Jacques Leglib, légende du Pau FC, se confie sur sa nouvelle vie et l'évolution du club
Gignac, immobilier, prothèses de hanches, cafés entre portiers… L'ancien gardien et recordman du nombre d'apparitions en Jaune et Bleu (2000-2014) nous donne de ses nouvelles. Et elles sont plutôt bonnes. Que devenez-vous, Jacques Leglib ? Cela fait trois ans que je suis dans l'immobilier à Pau et je m'éclate. Niveau football, j'entraîne toujours les gardiens à Poey-de-Lescar.
Un regard bienveillant sur l'évolution du Pau FC
Vous qui êtes le joueur le plus capé du Pau FC (370 rencontres), quel regard portez-vous sur l'évolution du club ? Je suis au stade le plus souvent possible. Je dis chapeau pour ce qu'ils ont réussi à faire, notamment Bernard Laporte-Fray, c'est tout à son honneur. Je suis fier de voir où en est le club aujourd'hui. J'espère un jour pouvoir retrouver les gardiens, même les jeunes, et aider le club.
A-t-il changé par rapport à l'époque où vous gardiez ses buts (2000-2014) ? Oui, mais il n'y a pas de jalousie pour autant. Ce sont des cycles et le club a évolué. La ville suit et fait en sorte que les infrastructures s'améliorent. C'était à nous de monter aussi… On a fait avec ce qu'on avait et on a très bien réussi en National. Oui, on a galéré, on s'entraînait à Pissard-Santarelli, dans des conditions pas toujours évidentes. Dans un sens, on y est pour quelque chose aussi. Là, avec deux terrains synthétiques, un terrain hybride pour l'entraînement des pros, c'est magnifique !
Analyse de la saison et chouchous du club
Que pensez-vous de cette saison ? Avec l'un des plus petits budgets, ils vont se maintenir. Contrairement à ce que l'on entend, je ne considère pas que le fait que Pau se maintienne en Ligue 2 chaque saison est un miracle permanent. Je vois les matchs et il n'y a pas à rougir. J'ai vu des équipes qui étaient vraiment en dessous, et pourtant, ce sont des clubs qui sont en Ligue 2 depuis beaucoup plus longtemps. Il y a la place de rester dans ce championnat.
Quels ont été vos chouchous depuis le début de l'ère Ligue 2 ? Il y en a pas mal. Pour les gardiens, il y a évidemment Bingourou Kamara. Il y a d'autres joueurs que j'ai bien aimé comme Victor Lobry par exemple. Aujourd'hui, c'est Versini. C'est une pépite celui-là. Il est incroyable ce gosse, je l'adore. C'est un joueur frissons.
La hiérarchie des gardiens et le poste si particulier
Kamara, que vous évoquiez, a-t-il détrôné Jacky Leglib dans la hiérarchie des plus grands gardiens de l'histoire du club ? Mais non, jamais de la vie ! Plus sérieusement, ce n'est pas le même niveau, ce n'est pas comparable.
Ce poste si particulier, que vous connaissez parfaitement, fait parler cette saison… C'est irrégulier. Quand tu as des gardiens qui te rapportent des points, tu vois la différence. Ce qu'on demande à un gardien, c'est d'être décisif. Noah Raveyre est jeune, il ne faut pas l'oublier. Il a des qualités aussi mais il apprend. Il faudra voir l'année prochaine, quand il se sera adapté au niveau du championnat, ça reste un gardien intéressant. Pour Esteban Salles, il a fait une erreur, ça arrive… Quant à Tao Paradowski, parti en D3 espagnole à Ibiza, je n'ai pas trop compris son choix. C'est dommage parce que je pense que le coach l'aurait maintenu titulaire. Comme quoi, pas besoin d'être grand. Même s'il a été quelques fois en difficulté à Laval, il y est allé quand même. Tao avait de la présence. J'aimais bien.
Regrets et fiertés d'une carrière emblématique
Si vous étiez gardien au Pau FC aujourd'hui, comment vivriez-vous cette expérience ? Je serais le plus heureux… Gardien du Pau FC, en Ligue 2, dans ma ville, ce serait fabuleux ! Mais aujourd'hui, avec deux prothèses de hanche, ce n'est plus possible.
Vous comprenez donc ce que ressent Esteban Salles qui, comme vous, est natif d'Oloron ? Je ne suis jamais parti trop longtemps de Pau, lui a bourlingué un peu plus. Je le connais très bien pour l'avoir entraîné en jeune puis quand il revenait en vacances. On se voit de temps en temps, on boit un café. Je pense qu'il s'est peut-être un peu endormi sur le fait de revenir ici, dans le cocon. Il en est conscient, il me l'a dit. Mais attention, ce n'est pas facile de revenir au bercail parce qu'il y a plus d'attentes et on n'a pas droit à l'erreur.
Pensez-vous qu'il y a un joueur avec qui vous avez joué à l'époque qui pourrait évoluer au Pau FC aujourd'hui ? Je ne pense pas. Le niveau, c'est autre chose… À part Gignac. Les joueurs du cru qu'on était n'auraient pas pu évoluer à ce niveau-là. Physiquement, cela a déjà beaucoup évolué. Les mecs, ce sont des bûches ! Il y a toujours eu une sacrée marche entre le National et la Ligue 2. Encore plus aujourd'hui.
Vous avez un regret de ne pas avoir connu le professionnalisme avec votre club, le Pau FC ? Ce n'était pas vraiment dans les objectifs. Nous, on voulait déjà exister en National, en étant toujours dans les plus petits budgets. Ce qu'on a vécu, c'est déjà super. S'il doit y avoir un regret, c'est que j'aurais vraiment "kifé" jouer au Nouste Camp. Ce stade est incroyable. Nous, on jouait dans un Hameau qui sonnait creux, impersonnel. Là, c'est un stade à la taille du club. Même si, en ce moment, l'atmosphère est un peu froide. Il n'y a plus les Ultras et c'est triste. Peut-être que ça joue aussi sur les résultats.
Le souvenir impérissable d'un but historique
Jacky Leglib au Pau FC, c'est 370 matchs… et un but marqué ! Racontez-nous C'était au Hameau, en National, contre Nîmes qui jouait la montée. Un match de fou avec beaucoup de Nîmois, des fumigènes… Il y avait notamment Robert Malm en face. On mène 2-0, ils reviennent à 2-2 puis prennent l'avantage. On termine à dix mais on arrive à égaliser. Et là, dernier ballon du match, on a un coup franc du milieu de terrain. Je dégage, le gardien adverse sort loupe sa sortie. But, et on gagne 4-3 ! Malheureusement, la semaine d'après, on jouait le maintien à Cannes, on perd 1-0 et on descend en CFA.



