La France défend l'essence du rugby face au lobbying australo-néo-zélandais à Londres
France contre lobbying rugby australo-néo-zélandais à Londres

Une bataille politique pour l'avenir du rugby se joue à Londres

Alors que le Tournoi des Six Nations fait une pause cette semaine, les confrontations entre nations se poursuivent sur un terrain infiniment plus politique que sportif. Une large délégation française, composée de représentants de la Fédération Française de Rugby (FFR) et de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), s'est rendue à Londres dès lundi pour participer aux réunions du Shape of the game organisées par World Rugby jusqu'à jeudi.

Un enjeu capital pour la législation du jeu

Ces sessions de travail, dont l'appellation en anglais souligne l'importance, sont destinées à influencer la législation du rugby et pourraient modifier les formes de jeu à deux ans de la Coupe du monde en Australie. Le précédent de 2023, où les directives arbitrales avaient été ajustées pour favoriser l'attaque sous la pression néo-zélandaise juste avant la Coupe du monde, rappelle l'impact crucial de ces décisions.

Les Bleus, qui avaient dû se réinventer après ces changements, mesurent aujourd'hui la nécessité de faire entendre leur voix. Face au lobbying orchestré par les fédérations australienne et néo-zélandaise, confrontées à une chute de leurs revenus et audiences, et qui cherchent à accélérer le jeu pour le rendre plus télégénique, les institutions françaises refusent de rester spectatrices.

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Le soutien des Springboks et la défense des valeurs traditionnelles

Mathieu Raynal, manager des arbitres professionnels, explique : « Les Australiens et les Néo-Zélandais veulent mettre la notion de continuité du jeu au-dessus de tout. Ils attaquent les phases chronophages comme les mêlées, les mauls et les touches. Pour augmenter le temps de jeu effectif, ils proposent par exemple de remplacer les mêlées par des bras cassés ou d'autoriser l'écroulement des mauls. » Une approche qui s'apparente à un jeu à XIII sans le nommer.

Florian Grill, président de la FFR, affirme : « On se mobilise parce qu'on ne veut pas se voir imposer un modèle qui ne marche pas aussi bien que le nôtre : l'économie du rugby, c'est la France et l'Angleterre à 80 %. Notre modèle fonctionne. On veut qu'il soit copié, pas dénaturé. »

Si World Rugby est désormais présidé par l'Australien Brett Robinson et qu'un directeur du rugby néo-zélandais devrait être nommé, les Français ne sont pas seuls. Ils ont rallié le soutien du comité des Six-Nations et de l'Afrique du Sud. Les Springboks, doubles champions du monde en titre, craignent que leur hégémonie soit fragilisée si les vues australienne et néo-zélandaise prédominent.

La légitimité des audiences françaises

Mathieu Raynal poursuit : « Nous, on pense qu'une défense doit encore pouvoir récupérer le ballon. Une phase de jeu comme le maul, c'est ce qui permet de concentrer et fatiguer les joueurs, de créer des espaces. Ces actions font partie de la charte du rugby, vieille de 200 ans. Ce sont des symboles forts de notre sport. » Thomas Castaignède, en charge de l'international à la LNR, renchérit : « Nous ne sommes pas conservateurs, nous avons seulement la volonté de garder ce qui fait l'essence de notre jeu, les valeurs de combat. »

Dans ce combat, la FFR et la LNR font front commun. Yann Roubert, président de la LNR, souligne : « On a la légitimité de nos audiences. Je ne sais pas si le Top 14 est le meilleur championnat du monde, mais c'est celui qui attire le plus de spectateurs et d'audience, et qui redistribue le plus de revenus à ses acteurs. »

Les discussions sur les évolutions potentielles des directives arbitrales, avec la présence de Raphaël Ibañez pour le XV de France, auront lieu ce mercredi lors des ateliers sur la haute performance. Aucune décision ne sera entérinée immédiatement, mais pour lancer une opération de lobbying efficace, c'est maintenant ou jamais.

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