Antoine Hastoy, l'ouvreur rochelais, face à l'épreuve du leadership après une saison tumultueuse
La scène est révélatrice. Alors qu'il quitte la salle de presse de Marcel-Deflandre, jeudi, Ronan O'Gara fait demi-tour pour annoncer qu'Antoine Hastoy sera titulaire face à Pau, ce samedi à 21 heures, et fêtera son 100e match sous les couleurs jaune et noir du Stade Rochelais. Cette annonce, loin d'être anecdotique, intervient après des mois de relations complexes entre le manager irlandais et son ouvreur béarnais.
Un épisode révélateur et un mea-culpa
Fin février, la situation semblait compromise pour Antoine Hastoy. Ronan O'Gara lui avait alors indiqué qu'il pouvait chercher un point de chute, malgré un contrat courant jusqu'en 2029. Le manager rochelais envisageait alors de confier les clés du jeu à Diego Jurd, 19 ans, tandis que l'Irlandais Ben Healy devait remplacer Ihaia West. Une décision qui semblait sceller le départ prématuré de l'ouvreur international français.
Mais le 28 février, dans le Tarn, Antoine Hastoy a signé une prestation éclatante face à Castres (victoire 26-31), brillant aussi bien à la main qu'au pied aux côtés de Nolann Le Garrec. Cette performance exceptionnelle, alors qu'il n'était titulaire que pour la cinquième fois avec son coéquipier international, a tout changé.
« Je suis très content pour Antoine, qui a vécu des moments un peu délicats et qui fait un super match », a complimenté le centre Adrien Séguret après cette rencontre. Ce succès a non seulement démontré une force de caractère remarquable chez le joueur, mais a également renforcé les interrogations autour de la volonté initiale de le voir quitter le club.
Une relation manager-joueur en reconstruction
Jeudi, Ronan O'Gara a présenté ses excuses concernant sa gestion de l'ouvreur, affirmant qu'Antoine Hastoy resterait bien au club jusqu'en 2029. Le manager a comparé leur relation à un mariage, avec « des moments faibles et des moments très forts ». Pourtant, cette relation n'a jamais semblé fluide, compliquant la tâche du joueur qui était rarement envoyé devant la presse en avant-match, contrairement à d'autres cadres.
« Un bon coach est capable de tirer le meilleur de chaque joueur. Avec Antoine, on ne l'a pas vu pour le moment. Mais par le passé, on l'a vu », a reconnu O'Gara, faisant référence à des performances passées de grande classe, notamment la finale européenne de 2023 et le barrage remporté à Toulon un an plus tard.
Le technicien irlandais a ajouté : « Il y a une façon d'opérer différente dans la culture française, c'est ce que j'ai appris et que je respecte. J'apprends chaque jour. Notre nouveau chapitre a commencé à Castres, c'est bien. Ça n'arrive jamais que tous les joueurs t'adorent, ou te détestent, ce sont des relations individuelles et c'est hyper important ».
Le défi de la régularité
Si les performances exceptionnelles d'Antoine Hastoy restent en mémoire, c'est précisément parce qu'elles ne sont pas ordinaires. « On ne peut pas être dans le déni non plus, je n'étais pas content avec ses performances », a concédé Ronan O'Gara. Le joueur de 28 ans, en pleine force de l'âge et titulaire de 10 sélections en équipe de France (dont trois en juillet 2025 en Nouvelle-Zélande), peine à trouver la régularité nécessaire à son poste capital de numéro 10.
Cette saison, le Rochelais n'a remporté que quatre matchs sur seize, dont trois en tant que titulaire, pour neuf défaites. Après bientôt quatre ans au club, on peine toujours à retrouver durablement le patron vu à la Section Paloise, là où Nolann Le Garrec a immédiatement imposé son empreinte chez les Jaune et Noir.
Même si son carton rouge express pour un pied haut à Pau relevait plus de l'accident (lui valant trois semaines de suspension), il suivait une défaite contre Castres à Deflandre (17-19) où il était passé à travers, manquant de leadership et d'inspiration, notamment lorsque le Castres Olympique était réduit à douze joueurs pendant plusieurs minutes.
Un tournant potentiel pour la carrière maritime
La performance tarnaise d'Antoine Hastoy, après laquelle on l'a beaucoup vu échanger avec Nolann Le Garrec, suivie d'une explication approfondie avec son manager, pourrait marquer un tournant décisif dans sa carrière rochelaise. Le joueur, qui a activement recherché un nouveau club ces dernières semaines, sort conforté de cet épisode tumultueux.
Il devra néanmoins confirmer cette renaissance sur la durée, particulièrement face aux cadors attendus à Marcel-Deflandre : Pau ce samedi, puis l'Union Bordeaux-Bègles, Toulouse et le Stade Français. Le challenge est de taille pour La Rochelle, actuellement dixième du Top 14 et à huit points du top 6, qui compte sur son ouvreur pour retrouver son meilleur niveau et son leadership.
À 28 ans, Antoine Hastoy dispose de tous les atouts pour s'imposer durablement comme le patron du jeu rochelais. Sa relation reconstruite avec Ronan O'Gara, son expérience internationale et son talent indéniable pourraient enfin converger vers la régularité tant attendue. Le match face à Pau, qui marquera son 100e apparition sous le maillot jaune et noir, représente le premier test de cette nouvelle ère.



