Un documentaire qui ravive les tensions de Knysna
Seize ans après le fiasco de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, le documentaire « Le Bus : Les Bleus en grève », diffusé mercredi sur Netflix, plonge au cœur de la crise qui a secoué l'équipe de France de football. Raymond Domenech, sélectionneur à l'époque, et plusieurs joueurs, dont Patrice Evra, William Gallas et Bacary Sagna, livrent des versions toujours irréconciliables des événements. Le film dévoile notamment des extraits inédits du journal intime de Domenech, où il confie ses « montées de haine » envers certains joueurs.
Les confessions du journal intime de Domenech
Dans son journal, Raymond Domenech écrit : « Envie de disparaître loin de tout » et « j'ai parfois des montées de haine envers ces abrutis », en référence à la défaite contre le Mexique (0-2). Ces passages, lus dans le documentaire, illustrent son désarroi et sa frustration. Le sélectionneur revient également sur l'altercation verbale avec Nicolas Anelka à la mi-temps de ce match, qui a conduit à l'exclusion de l'attaquant. Domenech maintient qu'Anelka ne l'a jamais traité de « fils de pute », contrairement à ce qu'avait rapporté le journal L'Équipe. Interrogé sur son absence de démenti, il répond : « Parce que je m'en fous. »
La colère de Patrice Evra
Patrice Evra, capitaine des Bleus, raconte sa « fureur » après l'exclusion d'Anelka. Il affirme que l'attaquant était prêt à s'excuser en interne, mais qu'on ne lui en a pas laissé l'occasion. Lors de la conférence de presse restée célèbre, Evra lâche : « Le problème de l'équipe de France, c'est le traître qui est parmi nous. » Il explique avoir voulu s'excuser après la grève, mais Domenech aurait refusé, lui disant : « Tu crois que je vais accepter de m'asseoir à côté de toi pour que tu t'excuses ? » Evra y voit une volonté de les faire passer pour « des enfants gâtés ».
Des témoignages toujours contradictoires
Le documentaire donne également la parole à William Gallas et Bacary Sagna, qui cherchent à contrer l'image de « caïds immatures » véhiculée par la ministre des Sports de l'époque, Roselyne Bachelot. Des journalistes de L'Équipe, Sébastien Tarrago et Vincent Duluc, ainsi que le chef de presse François Manardo et l'ancien préparateur physique Robert Duverne, apportent leur éclairage. Le film se termine sur une thèse inattendue concernant l'éventuelle « taupe » qui aurait alimenté les médias, un élément que Netflix a demandé de ne pas dévoiler.
Une blessure toujours ouverte
Pour le producteur Stephen Kamga, « ce qui m'a frappé, 16 ans après, c'est de voir que plusieurs protagonistes étaient encore marqués au fer par cet événement. La blessure n'est pas du tout refermée. » Ce documentaire sort à un mois de la prochaine Coupe du monde, dont la sélection française sera dévoilée par Didier Deschamps. Il rappelle les profondes divisions qui ont marqué l'histoire des Bleus et interroge sur la mémoire collective du football français.



