Santé mentale des entraîneurs de rugby : la parole libérée après la décompensation de Mignoni
Santé mentale des entraîneurs de rugby : la parole libérée

Santé mentale des entraîneurs de rugby : la parole libérée après la décompensation de Mignoni

Dans le monde du rugby professionnel, la santé mentale des entraîneurs et des membres du staff émerge enfin comme une préoccupation majeure, suite à la prise de parole de Pierre Mignoni, manager du RC Toulon. Après une longue pause due à une décompensation, Mignoni fera son retour sur le bord de la pelouse ce samedi 21 mars, un événement qui a catalysé un débat nécessaire sur les risques psychologiques dans ce sport de haut niveau.

Une décompensation révélatrice

Pierre Mignoni a été lâché par son corps après la défaite à domicile contre Clermont le 14 février, dormant cinq jours d'affilée et mettant plusieurs jours supplémentaires pour pouvoir remarcher. Sa décision de s'arrêter et d'en parler ouvertement a été saluée par ses pairs, comme Olivier Azam, entraîneur des avants du Racing 92, qui souligne l'importance de briser le mythe du mâle alpha indestructible. Azam met en garde contre le rugby comme métier passion, où l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle est souvent rompu, menant à des situations extrêmes.

Des stratégies pour prévenir l'effondrement

Laurent Labit, manager de Perpignan, partage son expérience en évoquant la nécessité de mettre en place des sas pour réussir à couper. Il y a des moments où on peut s'appeler, des moments où on peut travailler, des moments où on doit aussi faire autre chose, explique-t-il, ajoutant que sans cela, tout devient urgent et important, conduisant à l'explosion. Labit reconnaît qu'il aurait pu se trouver dans une situation similaire à celle de Mignoni au cours de sa carrière, soulignant ainsi la vulnérabilité commune dans ce milieu.

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La pression accrue des staffs élargis

Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la Ligue nationale de rugby (LNR), applaudit la démarche de Mignoni, estimant qu'elle amorce une prise de conscience. Il pointe du doigt l'évolution du métier de manager, désormais comparable à celui d'un haut cadre d'entreprise. Avant, c'était juste son adjoint, il y avait un kiné, un médecin, et c'était fini. Maintenant même en Pro D2, il y a du monde, précise-t-il, évoquant une surcharge de travail due à la gestion d'équipes de plus en plus grandes et de missions élargies.

Un métier en CDD avec peu de formation

Didier Nourault, président du syndicat des entraîneurs Tech XV, compare les managers du Top 14 à des salariés en CDD, où les changements de clubs sont fréquents et la formation continue rare. Il note que les entraîneurs peuvent tout faire pour cacher le problème, craignant d'exposer des fragilités qui pourraient pénaliser leur carrière. Sur le terrain, on passe après l'équipe, on s'oublie, déplore-t-il, appelant à une meilleure prise en charge de la santé mentale dans le rugby professionnel.

Cette vague de témoignages marque un tournant dans la reconnaissance des enjeux psychologiques chez les entraîneurs de rugby, espérant inspirer d'autres à s'arrêter avant l'effondrement.

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