Une photo officielle qui en dit long sur les dissensions internes
Dès le départ, l'attelage entre Laurent Travers et Grégory Patat à l'Aviron Bayonnais semblait voué à l'échec. Le choix de la direction du club d'intégrer le directeur du rugby, en opposition avec une partie du staff du manager, a créé une situation où Laurent Travers occupe son temps à distance raisonnable du groupe professionnel. En attendant son heure ?
L'absence remarquée au musée Bonnat-Helleu
L'Aviron Bayonnais a choisi le cadre du récemment rénové musée Bonnat-Helleu de Bayonne pour publier ce mardi la photo officielle de sa saison. Plus que le timing – la deuxième partie d'exercice est déjà bien entamée – l'absence d'une personne a particulièrement interpellé. Laurent Travers n'apparaît pas sous l'immense « triptyque bayonnais » du peintre Henri-Achille Zo.
Président, manager, encadrement sportif et médical, joueurs, intendants et même un pottok figurent sur ce cliché où s'entassent 73 membres du club, mais aucune trace du directeur du rugby. Pas plus sur les quatre médaillons ajoutés pour incorporer les excusés du jour. Ce « détail » n'a pas échappé aux internautes qui s'en sont amusés sur les réseaux sociaux : « C'est peut-être lui qui prend la photo ? »
Un rôle flou et des missions contestées
Au-delà de la plaisanterie, une question revient souvent en bord de Nive : que fait Laurent Travers depuis son arrivée l'été dernier ? Arthur Iturria n'a pas pris de risque, jeudi en conférence de presse : « Il faut demander aux intéressés ». À dire vrai, on avait devancé la sage recommandation du capitaine.
Plus tôt dans la semaine, le Sarladais a poliment décliné l'invitation à s'exprimer sur ses missions : « Tournez-vous vers le président ou le directeur du centre de formation ». Philippe Tayeb suit actuellement une diète médiatique et n'a pas souhaité rompre le jeûne. Jean-Baptiste Dimartino, lui, s'est excusé : « Le club et la direction ne m'autorisent pas à communiquer avec la presse. »
Un conflit larvé qui empoisonne la saison
La question n'avait rien d'un piège. Un éclairage pour le grand public n'aurait pas été de trop car le conflit larvé entre Laurent Travers et Grégory Patat empoisonne la saison des Basques, onzièmes avant de recevoir le Racing 92, le club de Laurent Travers ces dix dernières années, ce samedi à 16 h 35.
« Il est arrivé pour construire un modèle autour du centre de formation, pour participer au développement du rugby en Hegoalde (Pays basque côté espagnol), pour effectuer le recrutement de l'équipe pro et pour négocier avec les agents puisque Patat ne voulait pas le faire, glisse un de ses proches dans la direction. Son vrai rôle, c'est de permettre à l'Aviron Bayonnais de grandir. Et peut-être que s'il était intervenu davantage auprès de l'équipe pro, on ne serait pas 11e aujourd'hui... Mais notre manager n'a pas accepté sa venue ni l'expérience mise à sa disposition. »
Deux visions diamétralement opposées
Le son de cloche n'est évidemment pas le même au sein du staff du Gersois. « Avant qu'il arrive, on était en demi-finale. Depuis un an, tout est fait pour mettre des bâtons dans les roues de Greg. C'est normal qu'il n'ait pas accepté sa venue : il est ici pour prendre sa place ! »
Échaudés par des mois de tractations et de dénégations la saison passée, Grégory Patat et une partie de son entourage ont mis leur veto sur la présence du Sarladais sur le terrain des pros. Cet été, sa brève participation lors d'un entraînement avait nécessité un recadrage. Laurent Travers avait aussitôt déménagé son bureau, proche de celui des coachs, dans les locaux de l'administratif, à l'autre bout de la plaine de Dauger. Depuis, chacun reste prudemment dans son couloir.
Une influence discrète mais réelle
Celui que Philippe Tayeb considère comme « le plus gros palmarès du sport français » se tient donc à bonne distance du groupe pro... sans en manquer une miette. « Laurent ne veut surtout pas qu'on dise qu'il a pris une décision à la place de Greg, glisse un membre du vestiaire. Mais ça ne l'empêche pas de regarder et d'analyser nos matches. C'est dommage de ne pas s'appuyer sur son expérience parce qu'il aurait pu nous amener des choses, notamment dans l'organisation. Avant, tout était carré. Maintenant, c'est bien arrondi... »
En attendant, Travers passe du temps auprès du secteur amateur, rencontre les associations de supporters. « Il tente d'influencer », grince un opposant. Sa faconde séduit les partenaires du club, ravis de voir débarquer l'ex-mentor du Racing lors de séminaires avec leurs clients. La légende dit même que son réseau a permis l'arrivée de nouveaux sponsors. « C'est exact », assure un membre de la direction. Qui ? Pour combien ? Notre interlocuteur n'en dira pas plus. La confirmation officielle attendra.
Un avenir incertain pour cette collaboration
« Est-ce le rôle d'un directeur du rugby ?, pique un rétif à sa venue. Il passe son temps au téléphone mais on ne sait pas bien ce qu'il fait. Il n'a pas toujours été réactif sur des dossiers urgents. Il n'est pas méchant, hein, mais il ne faut pas lui tourner le dos. Je ne dirais pas qu'il veut qu'on perde, mais si ça pouvait ne pas trop gagner... »
Dans ce climat, et malgré les contrats prévus au-delà de l'actuelle saison, on imagine mal la collaboration excéder le mois de juin. Car comme le résume un proche : « Le problème, c'est que les deux ne veulent pas travailler ensemble, c'est tout. » Finalement, c'est assez logique de ne pas les voir côte à côte sur la photo officielle.
Le match à venir contre le Racing 92
L'Aviron (11e) retrouve Jean-Dauger pour la première fois depuis la fin de sa série de 19 mois d'invincibilité à domicile contre Castres. Le Racing (9e) se présente et pour l'occasion, Grégory Patat enregistre le retour de nombreux cadres : Chouzenoux, Iturria, Carreras, Fischer, Jantjies, Tiberghien et Tatafu.
La victoire est évidemment l'objectif mais le manager espère également « un match plein ». « On fait des bouts de match intéressants mais j'aimerais qu'on réalise une partie aboutie, où on maîtrise notre sujet. » Pour y parvenir, les siens devront remettre la main sur le ballon, chose qui leur fait défaut depuis le début de l'année 2026.



