Rugby : la santé mentale des entraîneurs et staffs au cœur d'un nouveau plan de la LNR
Santé mentale des entraîneurs de rugby : la LNR agit

La santé mentale, nouveau défi pour le rugby professionnel

Le monde du rugby professionnel prend enfin à bras-le-corps la question cruciale de la santé mentale de ses acteurs. Si la Ligue nationale de rugby (LNR) a lancé pour la période 2023-2027 un plan spécifiquement dédié aux joueurs, l'attention se porte désormais également sur les entraîneurs et les membres des staffs techniques, longtemps laissés pour compte.

Un plan structuré pour les joueurs

Depuis la saison dernière, la LNR a mis en place des dispositifs concrets pour soutenir les joueurs. D'anciens professionnels, tels que Raphaël Poulain, Rodrigo Capo Ortega et Jean-Marc Doussain, se rendent régulièrement dans les clubs pour partager leurs expériences et ouvrir le dialogue. Une ligne téléphonique dédiée a été ouverte, offrant un espace confidentiel pour ceux qui ressentent le besoin de s'exprimer. Parallèlement, un questionnaire a été transmis à l'ensemble des clubs, permettant à chaque joueur de s'exprimer anonymement et d'être redirigé, si nécessaire, vers un psychologue.

Les entraîneurs, parents pauvres de la prévention

Jusqu'à présent, la question des managers et entraîneurs n'avait pas été abordée de manière systématique. « On se trouve à la frontière entre nos missions et celles de la médecine du travail », souligne Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR. Une réunion s'est tenue la semaine dernière avec Tech XV, le syndicat des entraîneurs, suite aux événements concernant Pierre Mignoni. « Ils ne managent plus seulement des joueurs mais toute une équipe. On n'a jamais vu autant de changements à leur poste, ce qui implique aussi leur famille. Il faut déterminer une stratégie pour eux », confirme Bernard Dusfour.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des chiffres alarmants et un guide de bonnes pratiques

Les dernières études menées par Tech XV en 2017 et 2018 révèlent une situation préoccupante : 41% des managers interrogés admettaient des troubles du sommeil et la totalité estimaient que leur fonction « impactait ponctuellement ou régulièrement leur entourage ». Près de dix ans plus tard, il est difficile d'imaginer une amélioration.

La saison dernière, Tech XV a mandaté un cabinet pour réaliser un diagnostic QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) dans six clubs professionnels, dont la Section Paloise et le Stade Rochelais. Début 2026, un guide de bonnes pratiques en est ressorti, abordant notamment :

  • Le suivi des heures de travail
  • La répartition de la charge de travail
  • La gestion des déplacements et des jours de repos
  • Le droit à la déconnexion

Une prise de conscience nécessaire

« Ce qui est arrivé à Pierre Mignoni n'est pas une découverte », assure Marion Pélissié, directrice générale de Tech XV. « Il fallait peut-être un exemple pour provoquer une prise de conscience. Les problèmes sont identifiés depuis des années, c'est un vrai sujet dans le rugby. Récemment, un manager me disait : j'ai mis ça et ça en place pour mon staff. Je lui ai répondu : et pour toi ? Il faut sortir du raisonnement selon lequel on ne peut pas se plaindre de travailler 70 heures par semaine parce qu'on est bien payé. »

Elle note également que « les plus en difficulté niveau santé mentale ne sont pas les managers mais les analystes et les préparateurs physiques, moins reconnus, moins bien payés, plus précaires, avec des contrats souvent renouvelés en dernier. »

Vers la désignation de référents « sentinelles »

Parmi les pistes envisagées, la désignation d'un référent par club, une sorte de « sentinelle ». Cette personne, qui pourrait appartenir au secteur sportif ou administratif, aurait pour mission de repérer une dégradation de la santé mentale chez un salarié, qu'il soit manager ou non. Cette initiative vise à créer un maillon essentiel dans la chaîne de prévention et d'accompagnement.

Le rugby professionnel, longtemps focalisé sur la performance physique, semble enfin comprendre que la santé mentale est un pilier tout aussi fondamental de la réussite et du bien-être de ses acteurs, des joueurs aux entraîneurs en passant par l'ensemble des staffs techniques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale