Une convocation judiciaire cruciale pour le président de la FFR
Le vendredi 24 avril marquera un moment décisif dans l'enquête sur la disparition tragique de Medhi Narjissi, jeune espoir du XV de France, survenue le 7 août 2024 à Dias Beach en Afrique du Sud. Florian Grill, président de la Fédération Française de Rugby, sera entendu par la juge d'instruction d'Agen, Agnès Navarro, dans le cadre de la procédure pour homicide involontaire.
Une responsabilité pénale contestée
À ce jour, seuls Robin Ladauge, préparateur physique, et Stéphane Cambos, manager des U18 présents sur place, ont été mis en examen. Florian Grill, lui, conteste fermement sa responsabilité pénale, reconnaissant uniquement une responsabilité morale dans cette affaire. Son principal argument repose sur l'absence d'autorité fonctionnelle sur la Direction Technique Nationale, qui supervise les sélections de jeunes et dont dépendent les deux hommes mis en examen.
Cependant, cette position est remise en question par un rapport de la Cour des comptes publié en novembre 2025, qui affirme clairement que « les cadres d'État dépendent hiérarchiquement de l'État et fonctionnellement du président de la fédération ». Les parents de Medhi Narjissi estiment quant à eux que la FFR et son président ne peuvent échapper à leurs responsabilités dans ce drame.
Des manquements à l'obligation de sécurité
L'Inspection Générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche a produit un rapport accablant suite au drame. La FFR, en tant qu'organisatrice du séjour des U18 en Afrique du Sud, était tenue à une obligation de sécurité renforcée envers ces joueurs mineurs. Le rapport souligne que la fédération « n'a pas respecté pleinement cet engagement » et porte ainsi une part de responsabilité dans la survenance de la tragédie.
Les enquêteurs ont relevé plusieurs défaillances graves :
- Un seul encadrant disposait du Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique, et celui-ci n'était plus valide
- Aucune attestation d'aptitude à la natation n'avait été demandée aux jeunes joueurs
- Les encadrants n'étaient pas sensibilisés aux réglementations relatives à l'accueil collectif de mineurs
- Le recours à un voyagiste sans licence fédérale ni carte d'éducateur sportif, et n'ayant subi aucun contrôle d'honorabilité
Un précédent inquiétant et des dysfonctionnements structurels
Le drame de Dias Beach n'est malheureusement pas un incident isolé. Le 22 mai 2024, un jeune rugbyman de 13 ans s'était noyé dans un lac à Wallis et Futuna lors d'une sortie. Cet événement avait provoqué la démission de 16 membres du comité directeur de la FFR le 1er octobre 2024, qui dénonçaient le silence et l'inaction de la fédération.
Le rapport de la Cour des comptes note par ailleurs qu'il est « nécessaire de renforcer la rigueur et de poser des règles plus précises et contraignantes dans certains domaines sensibles comme les stages et les déplacements ». Les conditions d'organisation du séjour en Afrique du Sud étaient particulièrement préoccupantes, avec des départs sur des vols échelonnés, des absences de licences et de fiches de poste.
La FFR a depuis engagé un travail pour revoir ses procédures suite aux observations de l'IGESR, mais les parties civiles estiment que ces améliorations auraient dû être mises en œuvre avant le drame du 7 août 2024. L'audition de Florian Grill le 24 avril déterminera si la responsabilité pénale de la fédération et de son président sera effectivement engagée dans cette affaire qui a profondément marqué le monde du rugby français.



