Aviron Bayonnais : le départ de Grégory Patat, un échec annoncé depuis des mois
Le mariage forcé entre Grégory Patat et Laurent Travers à l'Aviron Bayonnais n'a jamais véritablement fonctionné. Il s'est officiellement achevé ce 18 février, mettant fin à une cohabitation tendue qui minait le club depuis de longs mois. Le manager ne sera pas présent à l'entraînement de ce jeudi, tandis que le directeur du rugby, Laurent Travers, va étendre son périmètre d'action, conformément aux souhaits du président Philippe Tayeb.
Une fin programmée
L'histoire retiendra que l'aventure s'est conclue le 18 février, une date qui ne surprend personne tant l'issue était attendue. Grégory Patat ne participera pas à la reprise de l'Aviron Bayonnais ce jeudi sur la pelouse du stade Jean-Dauger. Selon les informations révélées par Sud Ouest, le manager a été relevé de ses fonctions. En attendant de régler un dernier détail administratif, la direction lui a signifié qu'il pouvait rester chez lui, son salaire de février lui sera néanmoins intégralement versé.
Personne ne prendra officiellement sa place. L'entraîneur des trois-quarts Gerard Fraser reprendra les commandes du groupe pour le déplacement à Clermont prévu le 28 février, en collaboration étroite avec Laurent Travers. Ce dernier devrait désormais poser son regard sur la composition d'équipe, consolidant son influence au sein du club.
Une lune de miel rapidement terminée
La chronique d'une fin annoncée. La lune de miel entre Patat et le club était terminée bien avant l'incroyable dernière saison qui a vu l'équipe atteindre une demi-finale inattendue du championnat. Arrivé en 2022 pour succéder à Yannick Bru, lui aussi parti en mauvais termes avec Philippe Tayeb, Grégory Patat avait réussi un premier exercice idyllique, largement aidé par un Camille Lopez en forme stratosphérique.
L'Aviron s'était qualifié pour la Champions Cup, une première historique. Puis est venue la découverte de la phase finale du Top 14 en 2025 et la première demi-finale du club depuis quarante-deux ans. Des performances insuffisantes pour rétablir la confiance avec le président et une partie de la direction, relation rompue depuis la fin de l'exercice 2023-2024.
La cassure et les tensions
La fracture est profonde. Les Bleu et Blanc visaient initialement le maintien, objectif rempli à deux journées de la fin. Mais Philippe Tayeb espérait davantage. Il a cessé de croire en son manager, ne lui pardonnant pas les deux dernières défaites et une décevante 12e place. Il s'est alors mis en quête d'un successeur, cherchant un homme capable de faire franchir un cap au club.
Les quatre premiers matches de la saison suivante ont été poussifs, accélérant le choix de Laurent Travers. La direction a fermement démenti les rumeurs, créant un climat d'incertitude où Patat et son staff ne savaient plus qui croire. Paradoxalement, l'équipe a ensuite enclenché une dynamique positive, enchaînant quatre victoires consécutives et occupant le 4e rang du championnat à quinze reprises en vingt-six journées.
L'inconfort et la décision de rupture
L'inconfort de la situation a fini par consumer Grégory Patat, persuadé qu'il sauterait au premier enchaînement de mauvais résultats. Ce scénario s'est réalisé après deux défaites de rang à Dauger, mettant fin à dix-neuf mois de succès. Les lourds revers en déplacement ont précipité une chute qu'il a lui-même anticipée : le mois dernier, il a demandé à la direction de trouver un accord pour rompre ce mariage définitivement abîmé.
Au-delà de l'aspect psychologique, l'enjeu est aussi sportif et financier. Brive, en Pro D2, attend une réponse de sa part pour la saison prochaine. Partir maintenant permet également à celui qui vient de fêter ses cinquante-et-un ans de récupérer une partie des deux ans et demi de contrat restant. Il quitte le navire dans la tempête, grince Philippe Tayeb, tout en reconnaissant que le départ sert probablement des intérêts personnels.
Un coach populaire et des questions en suspens
Grégory Patat abat une carte personnelle qui arrange toutes les parties. Le président, qui s'en défend, ne savait plus comment se défaire d'un coach populaire, soutenu par une majeure partie de l'opinion publique. Hormis les groupes officiels de supporters proches de la direction, le public n'a pas compris l'interminable feuilleton de sa prolongation de contrat jusqu'en 2028.
Fallait-il signer ce bail en octobre pour le défaire quatre mois plus tard, en sachant la rupture inéluctable ? Et débourser une somme à six chiffres alors que Patat était libre en juin prochain ? Philippe Tayeb justifie cette décision par un accord conditionnel à une place dans les huit premiers, tout en reconnaissant avoir été poussé aux paraphes par une partie du conseil d'administration.
Griefs et frustrations
Usé de vivre avec un couperet au-dessus de la tête, Grégory Patat a écrit au conseil d'administration et rencontré à deux reprises les véritables patrons du club. Il a partagé sa lassitude et remonté ses griefs : le départ de joueurs qu'il souhaitait conserver, le choix d'adjoints fait sans son consentement, la programmation d'un match amical à une date non souhaitée. Philippe Tayeb balaie ces critiques, affirmant que les joueurs en ont marre et réclament plus de structure.
Le président reste évasif sur la suite, indiquant que Gerard Fraser a un plan de carrière sur quatre ans avec un objectif de devenir manager, tandis que Laurent Travers va le soulager. Ça ne suffit plus de prendre les mecs par le cou et de discuter avec eux. Ils veulent du haut niveau, pas de la Pro D2, assène-t-il.
Une saison à terminer sans Patat
En attendant un hypothétique appel de Fabien Galthié, il reste une saison à terminer. L'Aviron est actuellement 12e, à sept points de l'Europe et neuf de la qualification. Le challenge ne repose plus sur les épaules de Grégory Patat, qui n'aura pas l'occasion de faire ses adieux à son public bayonnais. Le prochain match à Bayonne est dans deux mois. D'ici là, apparaître sur l'écran géant du stade Jean-Dauger sera peut-être moins hasardeux pour le président, récemment sifflé par les supporters.



