Les années 1990-2000 du Tournoi des Six Nations : une période de transformation profonde
Les Éditions Sud Ouest ont publié en 2025 l'ouvrage captivant intitulé « Tournoi des Six Nations, 100 photos mythiques », qui explore en détail les cinq grandes périodes historiques de cette compétition légendaire. Durant l'intégralité du Tournoi 2026, nous vous proposons chaque semaine un extrait exclusif de ces moments historiques déterminants. L'introduction du professionnalisme en 1995 et l'arrivée de l'Italie dans le Tournoi ont radicalement bouleversé la plus ancienne compétition des sports collectifs, lui conférant une dimension totalement nouvelle. Sur le terrain, ces deux décennies ont été largement dominées par les équipes anglaises et françaises, tandis que les tendres Italiens n'étaient pas encore invités à ce festin rugbystique.
Le début difficile des années 1990 pour le XV de France
Pour le XV de France, désormais entraîné par l'agenais Daniel Dubroca, l'année 1990 commence par une humiliation cinglante au Parc des Princes. L'équipe ne compte pourtant que deux nouveaux joueurs, Éric Champ et Thierry Devergie, par rapport à celle qui avait nettement battu le pays de Galles lors du précédent Tournoi. Malgré cela, elle est dominée par un pack anglais surpuissant, subissant une défaite sévère sur le score de 7 à 26. La deuxième ligne anglaise Dooley-Acford alimente des arrières de talent exceptionnel, comme l'ouvreur Rob Andrew, le centre et capitaine Will Carling, ou encore Rory Underwood, pilote de chasse la semaine et redoutable marqueur d'essais le week-end. Depuis 1914, jamais les Anglais ne s'étaient imposés à Paris avec un écart aussi important. Cependant, ce sont les Écossais du pilier Sole, sans doute galvanisés par l'abandon du God save the Queen et l'adoption du Flowers of Scotland comme hymne, qui signent le troisième grand chelem de leur histoire, qui reste à ce jour leur dernier.
La domination anglaise et les moments de grâce française
L'année suivante est marquée par une emprise totale du XV de la Rose sur le Tournoi, avec un grand chelem à la clé et des sueurs froides lors du match contre la France à Twickenham. Battus de justesse sur le score de 21 à 19, les Bleus offrent néanmoins un spectacle remarquable, comme à la 35e minute lorsque Blanco décroche une relance depuis son en-but. Cent mètres plus loin et quelques secondes plus tard, Saint-André aplatit au pied des poteaux un essai que le quotidien britannique The Observer qualifie de « plus bel essai depuis que le Tournoi existe ». Blanco fait précisément ses adieux à cette compétition cette année-là. En guise de cadeau d'au revoir, cet extraordinaire joueur, dont les courses ont fait rêver tous les rugbymen en herbe, s'offre un essai à Paris, son 14e personnel, contre une équipe du pays de Galles sévèrement corrigée par les Bleus sur le score de 36 à 3.
Les crises et les reconstructions du XV de France
En 1992, la rencontre France-Angleterre tourne au cauchemar absolu. Daniel Dubroca intègre les béglais Mougeot et Moscato dans son pack, mais rien n'y fait. Le pilier français Lascubé est exclu pour avoir rué sur un joueur anglais. Quelques minutes plus tard, c'est au tour du talonneur Moscato de regagner les vestiaires avant la fin de la rencontre. Ce match catastrophique scelle également le sort de Daniel Dubroca, qui est remplacé l'année suivante par Pierre Berbizier. Le XV de France est alors à rebâtir entièrement, et il faut commencer par les fondations. De nouveaux joueurs arrivent, comme le dacquois Thierry Lacroix, le toulonnais Aubin Hueber, ou encore l'agenais Abdel Benazzi. Ce joueur possède la double nationalité, marocaine et française. Il est polyvalent, capable de tenir les postes de deuxième ligne, troisième ligne aile ou bien encore troisième ligne centre.
Grâce à une victoire dans l'édition 1993, la France démontre qu'elle possède des ressources. Cependant, celles-ci ne sont pas encore suffisantes pour inquiéter une Angleterre dominatrice en 1994 et surtout en 1995, alignant quatre victoires consécutives dont un 31-10 face à la France dans une rencontre que l'on n'appelle pas encore le Crunch. Pierre Berbizier pose les briques d'une formation qu'il souhaite complète et capable de pratiquer un rugby total. Philippe Sella n'est plus là, mais avec Jean-Luc Sadourny à l'arrière, Émile N'Tamack à une aile, Philippe Saint-André à l'autre, le dacquois Richard Dourthe au centre et Guy Accoceberry à la mêlée, la ligne de trois-quarts dispose de ressources considérables. Quant aux avants, eux aussi peuvent voyager en toute sérénité. Le pilier Christian Califano et le deuxième ligne Fabien Pelous deviennent des pièces maîtresses du pack.
La révolution du professionnalisme et l'émergence du rugby total
Ce rugby total, les Français en font d'ailleurs la démonstration éclatante lors de la tournée en Nouvelle-Zélande, où, pour la première fois de l'histoire, les Français remportent les deux tests contre les All Blacks. Cependant, il faut attendre encore une année pour que cette équipe impose sa loi aux quatre nations britanniques. Entre-temps, ce sport a fait sa révolution majeure et a décidé de mettre au rebut un statut qui n'avait d'amateur que le nom. Lorsque Jean-Claude Skela prend les rênes du XV de France, les joueurs sont désormais des professionnels. Albert Ferrasse, le tout-puissant président de la Fédération de 1968 à 1991, y était farouchement opposé. Son successeur, Bernard Lapasset, ne peut aller contre un mouvement voulu par les joueurs, les dirigeants et les chaînes de télévision anglo-saxonnes, prêtes à offrir des contrats très juteux pour diffuser les matchs.
La suite de cette histoire fascinante est à retrouver dans l'ouvrage « Tournoi des Six Nations, 100 photos mythiques » paru aux Éditions Sud Ouest. Cet ouvrage propose 100 photos mythiques de cette compétition, soigneusement sélectionnées et décryptées par Fabien Pont, ancien joueur et ancien chef du service des sports de Sud Ouest. Il est disponible à l'achat au prix de 25,90 euros dans les librairies et sur la boutique en ligne de l'éditeur.



