Rio Mavuba : « L’envie de vivre quelque chose de magnifique » avec les Girondins
Rio Mavuba : l’envie de vivre quelque chose de magnifique

Rio Mavuba, l’entraîneur des Girondins de Bordeaux, néophyte au poste chez les seniors, s’est confié à « Sud Ouest » à deux jours du match décisif pour la montée en Ligue 3 à Avranches. L’ancien milieu international a expliqué le cheminement traversé depuis sa prise de fonction et « son envie de vivre quelque chose de magnifique » samedi.

Un entraîneur transformé

« Oui avec plus de certitudes », répond Mavuba lorsqu’on lui demande s’il est un entraîneur différent depuis le 28 mars. « J’avais au départ de l’appréhension, un peu de doute aussi. Aujourd’hui, je connais mieux mon groupe, ce que les joueurs ont dans le ventre, les gens avec qui je travaille. Dans la gestion du match aussi. Je ne suis pas de nature à être stressé et ça m’a confirmé que je ne le suis pas (sourire). Je suis plus observateur aussi qu’avec les U16. Antoine (Verges) et Théo (Freulard) s’occupent des séances, ce qui me permet de prendre du recul et avoir plus d’énergie sur la séance du mercredi, où on fait des points tactiques, sur l’analyse de l’adversaire et le week-end. »

Un fonctionnement participatif

Mavuba explique qu’il fait les choses comme il les avait imaginées : « Non, c’est le fonctionnement que j’avais en tête pour le monde senior : m’appuyer sur les forces des uns et des autres. Je ne suis pas un entraîneur omnipotent, mais participatif. Lors des séances vidéo, je laisse Bryan (Lejonc, analyste) intervenir si j’ai oublié quelque chose. Je préfère que les joueurs aient le maximum d’infos, que vouloir tout faire et zapper quelque chose. »

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L’appel du président

Le technicien se souvient du moment où on lui a proposé le poste : « On arrivait au Haillan après un match en déplacement avec les U16. On avait vu le déroulement du match contre Chauray (1-3), certains éducateurs au stade nous avaient dit que c’était un peu chaud à la mi-temps. J’ai reçu un premier coup de fil des Arnaud (De Carli, vice-président ; Saint-André, directeur général). En voyant leurs noms, je me suis dit qu’il se passait quelque chose. On a échangé, ils m’ont laissé jusqu’au dimanche soir pour réfléchir. »

Le président Gérard Lopez l’a également appelé : « Il m’a félicité pour le poste et m’a dit qu’il y avait encore des choses à aller chercher. On était à six points avec un match de plus de joué que La Roche-sur-Yon, il m’a dit qu’il fallait d’abord remettre quelque chose en route. Il m’envoie ses encouragements, on échange sur les matchs. On ne s’appelle pas tous les jours mais il suit. »

La foi en la montée

Mavuba croyait toujours à la montée : « Oui, sinon je ne serai pas là. Si j’avais senti un effectif pourri, avec des mecs qui avaient lâché et n’avaient pas de qualité, je ne serai pas venu. C’est pour ça qu’il m’a fallu une journée pour me poser, passer deux-trois coups de fil aussi. J’avais vu quelques matchs au stade et à la TV. Même si la première place était loin, il y avait à attraper la deuxième qui peut permettre d’être repêché. Je savais que sur 7 matchs il pouvait se passer des choses. Quand j’arrive à Lille en janvier 2008, on était 15e. On a fini 5e et européen. Bon, là, il y avait moins de temps. »

Interrogé sur son parcours, il précise : « Pas forcément. J’étais vraiment dans le projet des jeunes, remonter en U17 nationaux et peut-être en U19 nationaux dans deux ans. Là, c’était Bordeaux, mon club. Je ne dis pas ça parce que j’aurais la grosse tête, mais parce que j’étais sur un autre chemin. »

Conseils et adaptation

Il a reçu des conseils après sa signature : « J’ai eu pas mal d’appels, surtout de félicitations, d’anciens collègues. Des conseils, j’en ai eu avec (les ex-entraîneurs bordelais) Gernot (Rohr) qui est passé, Eric Bedouet, Stéphane Dumont (entraîneur de Troyes, ex-coéquipier à Lille), Frédéric Bompard (ex-entraîneur adjoint à Lille). J’en oublie. Celui qui m’a marqué est, avec le peu de temps que j’avais, d’aller au bout de mes idées, de faire ce dont j’avais envie. C’est important, tout en prenant en compte évidemment la situation. »

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Sur son adaptation, il déclare : « Oui, mon idée était justement de ne rien révolutionner. J’ai pris le temps de rencontrer tout le monde. J’aime jouer en 4-2-3-1, 4-3-3. On a gagné le premier match avec ce deuxième système au vu des forces disponibles à ce moment, puis je me suis adapté aux joueurs que j’avais. Sur un début de saison, forcément, on aurait mis des bases différentes sur le projet de jeu même si on l’essaie de l’imprégner via la tenue du ballon. Les joueurs ont adhéré à cette idée. Le seul match où on n’a pas eu majoritairement la possession, contre Lorient (2-3), on l’a perdu. »

Le doute après la défaite

Après la défaite contre Lorient, il a douté : « Dans mon cheminement, ça a été un match important. Le premier à Locminé (1-2), tout était beau, tout roulait. Et derrière, on prend une claque. J’ai très mal dormi le samedi soir, le dimanche était dur. Mais dès le lundi, j’étais à fond pour repartir. L’histoire de ma vie est de toujours rebondir. Mais la désillusion, c’est un sentiment bizarre et c’est bien de l’avoir connue tôt. On était sur un fil. Le match suivant à Dinan (1-3), on prend un but après 30 secondes… Tu te dis que ça continue. Le ton était monté après Lorient, mais on avait continué dans le même registre. Au final, avoir gardé notre ligne de conduite a peut-être porté ses fruits. »

Sur le but encaissé dans les arrêts de jeu à 2-2 alors que son gardien était monté, il ne s’en veut pas : « Non. Ni à lui, ni à moi. Sur le coup, on est à 6 points de La Roche, ils jouent le lendemain et on avait tous envie de gagner ce match. Je n’ai pas eu le temps de le voir monter mais ça ne choquait personne. En revanche, derrière, on ne fait pas ce qu’il faut : les retours, une faute… Avec notre état d’esprit, je suis sûr que sur la même action, il ne se passe rien. Et derrière ça, on a tous réagi et on a gagné nos 4 matchs. Est-ce que ça aurait été pareil si on était resté à 2-2 ? Avec des si… »

Une équipe zen et mature

À la question de savoir si l’équipe ressemble à son entraîneur, plus zen, il répond : « Je n’aime pas comparer. Mais j’aime qu’on affiche de la tranquillité, de la stabilité. On est mieux pour aborder les matchs. Et quand on a eu des scénarios contraires, contre Montlouis (1-4), à Bayonne (1-2) ou même aux Herbiers (1-0), on ne s’est pas précipité. Je dirais qu’on a passé une étape dans la maturité. »

Ce dont il est le plus fier : « Que les joueurs aient adhéré, déjà. Ce n’est jamais simple quand on arrive après trois-quarts de la saison, qui ont été bons en plus. Et qu’ils aient compris qu’on n’allait pas faire la fin de saison à 11 ou 12. Quand je vois l’implication des mecs qui rentrent, même à Bayonne où ils n’ont joué que deux minutes, c’est top. »

Un bilan dépendant du match

Le bilan dépendra-t-il du match de samedi ? « J’aime effectivement le faire à la fin. L’issue sera soit magnifique, soit bien, soit moyen. Dans tous les cas, si on m’avait dit qu’on ferait 5 victoires en sept matchs, j’aurais pris. Mais on est tout près de quelque chose de magnifique. »

Les émotions sont les mêmes que de se battre pour un titre comme joueur : « Je me suis surpris. Après Bayonne, ma femme m’a dit : mais tu avais la rage ou quoi (sourire) ? Être à Bordeaux, avec des matchs importants, tout est décuplé. Mais un titre en Ligue 1, c’est magnifique aussi. »

L’avenir aux Girondins

A-t-il envie de continuer quoi qu’il arrive ? « On y prend goût, c’est sûr. C’est une décision qu’on devra partager avec les dirigeants. On prendra le temps de se voir après le dernier match. Si on a la chance de monter, ça donne envie. Si on reste en N2, aussi, car cette fin de saison donne de l’espoir pour la suite. »

Aurait-il des conditions particulières sur le staff ou l’effectif ? « Pour le coup, même si Karim (Saada, responsable de recrutement) ne m’a pas attendu pour travailler sur ça, je n’y ai vraiment pas pensé. Je suis totalement concentré sur Avranches et après on aura le temps. On peut toujours améliorer, mais j’ai vu plein de choses qui fonctionnent : le staff médical, technique, des installations incroyables pour ce niveau. Et si je vois des choses, j’en parlerai aux dirigeants avant (sourire). »

La clé pour reconstruire selon lui : « Apporter de la stabilité, dans l’effectif, à tous les niveaux. Que chacun soit bon dans son domaine et que tout le monde tire dans la même direction. »

Enfin, il est content d’être revenu en 2020 et de s’être accroché : « Je ne m’attendais pas à vivre tout ça. Quand le club était encore en Ligue 1, ma volonté était de rendre ce qui m’a donné. Aujourd’hui, dans sa situation, elle est d’aider au maximum. »