Les rêves se sont envolés à Dublin. Battu ce samedi 2 mai par les Boys in blue du Leinster (29-25), le RCT est éliminé en demi-finale de Champions Cup. Presque logique sur le match, mais ô combien dur à encaisser au vu de la physionomie.
Un combat acharné
Une scène de chaos… et des hommes à terre. Tomás Albornoz la tête engoncée dans son maillot, Melvyn Jaminet à genoux, Gaël Dréan prostré, le regard braqué sur ses crampons, Beka Gigashvili les mains sur le crâne, implorant le ciel… Que les images sont dures. Elles témoignent, surtout, de l’engagement total qu’a mis Toulon dans sa demi-finale face au Leinster. « On a vécu un match difficile », lâchait Pierre Mignoni, touché mais toujours digne, en conférence de presse. En zone mixte, le visage du talonneur Teddy Baubigny, tuméfié par le combat, en attestait. Au beau milieu de l’Aviva Stadium, ça a tapé fort. Un paquet de fois, même. Et ce matin, les épaules de la troisième ligne titulaire du RCT doivent encore chauffer. Au four et au moulin, Charles Ollivon a fait don de son corps à la science à quinze reprises, se jetant comme un dératé dans les côtes des Irlandais, quand à ses côtés Mikheili Shioshvili, le gamin mangeur d’enfants, compte quatorze plaquages à son actif… et une charge dévastatrice sur Robbie Henshaw, contraint de sortir sur civière (15e).
Toulon enfermé
Mais malgré son courage, sa fierté et son refus de mourir, Toulon prend la porte. La réalité, elle, rattrape malheureusement les rêves. Parce qu’avouez, secrètement, après ce renouveau du dernier mois, vous vous seriez bien imaginé à Bilbao, non ? Nous aussi. Il n’en sera rien. « On a été dominés sur la possession et sur l’occupation, reprend Pierre Mignoni, afin de tenter d’expliquer l’élimination de son équipe. Mais on a su revenir dans les 25 dernières minutes. Les joueurs n’ont rien lâché. La preuve, on a la balle de match à deux minutes du coup de sifflet final… mais on fait tomber ce ballon. Je suis surtout très déçu, très triste pour les garçons. »
Indiscipliné mais plus que jamais dans le coup, le RCT a longtemps résisté aux assauts du Leinster. Un essai refusé après vidéo pour un en-avant de Jamison Gibson-Park (19e), de longues séquences défensives où David Ribbans et Charles Ollivon font tomber les Irlandais les uns après les autres, des touches compliquées à négocier dans leurs 10 mètres… Les Toulonnais se sont petit à petit fait enfermer par la précision et la stratégie du Leinster.
Supériorité mal gérée
Sauf qu’à un moment, ils ont relevé la tête et fait déjouer ces Boys in blue. « Dès qu’on tient le ballon, ce n’est plus pareil, amende Teddy Baubigny. Là, l’adversaire peut commettre des fautes. Mais on l’a trop peu fait. Pendant 55 minutes, notre indiscipline nous a trop pénalisés pour qu’on puisse appliquer notre stratégie. » Pourtant, face à l’intensité mise par Toulon en fin de première période, le Leinster a bien failli perdre pied. Sa double infériorité numérique, après les cartons jaunes d’Andrew Porter (36e) et Harry Byrne (37e), aurait pu lui être fatale… Au contraire. Sur cette période, la bande à Mignoni s’est plongée dans le pétrin. « Forcément qu’il y a des regrets, analyse Teddy Baubigny. À 15 contre 13, on échappe un ballon sur un lancement avant la mi-temps et derrière, au retour des vestiaires, on ne parvient plus à sortir de notre camp. On a mal géré ces instants. Moi le premier, je prends un carton alors qu’on est censés leur mettre la pression. Là, on ressort avec un jaune et sept points encaissés. »
Maudit dernier frisson
Décrochés, relégués à dix-huit longueurs du Leinster à dix minutes du coup de sifflet final, les Rouge et Noir jetteront pourtant toutes leurs forces dans la bataille. Les deux banderilles, plantées coup sur coup par Baptiste Serin (70e) et Gaël Dréan (76e), les ramèneront à quatre petits points (29-25). De quoi nourrir un ultime espoir… et un ultime frisson. Alors quand, lancé sur son aile à la 78e minute, l’ailier breton a commencé à déplier ses grands compas, la terre a tremblé jusqu’au plus profond de Mayol. La suite, vous la connaissez. Sa passe, trop basse, en bout de course, échappera pour quelques millimètres des mains de Setariki Tuicuvu. Pierre Mignoni en est convaincu, « s’il prend le ballon, il va à l’essai… ou pas loin. Mais c’est comme ça, c’est la vie. »
Dominé une grande partie du match, le RCT était pourtant vraiment très proche de faire chavirer l’Aviva Stadium. « Si près, si loin », tel est l’adage classique. Et si ce matin, finalement, c’était « Si loin, si près » ? Ce groupe l’a (encore) appris à ses dépens. Mais courageux comme il est, il reviendra. Comptez sur lui.



