UBB en finale européenne : la réussite sportive et économique des clubs néo-aquitains
UBB en finale : l'exception économique du rugby néo-aquitain

Ce samedi, l'UBB affronte le Leinster en finale de Champions Cup dans l'antre de l'Athletic Bilbao, le plus basque des clubs de football. Les Bordelo-Béglais tenteront de décrocher un second sacre européen consécutif, comme le Stade Rochelais en 2022 et 2023. Les hôteliers et les limonadiers de la capitale de Biscaye se frottent les mains. Le public de l'Union, premier d'Europe, comme celui du Leinster restera sur sa faim. À peine 2 000 places ont été accordées aux supporteurs des deux finalistes. Lot de consolation pour les Girondins, le match sera diffusé sur écran géant dans son antre, le stade Chaban-Delmas. Derrière la performance sportive, l'UBB se distingue aussi par une bonne gestion. Comme d'ailleurs l'ensemble des clubs de la région, existe-t-il une exception néo-aquitaine dans le monde du rugby ? Le point.

Bordeaux et La Rochelle, les bons élèves

Le rapport financier sur la saison 2024-2025, intégrant les comptes des clubs, a été publié au mois d'avril dernier. Verdict : seuls cinq clubs de Top 14 ont affiché un résultat d'exploitation positif : Toulouse (141 000 euros), Pau (412 000), et surtout Vannes (1,4 million, malgré une relégation en Pro D2), Bordeaux-Bègles (1,5 million) et La Rochelle (1,8 million). Trois clubs étaient proches de l'équilibre (moins d'un million d'euros de déficit) parmi lesquels on trouve Bayonne, Perpignan et Clermont. Aucun club de la région dans le dernier wagon qui affiche plusieurs nuances de rouge. En queue de peloton, on trouve Toulon (-9,6 millions), Montpellier (-11 millions) et le Stade Français (-16 millions). À lui seul, le club parisien représente plus de 40 % de la perte nette des huit clubs déficitaires de Top 14. À noter, ce que ces trois-là reposent sur le mécénat de riches propriétaires qui comblent les déficits.

Le groupe vit bien

Le rugby pro se porte bien, malgré des points de fragilité. Les 30 formations du Top 14 et de Pro D2 n'ont jamais généré autant de revenus : 635 millions d'euros (464 millions pour le Top 14 et 171 millions pour la Pro D2), soit une hausse de 6,1 % par rapport à l'exercice précédent, mais surtout plus 60 % en dix ans. Parmi les piliers de cette économie, les partenariats et hospitalités représentent 47 % des recettes. Loin devant les droits télé, négociés par la Ligue, Canal+, le diffuseur historique augmente de manière récurrente ses financements du fait des bonnes audiences : 98 millions d'euros par saison entre 2019 et 2023, 120 millions actuellement, et 140 millions à partir de la saison 2027-2028. Les stades font aussi le plein : l'UBB est le club qui dégage le plus de recettes de billetterie. Avec plus de 30 000 places, Chaban a la plus grande enceinte stade du championnat, et collectionne les guichets fermés. Comme Marcel-Deflandre pour les Maritimes ou Jean-Dauger à Bayonne mais sur des jauges inférieures, respectivement 18 000 et 13 500 places. À noter la part croissante du merchandising (plus 20 %) dans les recettes des clubs. Côté dépenses, la masse salariale représente le premier pôle de dépenses : 39 % des budgets. Elle est stabilisée autour de 200 millions d'euros grâce au salary cap. Mesure qui vise à garantir un peu d'équité entre grosses et petites écuries. La masse salariale du Stade Toulousain est 2,2 fois supérieure à celle de Vannes. Au foot, la masse salariale du PSG est 20 fois supérieure à celle d'Angers.

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Fondamentaux respectés

Existe-t-il une exception régionale qui dirait que les clubs y sont mieux gérés qu'ailleurs ? « La spécificité est que les clubs de la région (Bordeaux, La Rochelle, Pau, Bayonne) ont bâti patiemment des structures où face aux coûts, ils génèrent des revenus du jour de match : sponsoring, hospitalités, billetterie qui permettent d'équilibrer leurs comptes. Une construction patiente mais tout à fait saine et pérenne », constate Christophe Lepetit, économiste du sport. D'autant que contrairement au modèle du mécène, il s'appuie sur une galaxie de partenaires : des grandes entreprises aux PME. Bayonne, Pau, Bordeaux et surtout La Rochelle se hissent dans le Top 3 des partenariats à plus de 20 millions d'euros (avec Toulouse et Lyon). Un modèle économique fait de prudence et de temps long. Reste un paramètre qui ne relève pas de la science exacte, mais qui pourtant conditionne la bonne santé économique : la dynamique sportive. Un objet qui recèle encore bien des mystères. Et malgré la fiabilité des modèles économiques, la précision d'un business plan, il reste une dimension qui échappe à toute rationalité : la glorieuse incertitude du sport.