Les 73 points inscrits par les Knicks en une mi-temps lors du match 6 à Atlanta, les 46 tirs à trois-points tentés en moyenne par les Celtics dans leur série contre Philadelphie, ou encore le record en carrière d'un simple remplaçant de Minnesota comme Ayo Dosunmu (43 points)... Tous ces récents chiffres renvoient à un constat implacable : même en play-offs, la folie furieuse offensive et l'obsession du tir longue distance dictent presque tout en NBA.
Mais dans ce panorama, deux irréductibles géants français, Victor Wembanyama (2,24 m) et Rudy Gobert (2,16 m), résistent avec comme principale mission la défense féroce de leur raquette. Alors que leurs équipes des Timberwolves et des Spurs (1-1) se retrouvent pour le match 3 de la demi-finale à l'Ouest dans la nuit de vendredi à samedi (3h30), 20 Minutes cherche à départager l'impact défensif des deux intérieurs tricolores. Le tout en huit critères, avec un expert de choix : Frédéric Weis (2,18 m), ancien pivot majeur de l'équipe de France.
Qui est le meilleur contreur ?
En 13 saisons NBA, Rudy Gobert tourne à 2 contres par match en moyenne, avec une pointe à 2,7 en 2020-2021 avec Utah. Victor Wembanyama est bien plus haut, avec 1,9 contre de plus que son aîné sur la saison régulière 2025-2026, et même 4,5 blocks supplémentaires par match sur ces play-offs. Depuis lundi, il détient un prestigieux record : 12 contres sur le match 1 perdu devant Minnesota (102-104). Du jamais vu sur un match de play-offs pour ce phénomène qui domine le classement des meilleurs contreurs depuis sa Draft 2023.
L'avis de Frédéric Weis, consultant basket pour beIN SPORTS : « Côté contres, je vais clairement sur Victor. Rudy est un très bon contreur, mais Victor est à un autre niveau, avec de grands segments et un meilleur timing. C'est un alien, avec ce combo taille/timing/vitesse que personne n'a en NBA. »
Qui est le meilleur rebondeur défensif ?
Les chiffres parlent aussi pour Victor Wembanyama, avec 2 rebonds défensifs de plus par match que le pivot des Wolves cette saison. Mais l'écart est moins net à l'échelle de leur carrière NBA (9 prises pour Wemby, 8,3 pour Gobert). Entre son expérience (34 ans le mois prochain) et sa propension à rester dans sa raquette, l'ex-Choletais se montre parfois plus rigoureux que son successeur chez les Bleus pour verrouiller les rebonds défensifs dans les moments clés. Ainsi, sur un oubli à la fin du match 1, le géant des Spurs a permis à Naz Reid de s'offrir un rebond offensif puis un panier facile déterminant.
L'avis de Frédéric Weis : « Je pense que Rudy est le meilleur car il protège mieux les rebonds défensifs. Il joue plus près du cercle, sort moins et évite les switchs défensifs, là où Victor est souvent plus loin des zones de rebonds. Dans le match 1, Rudy l'a poussé assez facilement pour lui prendre un rebond offensif. Victor fait tellement confiance à sa taille et à son jump que parfois il ne fait pas les efforts de box-out nécessaires. Il lui arrive donc de se faire avoir. »
Qui montre le plus de dureté ?
Une série de play-offs se joue aussi à la dureté, et il y en a à revendre du côté de Minnesota (McDaniels en tête). D'ailleurs, le 5/17 aux tirs de Wemby dans la défaite de San Antonio lundi s'explique par la férocité impulsée par Gobert et surtout Randle sur chaque attaque du Français de 22 ans. Rudy Gobert s'est historiquement retrouvé mêlé à des embrouilles sur le terrain avec Draymond Green, grand méchant attitré de la NBA moderne. Pareil antagonisme ne concerne pas encore Wemby et ses Spurs, même si une rivalité avec OKC commence à poindre.
L'avis de Frédéric Weis : « Aucun des deux n'est réellement méchant, mais celui qui a la réputation de donner des mauvais coups, c'est Rudy. Il a en lui de la dureté, cette stature de gars qui rentre dedans et tombe peu, alors que Victor se retrouve plus au sol. On a davantage peur du côté aérien de Victor, du gars capable de contrer tous les shoots, mais pas d'un mauvais coup de sa part. Il va s'endurcir un peu, mais il fait déjà tellement peur sans cette dureté que je ne pense pas qu'il soit nécessaire pour lui d'avoir ça. »
Qui est le plus craint par ses adversaires sur le plan défensif ?
D'un côté Rudy Gobert, ses quatre sacres de Defensive Player of the Year (DPOY) avec une image de défenseur quasi exclusif, et de l'autre Victor Wembanyama, avec son envergure hors normes et son statut de superstar quasi immédiat en NBA. La dissuasion qu'inspire Wemby est inédite.
L'avis de Frédéric Weis : « Rudy est un vrai problème pour toutes les attaques, mais Wemby est un game changer : quand il est sur le terrain, les adversaires ne font pas les mêmes systèmes. C'est un épouvantail, les mecs pénètrent et n'osent même pas shooter. »
Qui est le plus à même de contenir Nikola Jokic ?
Le défi ultime pour tout intérieur NBA : ne pas subir une masterclass du triple MVP Nikola Jokic. On a vu le duo Wemby-Rudy ramasser face au Joker en match de préparation aux JO de Paris 2024. Plus récemment, le leader des Spurs a souffert dans un choc prime time de fin de saison régulière, le 4 avril à Denver (136-134). Le pivot serbe s'est régalé avec 40 points (13/25 aux tirs), 13 passes décisives et 8 rebonds. Au contraire de sa copie face à Rudy Gobert lors du premier tour des play-offs : 25,8 points, 9,5 passes, 44,6 % aux tirs et 19,4 % à trois-points sur la série. Une rare panne d'adresse qui a précipité la qualification surprise des Wolves (4-2).
L'avis de Frédéric Weis : « Ça ne se joue à pas grand-chose, mais si je devais n'en choisir qu'un pour défendre sur lui en face-à-face, je prendrais Rudy Gobert. Il est peut-être meilleur sur l'homme que Victor, plus costaud, plus dur, et son expérience supérieure aide. Rudy a vraiment impacté Jokic en play-offs, il n'a pas reculé face à lui. »
Qui a le plus gros impact défensif avec les Bleus ?
Victor Wembanyama n'a participé qu'à une grande compétition internationale, les JO 2024, où son impact défensif sur le collectif a été mesurable. Peu utilisé par Vincent Collet à Paris et absent pour l'Euro 2025, Rudy Gobert avait avant cela laissé une trace de leader défensif des Bleus, notamment à la Coupe du monde 2019 et aux JO de Tokyo 2021.
L'avis de Frédéric Weis : « Dans ses campagnes en équipe de France, Rudy a le plus souvent été très bon défensivement. Je ne peux pas vraiment comparer leur impact en sélection car il n'y a eu que les JO 2024 pour Victor. Mais je pense que Rudy a été meilleur défensivement sur certaines compétitions que Victor sur ces Jeux. Victor va toujours gêner l'adversaire, mais dans le basket Fiba, il y a plus de jeu poste bas, et j'ai plus confiance en Rudy là-dessus. »
Quel est le défenseur le plus complet ?
Habitué aux duels face aux pivots à l'ancienne, Rudy Gobert a bluffé fin mars avec un contre décisif sur Kevin Durant. Pour autant, Wemby reste la référence des intérieurs NBA pour se confronter sans complexes à des arrières et ailiers au large.
L'avis de Frédéric Weis : « Je pense que Victor est meilleur dans la défense collective : il peut aller contrer tout le monde en deuxième rideau, venir en aide et voler des ballons avec ses bras tellement actifs. Il se déplace mieux latéralement que Rudy. Il est le plus complet, entre ses qualités athlétiques et sa compréhension du jeu. C'est une machine ! »
Qui est le plus régulier défensivement ?
L'abattage statistique plus conséquent et parfois foufou de Victor Wembanyama provoque une inconstance dans certains rendez-vous à haute intensité, comme il l'a reconnu après la défaite devant Minnesota : « Je n'ai pas eu la maîtrise du match que je voulais. Je dois mieux gérer mon énergie. J'en ai trop utilisé dans des choses qui n'ont pas vraiment aidé notre équipe. » Rudy Gobert, qui le considère comme son petit frère, a un jeu moins énergivore, aussi lié au fait d'être une 7e option et non une 1re option de l'autre côté du parquet.
L'avis de Frédéric Weis : « Rudy sait rester au sol, il se gère davantage, ce qui est important sur la durée d'un match et le nombre de fautes. Victor a au contraire tout le temps une énorme débauche d'énergie, en sautant sur tout. Sur son match à 12 contres, il faut aussi voir toutes les fois où il a sauté pour rien. En fin de match, ça pèse. Et les Spurs ont presque plus besoin de Victor en attaque qu'en défense, alors que pour Rudy, son rôle est 99 % défensif à Minnesota. »
Conclusion
Bien que récent premier meilleur défenseur sacré à l'unanimité dans l'histoire de la NBA, loin devant Rudy Gobert (4e), Victor Wembanyama n'a pas encore tout en magasin pour régner sans partage en play-offs sur le plan défensif. Bilan au 8 mai 2026 : 5-3 pour Rudy Gobert. Mais gare à l'apprentissage en accéléré pour notre Wemby dans les prochaines semaines.
La conclusion de Frédéric Weis : « Les deux sont de fantastiques défenseurs. On parle de la crème de la crème. À leur poste, ce sont les deux meilleurs défenseurs de la Ligue. Et même tous postes confondus, je les mets dans les trois premiers actuellement en NBA, aux côtés de l'arrière de Detroit Ausar Thompson. »



