Le XV de France en tête du Tournoi avec un parcours parfait
Irrésistibles avec 15 points pris sur autant de possibles, les Bleus avancent avec une certitude remarquable dans cette édition du Tournoi des Six Nations. Avant de se rendre en Écosse puis de recevoir l'Angleterre à Paris le 14 mars prochain, la France culmine tout en haut du classement. Cette performance est historique : c'est la première fois que les Bleus réalisent un tel carton plein depuis l'instauration des bonus offensifs en 2017.
Une domination qui impose la mesure
Tenant du titre, le XV de France était présenté par les bookmakers comme le favori à sa propre succession en janvier dernier, alors qu'il n'avait plus réalisé de doublé depuis près de 20 ans (2006, 2007). L'impression mitigée laissée face à l'Italie (33-8), dimanche à Lille, ne suffira pas à nuancer ce tableau de force.
Dans le sillage d'un Antoine Dupont de retour à son tout meilleur niveau, et dopée par sa capacité à sanctionner la moindre erreur adverse, l'équipe de France a fait la preuve qu'elle n'avait pas nécessairement besoin de « briller » pour crucifier ses adversaires. Gagner moche, c'est aussi une qualité qui place la France dans une situation inédite.
Le Grand Chelem en ligne de mire
Si le Grand Chelem n'est « plus un tabou » selon Thomas Ramos, une victoire bonifiée en Écosse, le 7 mars, pourrait permettre à la France de remporter le Tournoi de manière anticipée. Cet appétit démontre une ambition clairement affichée par le staff technique et les joueurs.
Des interrogations sur le niveau réel de l'équipe
Il n'est évidemment pas interdit de célébrer les prémices de la domination que le rugby français semble décidé à imposer sur l'hémisphère Nord. Mais cette photographie introduit tout de même une question cruciale : où situer réellement le niveau de cette équipe de France ?
Un Tournoi au niveau général discuté
L'interrogation est d'abord alimentée par le niveau général d'une édition difficilement lisible. Par la fatigue et l'investissement qu'elles nécessitent, les années post tournée des Lions britanniques et Irlandais sont traditionnellement favorables aux Français : 2026 ne fait pas exception à cette règle.
L'ancien sélectionneur Pierre Berbizier observe : « On a l'impression que les autres équipes ont du mal : ce Tournoi n'est pas de très haut niveau. On a aussi le sentiment que seule l'équipe de France est à son niveau. »
Les performances contrastées des autres nations illustrent cette analyse :
- L'Irlande, moins souveraine que par le passé, a été balayée en France (36-14)
- Elle a ensuite tremblé face à l'Italie à Dublin (20-13)
- Avant d'infliger près de 40 points à l'Angleterre à Twickenham (21-42)
- L'Écosse reste cette équipe capable de battre nettement l'Angleterre (31-20) comme de perdre en Italie (18-15)
Des faiblesses techniques qui persistent
La supposée faiblesse de l'adversité dans ce Tournoi n'est cependant pas la seule raison qui interroge sur le niveau réel de ce XV de France. Si la question se pose, c'est que ses prestations n'ont pas encore laissé deviner la stature d'un champion du monde en puissance.
Le doute est d'abord alimenté par la tenue de la mêlée française. Fabien Galthié a reconnu après le match contre l'Italie : « L'Italie récupère trois à quatre pénalités par match sur ce secteur. » L'absence de Uini Atonio, contraint à la retraite suite à un problème cardiaque, se fait cruellement ressentir et pourrait se transformer en frein dans deux ans en Australie.
Les difficultés éprouvées par les Bleus pour déployer leur animation offensive ne peuvent pas non plus être totalement passées sous silence. L'absence de Matthieu Jalibert a désorganisé les plans initiaux, et l'organisation défensive italienne n'est pourtant pas du niveau de celles que pourraient croiser les Bleus lors des phases finales en Australie.
La profondeur d'effectif comme atout majeur
Pierre Berbizier plaide cependant pour une vision plus nuancée : « On a su faire nos matchs et exploiter les faiblesses de nos adversaires alors qu'eux n'ont pas su utiliser les nôtres. On ne peut pas critiquer l'équipe de France : elle fait le job. Elle le doit notamment à son potentiel joueurs qui fait naturellement monter son niveau. »
Armée d'une profondeur d'effectif pour l'heure sans commune mesure en Europe, la France avance avec certitude vers Édimbourg. Un luxe que ses adversaires n'ont pas, et qui pourrait faire la différence dans la quête du titre et peut-être même du Grand Chelem.
Alors que les Bleus préparent leur déplacement en Écosse, l'équipe de Fabien Galthié doit concilier la confiance générée par ses résultats parfaits avec la nécessité de continuer à progresser sur ses points faibles. Le véritable test viendra peut-être moins des matchs à venir dans ce Tournoi que de la capacité à transformer cette domination statistique en une supériorité technique indiscutable face aux meilleures nations mondiales.



