Battu par le Leinster en demi-finale de Champions Cup (29-25) ce samedi 2 mai 2026, Toulon va devoir laisser derrière lui les fortes émotions éprouvées en Coupe d’Europe pour rapidement basculer sur un sprint final haletant en Top 14. Facile à dire… Un peu moins à appliquer.
Un rêve européen brisé
« With or without you, I can’t live » (« Avec ou sans toi, je ne peux pas vivre »). Samedi soir, dans les pubs bruyants et bondés de Temple Bar, les supporters toulonnais noyaient peut-être leur chagrin sur ce fond musical de U2, le groupe mythique du rock irlandais. Les pintes de Guinness et verres de whisky aidant, sans doute se retrouvaient-ils un peu dans les paroles de Bono et leur crescendo émotionnel enivrant. Car après avoir manqué le braquage en terre dublinoise, l’histoire d’amour du RCT version 2025-2026 avec la Champions Cup était bel et bien terminée. Alors, comment s’en relever ? Vaste sujet.
Cette saison, c’est surtout avec la Coupe d’Europe que le peuple de Besagne a vibré. Demandez donc aux Fadas, aux Bulls ou aux Fils de Besagne leur moment préféré. La victoire de prestige contre Bath, le succès suffocant face aux Stormers ou la qualif’ arrachée à Glasgow seront probablement cités. Oui, l’idylle avec la compétition continentale, déjà ravivée l’an passé avec un quart de finale électrique contre Toulouse à Mayol, a de nouveau fait rêver les Toulonnais. Mais comme après toute rupture, il va rapidement falloir oublier. Avant de mieux replonger dans quelques mois ? Pour le coup, ce serait recommandé. Mais à cette heure, rien n’est assuré.
Un calendrier infernal en Top 14
Actuel 8e du Top 14, le club frappé du muguet accuse cinq unités de retard sur le dernier qualifié, l’UBB, et compte seulement un point d’avance sur son plus proche poursuivant rochelais… avec en plus un calendrier infernal à négocier (1). Aussi fou que cela puisse paraître, ce membre du dernier carré européen n’est donc pas si bien embarqué pour se qualifier, que l’on parle de phase finale domestique (six premières places) ou de prochaine édition de la Champions Cup (huit premières).
Après l’élimination en demi-finale face au Leinster, le talonneur Teddy Baubigny annonçait donc vouloir vite basculer : « On peut être fier de notre parcours. Il va falloir s’appuyer sur ça pour la suite. Réussir à se dire qu’on est capable d’être en mesure de battre n’importe qui. C’est important d’en prendre conscience. […] La semaine prochaine (le samedi 9 mai), on a déjà Toulouse, premier du championnat, à affronter au Vélodrome. Je crois que c’est la meilleure des façons de se remettre la tête à l’endroit. On n’a pas de marge en Top 14, on le sait. Alors, il va falloir tout jouer à fond. »
« La saison n’est pas terminée »
« Quatre matchs, quatre finales. » C’est un peu le refrain qu’on tend à répéter du côté du Campus RCT. Pierre Mignoni le premier. « La motivation est toute trouvée. On sait qu’on a du retard en championnat, et là, dès la semaine prochaine, on va disputer un grand match, déclarait l’entraîneur toulonnais. On a perdu une demi-finale, c’est dur, mais on peut être fier de notre parcours. Il faut l’être. Il n’est pas dégueulasse, comme on dit, non ? La saison n’est pas terminée. Il faut arrêter d’être négatif. Si on joue avec ce courage et cette envie, on peut nourrir beaucoup d’espoirs. »
Écho de l’an passé
Le hic ? C’est que Toulon a déjà connu ce scénario la saison passée. Après la défaite cruelle face au Stade toulousain, concédée sur la sirène devant un public galvanisé (18-21), le coup de massue avait été difficile à encaisser. Les partenaires de David Ribbans, alors en pleine confiance, s’étaient mis à bafouiller. Victoire laborieuse contre Clermont, défaite chez le promu vannetais, humiliation face à Toulouse au Vélodrome, revers à Pau… Ils avaient mis bien du temps à s’en relever. Même le coach varois l’avait reconnu volontiers : « Depuis ce match, je nous trouve absents. »
Dans les semaines à venir, il sera donc intéressant d’observer si la confiance du groupe – construite cette saison sur les succès européens après un gros passage à vide en championnat – a de nouveau été écornée. Aux Toulonnais de prouver que sur l’aspect mental, ils ont depuis progressé. Et qu’avec ou sans cette Champions Cup, ils peuvent continuer à vivre. Et avancer.
(1) Match au stade Vélodrome de Marseille contre Toulouse, déplacement au Racing 92, réception de Bordeaux-Bègles et voyage à Castres lors de la dernière journée.



