Ce samedi à Paris, le dauphin palois se sait doublement attendu. Parce qu’il se rend chez un concurrent direct qu’il distance de cinq points, et que son succès historique de la semaine passée, à Bayonne (22-54), attise la méfiance. Tout le monde est bien redescendu de son petit nuage, après ce match à Bayonne et avant celui de Paris (ce samedi, 14h30) ? Oui, parce qu’on n’est pas montés très haut. Ça fait plus plaisir aux supporters qu’à nous. Bien sûr, tu es toujours content, mais on n’a pas cette rivalité avec eux. Il y a plein de gens qui me disent « oh c’est génial, lui, au boulot, il va fermer sa g… », alors que nous, ce n’est pas ce qu’on se dit. Il y a deux choses qui font que l’euphorie n’a pas été totale : la victoire s’est d’abord dessinée assez tôt dans le match. À la fin, tu lèves les bras parce que t’as ce bonus que t’es quand même allé chercher. Tu es content, mais tu as senti le truc. Ce n’est pas comme quand tu gagnes sur la dernière possession. Et puis il faut aussi faire gaffe avec l’environnement, qui te donne beaucoup parce que tu as rendu les gens heureux. Mais honnêtement, la perf au Stade Français aura encore plus de valeur.
Une équipe type pour viser la victoire
Vous envoyez votre équipe type à Paris, huit jours après l’avoir alignée face à Bayonne : vous rendez-vous au Stade Français avec les mêmes ambitions ? Vous parlez d’équipe type ? Je trouve pourtant qu’on n’a pas beaucoup de choix en troisième ligne (Hewat, Whitelock, Tlili et Paul sont forfaits, NDLR). Il y a des postes où finalement, on n’est pas très bien fournis en ce moment. Notamment au niveau de nos piliers gauche (Sénéca et Parrou sont forfaits). Dans le sprint final, on a toujours fonctionné un peu comme ça. À chaque fois, on se retrouve éliminés de la Coupe d’Europe, avec un calendrier très morcelé. L’an dernier, c’était déjà le cas lors de notre très bonne période, qu’on avait abordé avec beaucoup de nos forces vives.
Un objectif au-delà du top 6 ?
Cette composition tend à prouver que vous visez la gagne à Paris, et donc mieux qu’un simple top 6 ? Cette question vous obsède, vous me la posez sans arrêt, mais honnêtement, on n’y pense jamais. Quand tu fais un match comme celui de Bayonne, tu as juste envie de faire le même la semaine d’après. Il faut faire très attention quand on fait des projections : en Top 14, on est vite surpris. À deux minutes près, on perd à la maison face au Racing et on se retrouve 5e. Donc on évite ce genre de calculs, on n’est pas aussi machiavéliques que ça.
Une opposition redoutable
Face à une équipe fraîche, qui a fait tourner au Racing, et qui est, elle aussi, quasiment au complet, à quel type d’opposition vous attendez-vous ? Sans rien enlever à Bayonne, qui n’est plus dans le même championnat en ce moment, on sait que ça va être un match bien plus disputé. De par la qualité de l’adversaire, d’abord. Ensuite par rapport aux choix forts du Stade Français, qui n’a pas fait jouer ses cadres en Challenge Cup, ni face au Racing, en reprise de bloc. Cela fait par exemple un mois qu’un mec comme Carbonel n’a pas joué. Et puis quand tu es Paris et que tu reçois Pau qui vient de mettre 50 points à l’extérieur, tu es en alerte. Attention à cette petite musique de la Section qui vient de gagner à Jean-Dauger, celle qui fait que tu t’endors. Au bout de 20 minutes de jeu, on peut vite se demander ce qu’il se passe.
L'expérience des matchs couperets
Par rapport à ce qui vous attend, ce genre de rencontre peut-elle permettre d’engranger l’expérience qui vous manque, vis-à-vis des matchs couperets ? On voit qu’on a du mal avec ce genre de match. On a perdu contre les Bulls au Hameau (24-26), lors de ce faux huitième de finale de Champions Cup. On a aussi perdu à Parme en huitième de Challenge (31-15). On n’a pas une grosse expérience de ces rencontres-là, et quand on les joue, on les perd. Même si on ne présente pas le match à Paris comme ceci. Il aura de la valeur parce qu’on joue une équipe qui a les mêmes ambitions que nous, et qui en plus est en alerte et donc mobilisée. Cela n’a pas toujours été le cas, il y a eu des fois où on gagnait à l’extérieur parce que l’adversaire n’était pas au rendez-vous, il était surpris.
Un match qui compte double ?
Entre un deuxième et un quatrième séparés de cinq points, est-ce un match qui compte double ? Je n’ai pas fait de calculs, je ne sais même pas si on va se qualifier. Mais par contre, ils ont un calendrier plus avantageux et vont jouer des équipes à domicile qui seront démobilisées, comme Lyon et Bayonne. Ils vont aussi aller à Montauban. Donc cette confrontation directe, elle vaut cher.
Un statut à assumer
Le respect que vous inspirez, vous oblige-t-il désormais à aborder les matchs différemment ? Un peu. On peut parler de respect, mais on peut aussi parler de motivation pour l’adversaire. Je me répète, mais on n’a pas toujours été craints par nos adversaires. Désormais, on est obligés d’être à l’heure parce qu’ils sont complètement investis. C’est ce que font bien les Toulousains : à chaque fois qu’ils jouent un match à l’extérieur, c’est la fête au village. Il y a un peu la même attente autour de nous : il faut se dire que notre statut a changé, que nos adversaires ne nous perçoivent plus de la même façon. Donc nos standards doivent être plus élevés.



