Biathlon : la victoire olympique de Botn, un hommage poignant à son coéquipier disparu
Victoire olympique de Botn, hommage à son coéquipier disparu

Une victoire olympique chargée d'émotion pour le biathlon norvégien

Face à une nouvelle démonstration de force sur ses terres, du 18 au 21 décembre au Grand Bornand, avec trois sacres en six épreuves, on s'attendait à une razzia de médailles norvégiennes en biathlon aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. Comme d'habitude, ce pays de moins de 6 millions d'habitants risquait de confirmer son statut de nation dominante de la discipline, même après la retraite du légendaire Johannes Boe. Pourtant, le succès de Johan-Olav Botn sur l'individuel mardi a suscité un emballement particulier, bien qu'il prive le Français Eric Perrot d'une deuxième médaille d'or consécutive.

Le drame qui a frappé l'équipe norvégienne

Entre ces deux temps forts, l'équipe de Norvège a traversé une terrible épreuve : la mort brutale, le 23 décembre, de Sivert Bakken, âgé de seulement 27 ans. Ce biathlète prometteur avait terminé 5e du sprint du « Grand Bo » quatre jours plus tôt. Le Français Siegfried Mazet, entraîneur du tir de l'équipe norvégienne, explique : « Il y a encore plein d'ombres sur les raisons du décès de Sivert. La seule chose qu'on sait, c'est que c'est difficile de l'accepter. Personnellement, je ne l'accepte toujours pas. »

Pour surmonter ce traumatisme, l'équipe a bénéficié d'un soutien psychologique intensif en janvier. « On a eu l'aide d'un psychologue sur tout le mois de janvier. Il nous a amenés à ouvrir des espaces de dialogue où tout le monde a pu exprimer ses émotions. Ça nous a bien aidés, ça n'est pas un sujet tabou », précise Mazet. Vetle Christiansen, un autre biathlète, confirme : « On a passé énormément de temps à parler entre nous, avec les coachs et le psychologue. C'est l'une des raisons qui explique qu'on s'en soit si bien sortis. »

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Le retour à la compétition après un deuil collectif

Se retrouver sur le pas de tir d'Oberhof dès le 8 janvier, après de terribles fêtes de Noël, a été un défi immense. Karoline Knotten, de l'équipe féminine, avoue : « Mon état d'esprit n'était pas totalement prêt pour les étapes de Coupe du monde à Oberhof et à Rupholding. Il me fallait un peu plus d'énergie. » Johannes Dale-Skjevdal, très proche de Sivert Bakken, résume : « C'est sûr que ça a été la pire période de toute notre vie, pas juste en tant que biathlètes mais comme être humains. »

Avant l'ouverture des Jeux à Anterselva, les résultats sportifs ont été mitigés pour la Norvège. Johan-Olav Botn, leader du classement général jusqu'à Noël, a dû faire l'impasse sur les étapes allemandes avant de reprendre à Nove Mesto fin janvier. Le 23 décembre, c'est lui qui a découvert le corps inanimé de son grand ami dans sa chambre d'hôtel à Lavazè, en Italie. Botn a décrit cet épisode glaçant : « J'étais dans un état de choc et de panique total. Quand j'ai vu que Sivert était complètement inerte et livide, j'ai compris qu'il était mort. »

Une médaille d'or en hommage à Sivert Bakken

En franchissant la ligne d'arrivée en vainqueur de l'individuel, Johan-Olav Botn a levé le doigt au ciel en direction de son ami disparu. « La dernière boucle a été très émouvante pour moi. J'étais persuadé de courir avec lui. J'espère qu'il est fier de moi », a-t-il déclaré. Vetle Christiansen ajoute : « Johan s'est retrouvé dans quelque chose d'extrêmement tragique. Je crois que c'est vraiment dur de comprendre tout ce qu'il a dû traverser. Je suis super fier de lui. »

L'équipe norvégienne s'est fixé pour mission d'honorer la mémoire de Sivert Bakken. Karoline Knotten explique : « On s'est dit qu'on allait utiliser tout ça comme une force plutôt que comme quelque chose de triste. Sivert était très excité à l'idée de tout donner pour participer à ces JO. » Johannes Dale-Skjevdal renchérit : « A nous de simplement essayer de vivre la vie qu'il aurait vécue. »

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Des tensions persistantes malgré l'unité affichée

Malgré cette solidarité, des fissures apparaissent dans le camp norvégien. Sturla Laegreid, médaillé de bronze, a évoqué « la pire semaine de (ma) vie » en référence à des regrets personnels, une sortie qui a blessé Botn. De plus, le choix du staff de titulariser Laegreid plutôt que Martin Uldal sur le sprint et la poursuite a suscité des frustrations. Uldal a déclaré : « Je trouve ça tout simplement inacceptable. Je me sens traité injustement. »

Néanmoins, Ingrid Tandrevold insiste sur l'unité du groupe : « Nous restons une famille très unie, même si nous avons pu regarder une très bonne série Netflix cette semaine. » L'humour et la soif de titres olympiques restent intacts, prouvant que l'équipe norvégienne, malgré les épreuves, demeure une force redoutable en biathlon.