Gestion du temps de jeu : Fabien Galthié face à des choix cornéliens avant la Coupe du monde
Galthié face à des choix cornéliens pour la gestion du temps de jeu

La problématique du temps de jeu préoccupe le rugby international

À un an de la Coupe du monde 2027 en Australie, Fabien Galthié, le sélectionneur du XV de France, se trouve confronté à un dilemme majeur. Obligé de composer avec des joueurs affichant déjà des temps de jeu élevés, il sera contraint à des choix cornéliens cet été lors de la Coupe des Nations, la nouvelle compétition initiée par World Rugby.

Une préoccupation partagée au niveau international

La problématique de la gestion du temps de jeu n'est pas une spécificité française. Le quotidien britannique The Guardian s'est fait l'écho mardi d'une proposition de Martin Johnson, l'ancien capitaine de l'Angleterre championne du monde 2003. Ce dernier suggère à sa fédération de laisser souffler ses joueurs cadres cet été afin de leur laisser un maximum de chances d'exploiter tout leur potentiel lors de la Coupe du monde 2027 en Australie, qui se déroulera du 1er octobre au 13 novembre.

Cette recommandation intervient au terme d'une saison qui sera marquée par une éprouvante tournée des Lions britanniques et irlandais à l'été 2025 aux antipodes. « Si pour un joueur qui revient d'une importante tournée avec les Lions, il est préférable de prendre un été de repos et de ne pas participer au voyage, c'est tout simplement une façon de le gérer en vue de la Coupe du monde », estime l'ancien deuxième ligne. « La saison de rugby est intense. On n'a pas deux mois d'entraînement intensif, ce qui serait pourtant idéal. Si certains arrivent à en bénéficier, ça leur sera profitable, j'en suis sûr. »

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Les compteurs qui s'affolent chez les Bleus

Cette suggestion pourrait bien ressurgir dans l'esprit de Fabien Galthié lorsqu'il devra se pencher sur la composition du groupe qu'il réunira pour disputer en juillet prochain, face à la Nouvelle-Zélande, le Japon et l'Angleterre, la première partie de la Coupe des Nations.

« Ces tournées, tout le monde a envie de les jouer. Mais on arrive en fin de saison, on est cramés… », avait déclaré Thomas Ramos il y a une dizaine de jours, à l'issue du Tournoi des Six Nations. « Je crois que je suis à 23 ou 24 matchs déjà cette saison. On est au mois de mars, donc je vous laisse deviner combien de matchs je risque de jouer encore d'ici la fin de la saison. »

Le sélectionneur du XV de France n'a pas souhaité se prêter au petit jeu des devinettes. Sans attendre, il a déjà fait ses calculs. « Les internationaux français en sont déjà à 20 matchs disputés cette saison et il leur reste 15 week-ends de compétition : ça fera alors 35 rencontres quand nos adversaires finiront la saison à 20 matchs », a-t-il comptabilisé dans un entretien à Midi Olympique publié lundi. « Ce sont des faits. »

Des chiffres qui appellent à la prudence

Si des éléments tels que Louis Bielle-Biarrey et Thomas Ramos ont déjà été très sollicités depuis le début de la saison, avec respectivement 22 matchs disputés pour 1 663 et 1 622 minutes jouées, la moyenne de l'équipe ayant terminé le Tournoi s'établit à 17,5 matchs pour 1 084 minutes.

Bien que nettement impactés par les données des joueurs revenus de blessures en cours de saison, à l'image de François Cros ou Antoine Dupont, ces chiffres se rapprochent de ceux affichés par les adversaires des Bleus durant le Tournoi. Qu'il s'agisse des Anglais Ellis Genge (19 matchs, 1 033 minutes) ou Tommy Freeman (16 matchs, 1 165 minutes), des Irlandais Tadhg Beirne (16 matchs, 1 102 minutes) ou Caelan Doris (15 matchs, 1 157 minutes) ou des Écossais Pierre Schoeman (18 matchs, 1 032 minutes) ou Sione Tuipulotou (19 matchs, 1 451 minutes).

Un dernier été pour souffler avant la Coupe du monde ?

En dépit de la vigilance des managers des clubs de Top 14 - « La gestion du temps de jeu de nos internationaux est un sujet de préoccupation chez nous », avait déclaré Yannick Bru en début de saison -, des écarts sont cependant susceptibles de se creuser d'ici la fin de saison. Les joueurs engagés en Top 14 et en coupes d'Europe ont un maximum de 15 matchs possibles devant eux, quand ceux engagés sur les deux tableaux en Premiership et URC n'en auront, respectivement, que 13 et 12.

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En fonction du parcours de leurs équipes dans les différentes compétitions, des joueurs tels que Matthieu Jalibert, Anthony Jelonch, Thibaud Flament, Emmanuel Meafou, Louis Bielle-Biarrey et Thomas Ramos devraient dangereusement s'approcher des 30 matchs en fin de saison. Un total bien au-delà du maximum des 25 feuilles de match par saison, pour 2 000 minutes, qu'avait théorisé Fabien Galthié avant la Coupe du monde 2023.

Des choix complexes pour le sélectionneur

Pour la prochaine Coupe des Nations, le sélectionneur n'aura pas à composer avec un quota de finalistes qui lui avait été imposé l'été dernier en Nouvelle-Zélande. Mais puisqu'il s'est engagé à maintenir le dialogue avec les managers des clubs et à préserver la santé physique et mentale de ses joueurs, ses choix n'en seront pas moins complexes.

« Nous regarderons leur état de forme physique et psychologique », a-t-il affirmé dans Midi Olympique. Un engagement aux contours nébuleux. Fabien Galthié ne souhaite probablement pas galvauder cette compétition. Mais à près d'un an de la Coupe du monde en Australie, il ne s'opposera pas à ce qu'a également affirmé Martin Johnson dans le Guardian : « Ce qu'un joueur souhaite, c'est une bonne intersaison pour s'entraîner. C'est le seul moment où l'on peut progresser physiquement. »