38-39, 57e).
Le dénouement dramatique
Plus que jamais incertain, ce Crunch semblait ne demander qu'à basculer. Il a d'abord semblé être sur le point de le faire lorsque Louis Bielle-Biarrey a plongé dans l'en-but pour la quatrième fois de la soirée, profitant d'un coup d'œil – et de pied – d'Antoine Dupont (45-39, 67e). Mais réduit à 14 suite au jaune dont a écopé Demba Bamba (74e), à la limite de l'asphyxie, les Bleus ont été incapables d'empêcher Freeman de filer à l'essai (45-46, 77e).
Dans cette rencontre où rien n'allait droit, où le XV de France ne semblait avoir rien à quoi se raccrocher, c'est le pied de Thomas Ramos qui a fait office de planche de salut. En dépit d'un intense débat avec le corps arbitral, pour savoir où il devait taper la pénalité de la dernière chance décrochée par ses partenaires, l'arrière a su garder ses nerfs. Et après 82 minutes et 53 secondes d'un match fou, il a fait basculer le destin (48-46).



