La participation de l'Iran à la Coupe du monde 2026 menacée par la guerre et les tensions politiques
Iran et Coupe du monde 2026 : participation menacée par la guerre

La qualification iranienne pour le Mondial 2026 dans la tourmente géopolitique

Alors que les États-Unis et Israël ont lancé des attaques conjointes contre la République islamique d'Iran, la participation de la Team Meli à la Coupe du monde 2026, prévue dans trois mois aux États-Unis, apparaît sérieusement compromise. Les considérations sportives pèsent peu face aux réalités géopolitiques, mais la question footballistique se pose avec une acuité particulière pour une équipe qui doit jouer à Los Angeles et Seattle.

L'incertitude sur les visas et la représentation nationale

À l'heure actuelle, rien ne permet d'affirmer si les joueurs iraniens pourront honorer leur qualification. L'obtention de visas américains pour une délégation perçue comme une émanation du pouvoir en place semble chaque jour plus difficile à envisager. Cette période s'annonce extrêmement compliquée pour des joueurs habitués depuis des années à marcher sur des œufs, tiraillés entre un pouvoir exigeant une fidélité sans limite et un peuple opprimé qui scrute leurs moindres gestes.

Le football comme outil de légitimité gouvernementale

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« Le gouvernement iranien considère généralement l'équipe nationale de football comme un outil important de légitimité et de démonstration d'unité nationale », explique Saeede Fathi, première femme iranienne à avoir été nommée rédactrice en chef d'un magazine sportif dans son pays. « Les succès sportifs, surtout en football, le sport le plus populaire en Iran, offrent au gouvernement l'opportunité de présenter une image positive du pays. Pour cette raison, les autorités attendent généralement des joueurs qu'ils évitent de participer aux débats politiques. »

Le cas révélateur des footballeuses iraniennes

L'actualité récente vient illustrer ces tensions. Lors de la Coupe asiatique en Australie, deux jours après le début des bombardements sur Téhéran, les joueuses de la sélection iranienne ont refusé de reprendre l'hymne national. Qualifiées de « traîtres en temps de guerre » par la télévision d'État, elles ont finalement entonné l'hymne lors de leur deuxième match, sous une contrainte non explicite. Cinq d'entre elles ont depuis obtenu l'asile politique en Australie, tandis que le reste de la délégation ignore l'accueil qui l'attend au retour.

Un lien distendu avec la population

Saeede Fathi, qui vit aujourd'hui en exil en Autriche après avoir été emprisonnée en 2021 pour avoir couvert le mouvement « Femme, Vie, Liberté », constate une cassure croissante : « Il y a peu, l'équipe nationale était une source de joie. Le football pouvait transcender les divisions. Cependant, ces dernières années, ce lien s'est considérablement affaibli. Nombreux sont ceux qui estiment que les joueurs utilisent principalement leur notoriété à des fins personnelles. »

La mémoire du Mondial 2022 au Qatar

Lors de la Coupe du monde 2022, les joueurs iraniens avaient semblé choisir leur camp en refusant de chanter l'hymne national contre l'Angleterre. « Certains y ont vu un signe de solidarité avec les manifestants, tandis que d'autres l'ont jugé insuffisant », confirme Raha Pourbakhsh, journaliste sportive iranienne en exil à Londres. « Lorsque plusieurs joueurs ont déclaré qu'ils n'étaient pas là pour faire de la politique, les gens y ont vu une prise de distance par rapport au mouvement social émergent après la mort de Mahsa Amini. »

Une surveillance constante des sélections

La prise de position officielle contre le pouvoir reste particulièrement difficile pour les joueurs, car les délégations sont étroitement surveillées. « Des personnes liées aux institutions sécuritaires ou politiques sont intégrées aux délégations officielles sous des titres tels qu'administrateurs d'équipe ou attachés de presse », révèle Raha Pourbakhsh. Cette surveillance s'accompagne souvent de menaces de représailles contre les joueurs et leurs familles.

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Les réactions contrastées de la population

Après la défaite de l'Iran face aux États-Unis en 2022, certains Iraniens sont descendus dans la rue avec des drapeaux américains pour célébrer la défaite de leur propre équipe. Cette attitude est validée par l'ancien boxeur franco-iranien Mahyar Monshipour, opposant de longue date du régime : « Je ne vois pas l'administration Trump accorder des visas à la République islamique. Exclure cette équipe du Mondial serait un signe fort, car elle représente quoiqu'on dise le régime au pouvoir. »

Le risque de tensions sur le sol américain

Si la question de la participation iranienne reste secondaire face aux événements militaires, Saeede Fathi anticipe des risques importants : « Il est peu probable que la participation procure la même joie qu'auparavant. Cela pourrait même exacerber les divisions politiques et conduire à des tensions, voire des conflits, qui pourraient éclater entre supporters dans les stades américains et en dehors. » Pour la grande fête du football mondial, l'atmosphère s'annonce particulièrement tendue autour de la délégation iranienne.