La santé mentale des managers de rugby mise à rude épreuve dans le Top 14
La récente « décompensation » de Pierre Mignoni, manager du Rugby Club Toulonnais, a mis en lumière les risques pour la santé mentale associés à cette fonction exigeante. Cet incident illustre comment le dévouement, parfois excessif, peut dégrader le bien-être psychologique des professionnels du rugby.
Des sollicitations incessantes et une charge mentale écrasante
Yannick Bru, manager de l'Union Bordeaux-Bègles, en témoigne : son iPhone affiche 979 appels en absence, sans compter les messages WhatsApp et sur répondeur. « Au début, ça me stressait, confie-t-il. Maintenant, non. Je prends ce qui est urgent, important. Le reste, je ne peux pas. Il faut que je me protège. » Les sollicitations proviennent de joueurs, membres du staff, dirigeants, agents, partenaires et journalistes, créant un flux constant qui s'ajoute à la mission principale : préparer l'équipe pour les matchs du week-end.
Pierre Mignoni a subi une décompensation en février, nécessitant un mois de repos, du jamais-vu dans le championnat de France. « Mon corps m'a lâché », a-t-il expliqué, soulignant que la charge mentale est plus lourde que la charge de travail sur le terrain.
La libération progressive de la parole dans le rugby
Si la santé mentale devient un sujet plus discuté dans le sport de haut niveau, elle reste taboue dans le rugby, notamment chez les managers. Sébastien Piqueronies, à la tête de la Section Paloise, relativise : « Dans la vie 'civile', plein de gens vivent des moments plus chargés en responsabilités et en stress. » Cependant, Franck Azéma, entraîneur en chef de plusieurs clubs, reconnaît les défis : « On a le privilège de bien vivre de notre passion, mais les staffs et effectifs s'élargissent sans cesse. Des personnes à 'driver', des opinions à canaliser… Ça demande une grosse organisation. »
La pression du résultat et l'épée de Damoclès
En Top 14, championnat professionnel le plus concurrentiel au monde, la pression est omniprésente. Une qualification pour la Coupe d'Europe ou une relégation peut impacter directement des emplois. Piqueronies estime : « Tu veux tout optimiser, aller chercher un gain marginal… Il faut lutter contre soi-même pour ne pas aller jusqu'à l'épuisement. » Les managers avancent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, où les mauvais résultats peuvent entraîner un licenciement.
Un lien de confiance avec la direction est crucial. Yannick Bru apprécie sa relation avec son président Laurent Marti, qui le rassure. À l'inverse, à Bayonne, la défiance de Philippe Tayeb envers Grégory Patat a contribué à son épuisement nerveux.
Les stratégies de survie et l'importance du soutien familial
Dans ce métier « quelque part égoïste » selon Azéma, où les managers passent plus de temps avec leur équipe qu'avec leur famille, le soutien familial est essentiel. Piqueronies souligne : « Il faut être sacrément bien entouré, que ton premier cercle comprenne que tu es moins disponible, très souvent sous forte pression. »
Chaque manager développe sa propre soupape :
- Yannick Bru privilégie des séances de sport en famille.
- Sébastien Piqueronies et ses adjoints échangent avec un coach spécialisé.
- Pierre Mignoni se lève désormais une heure plus tard et délègue davantage.
- Franck Azéma prévoit de réduire le nombre d'intervenants et de réunions s'il reprend un poste.
Ces adaptations sont cruciales pour éviter l'implosion dans un environnement où les coupures sont rares et la pression constante.



