Du Bordeaux au Maghreb : l'itinéraire singulier de Sébastien Sommacal
De l'éducateur des U11 aux JSA Bordeaux à seulement 14 ans au poste de directeur sportif de l'un des clubs les plus titrés et populaires d'Afrique, la trajectoire de Sébastien Sommacal est tout sauf ordinaire. À 44 ans, ce Bordelais occupe depuis l'été dernier une fonction clé au Raja Casablanca, un club légendaire qui compte près de 50 000 supporters fervents dans l'iconique stade Mohammed-V. « J'ai construit mon parcours étape par étape, ce qui m'a permis d'acquérir une vision globale. Je ne l'avais pas imaginé, mais j'ai su faire preuve de résilience et d'adaptation », confie-t-il.
Une mission ambitieuse au Raja Casablanca
Arrivé au Raja Casablanca après une petite révolution institutionnelle avec la création d'une société anonyme détenue par l'opérateur portuaire Marsa Maroc, Sébastien Sommacal a pour mission de relancer ce club nonuple vainqueur de la Ligue des Champions africaine et treize fois champion du Maroc. « Trois clubs marocains différents m'avaient contacté en avril. Les dirigeants avaient entendu parler de moi par bouche-à-oreille. J'ai comparé les projets et j'ai choisi le Raja pour son identité et son histoire riche », explique-t-il, évoquant sa découverte du Maghreb en 2015.
Les fondations bordelaises et l'influence de mentors
Son histoire commence plus près de chez lui, à Bordeaux. Joueur en U17 nationaux au Stade Bordelais, il impressionne les Girondins avec son équipe de benjamins (U13) et intègre son « club de cœur » à 20 ans. Éducateur à la préformation tout en travaillant initialement à la mairie de Bordeaux, il y reste quinze ans, formant des talents comme Aurélien Tchouaméni, Jonathan Gradit, Pierre Lees Melou, Maxime Poundje ou Dilane Bakwa. « Philippe Goubet, responsable du centre puis du recrutement, et Pierrot Labat, formateur et entraîneur, ont été mes mentors incontournables », souligne-t-il.
L'expérience tunisienne et le retour en France
Ressentant une certaine usure en 2015 à 34 ans, il est orienté par Philippe Goubet vers l'Étoile Sportive du Sahel en Tunisie, où il exporte la méthode de Pierrot Labat en tant que directeur technique chargé de la formation jusqu'aux U23. Deux saisons dans ce club majeur tunisien, onze fois champion, lui permettent d'élargir sa vision et de contribuer à l'émergence d'internationaux comme Wajdi Kechrida ou Mohamed Dhaoui. « Chaque pays a sa culture footballistique, j'ai tenté d'y apporter de l'exigence et de l'impulsion », raconte-t-il.
Il tente ensuite un retour en France en 2019 comme directeur sportif de Tours, en National 1 à son arrivée. Mais le club est relégué administrativement en National 3, le contraignant à « reconstruire une équipe en quinze jours » après le départ des joueurs professionnels. Neuf mois plus tard, lors de l'interruption des championnats due au Covid, Tours est sacré dans son groupe, avant une nouvelle rétrogradation financière.
La pression intense du football marocain
À Casablanca, Sébastien Sommacal doit gérer une passion footballistique toujours à la limite de l'explosion. Le 8 février, jour de la première défaite de la saison à Meknes (0-1), le meilleur buteur Adam Ennafati a été visé par des jets de bouteilles de ses propres supporters pour avoir manqué un penalty. « Le football est extrêmement émotionnel ici. L'ambiance et les tifos sont exceptionnels, mais tout le monde vous interpelle dans la rue, et la pression des dirigeants et des médias est permanente. Cette intensité marque à vie, et mon rôle est de rester lucide en toutes circonstances », précise-t-il.
Un football marocain en pleine croissance
Son action s'inscrit dans un contexte de football marocain en pleine expansion, marqué par la demi-finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar, le titre mondial de la sélection U20, l'organisation de la CAN cet hiver et celle à venir de la Coupe du monde 2030. Avec un budget avoisinant les 12 millions d'euros, le Raja participe au programme « Evosport » de la Fédération, qui prend en charge tous les coûts de la formation. « Les infrastructures n'ont rien à envier aux clubs européens. Pour l'Académie, nous disposons de 7 000 hectares, six terrains et une salle dédiée », décrit Sébastien Sommacal, qui a recruté 16 nouveaux joueurs (dont 7 en janvier) et fait signer un contrat professionnel à la promesse Yahya Iguiz, âgé de 17 ans.
« Le niveau global du championnat est comparable à celui de la Ligue 2 française, avec des individualités capables d'évoluer à un niveau supérieur. C'est un football moins athlétique, mais extrêmement technique », analyse-t-il. Troisième après 12 matchs sur 30, le Raja se bat avec son voisin du Wydad Casablanca et Berkane, le champion sortant.
Un engagement à long terme et des perspectives d'avenir
Engagé pour trois ans, Sébastien Sommacal se dit « à fond dans le projet » du Raja, tout en envisageant volontiers un retour en France à terme. Les Girondins, qui l'avaient contacté pour une mission de directeur technique à l'été 2021 ? Il regarde « tous leurs matchs », avec une attention particulière pour ses anciens élèves Steve Shamal et Soufiane Bahassa. En football, le monde reste décidément petit, et les parcours comme le sien continuent d'inspirer.



