Le retour de Pierre Mignoni après une décompensation sévère
Pierre Mignoni, le manager du RC Toulon, a effectué son retour aux commandes du club après s'être mis en retrait pendant près d'un mois. Ce vendredi, il s'est confié sur cette période difficile, révélant avoir vécu ce qu'il qualifie de « décompensation » suite à la défaite de son équipe face à Clermont le 14 février dernier.
Une descente aux enfers physique et mentale
« J'ai eu ce qu'on peut appeler une décompensation », a déclaré Mignoni. « Je l'ai un peu sentie arriver mais on a toujours cette sensation d'être un surhomme. On s'occupe toujours des autres et peu de soi. » Le manager a précisé que ce n'était pas tant la charge de travail sur le terrain qui était lourde, mais la charge mentale qui a fini par avoir raison de lui. « À un moment, je l'ai vraiment prise dans la gueule. Ce n'est pas la défaite qui m'a mis dans cet état, ça a été la goutte d'eau et mon corps m'a lâché. »
Symptômes alarmants et diagnostic
Avec l'aide de Pierre Dantin, consultant en haute performance au RCT, Mignoni a pu identifier ses symptômes. « Il m'a dit qu'il fallait vraiment me soigner. Je suis quelqu'un qui ne dort pas énormément, environ cinq ou six heures par nuit, mais là j'ai dormi cinq jours d'affilée. J'avais la sensation que ma tête pesait vingt kilos et je ne pouvais plus marcher. »
Le manager a même subi une IRM cérébrale pour écarter l'hypothèse d'un AVC après que son médecin ait évoqué cette possibilité. « Je n'avais jamais autant dormi… Je n'ai ouvert mon ordinateur qu'une seule fois et je l'ai refermé après trois minutes, je ne me sentais pas. »
Un changement radical de mode de vie
Mignoni a pris conscience de la nécessité de modifier ses habitudes. « Je me levais à 5 heures du matin pour être au bureau à 5h20, jusqu'à 18/20 heures, parfois 22 heures. Maintenant je vais m'interdire de me lever à 5 heures. J'ai déjà repoussé d'une heure. »
Le manager a également annoncé des changements dans le fonctionnement du club : « Je dois faire mieux avec mon staff, leur laisser plus de place. Des choses vont également changer dans le fonctionnement du club, cette saison et la prochaine. »
Le soutien du club et la décision de rester
Mignoni a révélé avoir sérieusement envisagé de quitter ses fonctions. « Je me suis posé la question si j'avais la force et l'envie de continuer. » Mais Bernard Lemaître, le président de Toulon, lui a immédiatement assuré son soutien. « Il m'a tout de suite dit qu'il était impensable pour lui que je parte après tout le travail réalisé. Il souhaitait que je prenne du repos, même trois mois s'il le fallait. »
Un retour progressif et une nouvelle philosophie
Le retour de Mignoni s'est fait par étapes prudentes. « D'abord, ça a été sortir de ma chambre et descendre au salon pour manger. Ensuite marcher un petit peu, dans mon jardin, puis dans la forêt à côté. »
Depuis son retour, le manager se dit transformé : « Je me régale, je me sens plus frais. J'ai coupé pendant trois semaines, je n'avais jamais fait ça, même pendant mes vacances. » Les joueurs ont accueilli son retour avec émotion, ce qui l'a particulièrement touché.
Une leçon de vie
Mignoni tire une conclusion personnelle de cette expérience : « Que je ne suis pas Superman, même si je ne le pensais pas. Il y a six mois j'avais dit que si je devais mourir au bord du terrain, je n'en n'avais rien à faire. Je pensais que ça ne pouvait jamais arriver. Maintenant je sais que si. »
Le manager reconnaît que son fonctionnement des quinze dernières années n'était pas sain pour sa famille ni pour sa santé. « Je vais essayer de mieux m'occuper des autres, mais aussi de mieux m'occuper de moi. » Une prise de conscience qui pourrait servir d'exemple dans le monde exigeant du sport professionnel.



