Antoine Dupont : la métamorphose du capitaine des Bleus en maître du collectif
Toujours capable de prendre les choses en main lorsque la situation l'exige, le capitaine des Bleus a désormais appris à s'effacer lorsque le jeu le commande. Une évolution notable, une progression de plus dans le parcours exceptionnel du demi de mêlée toulousain. Patrick Arlettaz, l'entraîneur en charge de l'attaque du XV de France, ne cache pas son admiration pour cette transformation.
Un retour triomphal après la blessure
De retour sous le maillot tricolore un peu moins d'un an après la rupture du ligament du genou droit subie en Irlande lors du Tournoi 2025, le capitaine des Bleus démontre à chaque sortie le meilleur de lui-même. La « Dupontmania » est loin d'être terminée, comme en témoigne sa prestation face à l'Italie il y a dix jours à Lille.
« J'avais déjà repris depuis un mois et demi : j'avais retrouvé des sensations et mon état de forme », a confié Dupont avec le sourire lorsqu'on l'a interrogé sur la rapidité de son retour au plus haut niveau. « Mais c'est quand même très bien revenu. Ça a été dur physiquement, lors des premiers matchs, mais je n'étais pas le seul visiblement. Ça m'a rassuré. Aujourd'hui, ça a moins couru, plus combattu. Mais ça va, je retrouve les sensations. »
De la virtuosité individuelle à l'intelligence collective
Le one man show lillois du Toulousain ne doit cependant pas occulter ce qu'il a accompli face à l'Irlande et au pays de Galles. Lors de ces deux rencontres, il n'a peut-être pas signé de coups d'éclat « instagrammables », mais il a brillé par sa capacité à s'insérer parfaitement dans le schéma de jeu proposé par son équipe.
Cette lumineuse sobriété a profité à Thomas Ramos et Matthieu Jalibert, les deux meneurs de jeu qui complètent ce que Fabien Galthié a conceptualisé comme « la charnière à trois » des Bleus dans ce Tournoi. Ceux qui s'interrogeaient sur sa capacité à s'effacer pour laisser un champ d'expression à l'ouvreur bordelais ont rapidement été rassurés.
Une ouverture d'esprit remarquée
Cette évolution se serait également traduite dans son comportement au quotidien au sein du groupe France. Réservé de nature, Antoine Dupont reste un capitaine incontesté et incontestable grâce à son aura exceptionnelle. Mais alors qu'il pouvait parfois donner l'impression d'être fermé, il serait désormais plus enclin aux échanges et aux anecdotes depuis le début de ce Tournoi.
Même les informations divulguées par L'Équipe avant le déplacement à Cardiff, concernant des contrats publicitaires à son nom et à celui d'Anthony Jelonch qui auraient pu servir au Stade Toulousain pour contourner le salary cap, ne semblent pas avoir affecté son rendement sportif.
Le chef d'orchestre discret
Au risque d'être suspecté d'un crime de lèse-majesté, on pourrait même affirmer qu'Antoine Dupont « force » moins les choses que par le passé. Le principal intéressé en convient lui-même : « Comme on passe plus par les relais du 10 ou 15, je porte un peu moins le ballon : ça s'est moins joué sur les zones de rucks lors des premiers matchs », a-t-il analysé à la veille d'affronter l'Italie.
« On sent qu'on a quand même beaucoup de fluidité dans le jeu. On a un jeu très aéré. Et surtout, qui est dangereux. Je me plie à la stratégie de l'équipe, elle fonctionne de toute façon. Je m'adapte et j'arrive à trouver du plaisir dans ces moments-là. »
Les compliments d'Arlettaz
Patrick Arlettaz ne tarit pas d'éloges : « Antoine a un rôle majeur parce que quand on parle d'imprévus, de comment on peut changer son fusil d'épaule par rapport au scénario d'un match, il est le meilleur joueur du monde ». L'entraîneur ajoute : « Contre l'Italie, beaucoup ont vu son numéro de virtuose sur le côté fermé, son raffut, son crochet. J'adore ça, bien sûr, mais moi, j'ai surtout vu que c'était un match difficile et qu'il a été le meilleur défenseur du match. »
Et de conclure avec une pointe d'humour : « Quand vous avez le meilleur joueur du monde dans tous les styles, c'est pas mal, non ? Moi, je lui cherche encore une faiblesse. Dès que je trouve, je vous le dis. » Cette fois, malgré son petit sourire, il était très sérieux.
Les grands rendez-vous à venir
On a coutume de dire que les grands rendez-vous appartiennent aux grands joueurs. Lors des Six Nations de 2022 et de 2025, Antoine Dupont a déjà démontré qu'il savait se les approprier. Il devra une nouvelle fois en faire la démonstration en Écosse ce samedi, avant d'espérer pouvoir enrichir son palmarès d'un nouveau Grand Chelem lors de la réception de l'Angleterre.
Pour l'heure, le capitaine des Bleus continue d'évoluer, passant du statut de showman incontesté à celui de chef d'orchestre discret mais essentiel. Une transformation qui pourrait bien s'avérer décisive pour les ambitions du XV de France dans les mois à venir.



