Le secret des Bleus : la fondue et le camion des techniciens derrière les médailles
Fondue et camion secret : les clés du succès du biathlon français

Le camion secret et la fondue : les ingrédients du succès du biathlon français

À Anterselva, le secret de l'éclatante performance de l'équipe de France de biathlon aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 ne se limite pas aux pistes. Après le cinquième titre olympique remporté mercredi sur le relais féminin, l'entraîneur Cyril Burdet a révélé une tradition gagnante : la fondue savoyarde partagée le soir dans le camion des techniciens. Cette pratique, selon lui, « crée du lien » entre les biathlètes et tous les membres du groupe tricolore.

Les hommes de l'ombre derrière la glisse

Le quartier général de ces célébrations post-médailles est toujours le même : le camion des huit techniciens qui testent et fartent des centaines de skis durant les deux semaines olympiques. « Vraiment des fêlés du boulot ces mecs-là », s'enthousiasme l'entraîneur du tir Jean-Pierre Amat, convaincu que sans leur travail, certaines victoires n'auraient pas été possibles.

Géré par Grégoire Deschamps, responsable de la cellule technique depuis 2011, ce camion abrite pas moins de 500 paires de skis. La mission quotidienne de son équipe est claire : « Notre objectif, c'est d'avoir les skis les plus rapides possible au départ ». Pour y parvenir, trois étapes majeures rythment leurs journées, débutant six heures avant chaque épreuve :

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  • Bien choisir les skis
  • Sélectionner les produits de fartage adaptés
  • Déterminer les structures optimales

Une science précise de la neige

Les « structures » dont parle Deschamps correspondent au dessin imprimé sur les semelles des skis pour gérer le flux d'eau, « un peu comme la différence entre un pneu neige ou un pneu d'été ». L'adaptation constante est cruciale : l'apparition du soleil ou de gros flocons peut modifier les plans jusqu'à une demi-heure avant le départ.

Sur le parking adjacent au stade de biathlon d'Antholz, le spectacle est fascinant avant chaque course. Les techniciens enchaînent les allers-retours avec différentes paires de skis, un thermomètre et un capteur d'humidité. « On a besoin de relevés très précis sur la neige, de mesurer la teneur en eau liquide », explique Deschamps, dont l'équipe teste entre 10 et 12 paires par jour pour chaque athlète.

Confiance totale et domination technique

Les biathlètes français délèguent en totale confiance cette partie technique. « L'athlète n'a aucun regard sur le choix des skis », précise Deschamps. Une vingtaine de formules différentes de fartage sont utilisées pour établir la meilleure combinaison, toutes sans fluor depuis son interdiction par l'IBU pour des raisons écologiques.

Cette confiance est récompensée par des temps de ski quasiment toujours supérieurs à la concurrence. Le Groenlandais Oystein Slettemark, coach du Danemark, constate : « La France fait toujours partie des équipes tout en haut dans le bon choix des skis ». Même face aux Suédois qui comptent une douzaine de techniciens, les Français se distinguent par leur régularité.

Un travail physique intense dans l'ombre

Pourtant, ces artisans de la performance restent discrets. « On ne recherche pas la lumière », assure Grégoire Deschamps. Leur métier est physiquement exigeant : un technicien skie entre 30 et 40 km par jour durant les Jeux, et même plus qu'un athlète sur toute la saison hivernale.

Stéphane Bouthiaux, directeur des équipes de France, insiste sur leur importance cruciale : « Sans tout le travail gigantesque qui est réalisé au quotidien ici, la performance n'est pas possible. Si les skis ne glissent pas, il ne peut pas y avoir la moindre victoire ».

Perspectives et nuances

Dès la saison prochaine, l'équipe bénéficiera d'un nouveau camion plus spacieux, passant de 52 à 85 m². De quoi peut-être creuser encore l'écart avec la concurrence, même si la biathlète norvégienne Karoline Knotten nuance : « Je ne pense pas que la raison numéro une de la domination française sur ces JO soit les skis ». Elle pointe plutôt la préparation physique impressionnante des Français en amont des Jeux.

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Quoi qu'il en soit, avec dix médailles déjà acquises avant les mass-starts finales, l'équipe de France peut se considérer comme la reine du fartage et du choix des skis. « Je ne le considère pas, j'en suis sûr », sourit Stéphane Bouthiaux. Des données techniques et une collection de médailles historiques viennent étayer cette conviction, faisant du biathlon le fer de lance de la délégation française à Milan-Cortina 2026.