Jonny Wilkinson met en lumière l'urgence de la santé mentale dans le rugby professionnel
L'ancienne légende du rugby anglais et du RCT, Jonny Wilkinson, a livré ce mercredi un témoignage poignant sur les questions de santé mentale dans le sport de haut niveau. Interrogé à Paris lors d'un événement co-organisé par la Ligue nationale de rugby et une institution bancaire, le champion du monde 2003 a partagé son expérience personnelle et ses réflexions sur un sujet devenu « très, très important » selon ses propres termes.
« Quand on est trop motivé, on se perd dans le truc »
Jonny Wilkinson a expliqué en français aux médias présents : « Le vrai problème, c'est que quand on est trop motivé, on est trop dans le stress, on est trop impacté et on se perd dans le truc. Ma vie ? Ça n'a pas été une question de chercher plus d'énergie, c'est plutôt comment travailler pour créer les conditions à l'intérieur de moi-même pour mieux me soutenir ».
L'ancien demi d'ouverture, qui a terminé sa carrière au RCT en 2014 après y avoir évolué entre 2009 et 2011, a poursuivi : « Le meilleur coéquipier, c'est pas juste pousser, pousser, pousser, donner plus. C'est de savoir quand il faut pousser, mais aussi quand il faut dire : OK allez tranquille, prends du temps, patience ».
Une prise de conscience progressive
Wilkinson a révélé que la santé mentale « existait à mon époque, mais le problème c'était que c'était mis à part de la mentalité de performance. Ce que j'ai fait dans ma vie, j'ai mis les deux ensemble ». Son passage à Toulon l'a particulièrement marqué : « Avant, je voulais tout contrôler et pas explorer. Or explorer ça veut dire évoluer. C'est quelque chose que j'essaie de partager dans le travail que je fais dans le rugby et dans le monde du sport ».
Le cas Pierre Mignoni et la réalité des chiffres
Les déclarations de Jonny Wilkinson interviennent alors que la santé mentale dans le rugby est revenue au centre de l'actualité avec la mise en retrait temporaire de Pierre Mignoni à Toulon. Les deux hommes ont évolué ensemble au RCT pendant deux saisons, formant une charnière emblématique entre 2009 et 2011.
De retour mi-mars après un mois d'absence, le manager du RC Toulon a évoqué « une décompensation », ajoutant : « Mon corps m'a lâché ». Wilkinson a lancé un appel : « Beaucoup de gens souffrent autour de problématiques liées à la santé mentale, il faut les soutenir ».
Cette problématique trouve un écho dans les chiffres : en avril 2024, une consultation réalisée pour la fondation FondaMental auprès de 1 885 sportifs de haut niveau âgés de 16 à 25 ans révélait que près d'un sur cinq exprimait un mal-être significatif.
Un plaidoyer pour une approche plus humaine
Jonny Wilkinson, désormais engagé dans des actions de sensibilisation, insiste sur la nécessité d'intégrer pleinement la dimension psychologique dans la préparation des athlètes. Son témoignage, nourri par une carrière exceptionnelle mais aussi par des défis personnels, résonne particulièrement dans un environnement sportif où la performance reste souvent la seule mesure du succès.
L'ancien buteur, qui a marqué l'histoire du rugby mondial avec son drop victorieux en finale de la Coupe du monde 2003, conclut sur une note d'espoir : son parcours démontre qu'il est possible de concilier excellence sportive et bien-être mental, à condition d'accepter de « prendre du temps » et de « créer les conditions intérieures » nécessaires à l'épanouissement complet de l'athlète.



